Questions d'animation

dans Pratique

DU CÔTÉ DU PUBLIC ADOLESCENTS


Mise à l’écart
« Dans notre colo, il y avait cinq ou six jeunes qui perturbaient régulièrement les activités. La directrice a fini par les regrouper et leur proposer des animations à part, séparément du reste du groupe. Je n’ai pas trouvé cela normal, mais comment faire autrement ? » Ahmed T., Lille (59)

Cette pratique peut sembler au demeurant choquante. Ghéttoïser ainsi un groupe au prétexte des comportements difficiles qu’il adopte ne semble pas très éducatif. Mais, si l’on se place du côté des autres enfants qui souffrent tous les jours des perturbations d’une petite minorité, une telle organisation leur permet d’avoir au moins quelques heures de vraie tranquillité. Certes, il convient d’apprendre à vivre avec la différence. Mais accepterions-nous très longtemps, nous adultes, qu’un groupe organise un chahut pendant une séance de cinéma ? Je ne le pense pas. Nous serions les premiers à exiger d’eux qu’ils se calment … ou qu’ils sortent. Cette rubrique m’amène souvent à replacer la problématique dans toutes ses nuances. Ce sera encore le cas, cette fois-ci. Il ne convient pas, me semble-t-il, de réagir dans le tout ou rien : soit totalement exclus, soit forcément intégrés. On peut imaginer que les « perturbateurs » ne participent pas à une activité (mais on leur propose autre chose), mais puisse participer à une autre, en fonction de leurs efforts pour mieux se tenir. Il est toujours facile, de critiquer ou de juger. Ça l’est un peu moins quand il s’agit de faire face à une situation complexe.


Machisme
“ Les sévères condamnations récentes concernant des jeunes impliqués dans des ’’tournantes’’ ont été l’occasion de vives discussions au sein du club de jeunes où je travaille. J’ai été stupéfaite des positions prises par certains ados ... ” Myriam C. (Toulouse)

Voilà un vaste sujet qui mérite bien plus que la réponse trop brève faite ici. Cette question soulève bien des domaines sensibles : la représentation qu’ont les garçons et les filles et réciproquement, la place de prédateur qu’a le plus souvent occupé l’homme au sein de l’espèce humaine, la fragilité affective de certains jeunes qui en fait des proies faciles, la misère sexuelle qui incite aux réactions brutales, l’éducation à l’amour qui privilégie trop souvent la mécanique et la prévention au détriment des sentiments, la sensibilité récente aux agressions sexuelles trop longtemps banalisées et aujourd’hui, perçues comme inacceptables etc... Il est difficile de privilégier une piste de réflexion sur une autre. Peut-être, toutefois, doit-on relativiser les propos tenus par beaucoup d’adolescents garçons pour qui l’éveil à la sexualité est parfois bien angoissante. Il n’est facile ni d’apprendre à séduire, ni d’apprendre à aimer. Et puis, il y a les déceptions amoureuses à gérer. Tout un apprentissage donc auquel le jeune n’est que peu préparé. La vulgarité affichée peut sans doute aussi être décodée comme une forme de protection et de défense. Le mépris affiché pour l’autre est sans doute, avant tout, une peur intense à son égard. Tout cela ne justifie pas mais permet peut-être de mieux comprendre.


Regard et respect
“ Nous avons dû faire face à une bagarre entre deux jeunes : un grand de 16 ans s’en est pris à un plus jeune de 13 ans. Quand on a essayé de comprendre ce qui s’était passé, le grand nous a expliqué que le petit l’avait mal regardé ... ” Samir G., Montreuil (93)

Comment peut-on comprendre qu’on puisse se battre uniquement parce qu’on a senti dans le regard de l’autre un manque de respect ? Peut-être, faut-il se référer au fonctionnement des meutes de loups qui fonctionnent sur la base d’un mâle dominant à qui doivent se soumettre les autres mâles. Parmi les signes de soumission, il y a ces comportements spectaculaires consistant, par exemple, à se mettre sur le dos et à offrir la partie la plus vulnérable du corps (le ventre) aux crocs du dominant, ce qui provoque instantanément la fin de l’affrontement. Par contre, soutenir le regard et continuer à plonger ses yeux dans les yeux du dominant est considéré comme un défi et une provocation... tout comme nos adolescents : le plus fort attendant du plus faible qu’il baisse les yeux en signe de soumission. Face à cette loi du plus fort, il est essentiel de répondre par la loi démocratique (le plus faible n’a pas à faire allégeance, les règles sont les mêmes pour tout le monde) et la parole (la résolution des conflits doit se faire non par la violence mais par l’échange et la négociation). C’est, en tout cas, la seule façon d’humaniser une relation qui, sinon, restera au stade de l’instinct animal.


Petits jeux cons
“ Pour certain, les "Petits Jeux Cons" (P.J.C) sont les jeux tels "un, deux, trois soleil" ou "la tomate",... Alors, que pour ma part, j'aurais tendance à penser qu'il s'agit de jeux tentant à humilier l'un, voire plusieurs, des membres d'un groupe : retenir son souffle le plus possible jusqu'à en tomber raide, ou s'étrangler à l'aide d'une écharpe pour tester sa résistance... Est-ce qu'un jeu instructif peut devenir un P.J.C ? ... ”

L’enfant investit le jeu aussi comme moyen d’expérimenter son rapport au réel, de laisser libre court à un imaginaire qui est aussi une façon d’élaborer sa personnalité. Le jeu n’est donc qu’un support qui, en tant que tel, peut viser différents objectifs, des plus nobles (entraide, solidarité) aux plus douteux (limites de la compétition pour la compétition). La démarche fondamentale de l’animatrice/animateur consiste bien à proposer une activité non pour son aspect occupationnel, mais parce qu’elle prend place dans l’éducation du petit d’homme. Un jeu doit être validé par l’adulte à partir des valeurs qu’il véhicule. Les jeux dangereux évoqués dans la question se rapprochent beaucoup de ces rites initiatiques qui confrontent à la souffrance et à la menace de mort. Notre société ne possède plus de ces modes de passage qui permettent à l’enfant de symboliser son accession à l’âge adulte. Alors, les jeunes en inventent par eux-mêmes. Plutôt que de se contenter de les interdire, ne vaudrait-il pas mieux proposer des activités à risque permettant de répondre d’une façon bien moins dangereuse (car sécurisée par l’adulte) à ce besoin de mesurer qu’on est devenu grand puisqu’on n’a plus peur ?


Adolescent lymphatiques
“ Cet été, j’ai encadré un camp d’adolescents. J’ai été surprise du peu d’initiatives qu’ils prenaient. Ils avaient vraiment envie de se laisser porter. Comment faire pour qu’ils soient un peu plus dynamique ? ” Valérie M., Juvisy (91)

Dès lors qu’on se retrouve en groupe le comportement change. Cela est vrai qu’on ait 7 ou 77 ans ! La responsabilité individuelle s’amenuise et semble comme absorbée par la petite communauté que l’on forme alors. L’attitude passive évoquée ici en est une bonne illustration. Il ne faut toutefois pas y voir que du négatif. Il est agréable parfois de se laisser porter, de ne pas avoir à prévoir, à organiser. Il est bon, de temps en temps, de se laisser un peu prendre en charge. Mais l’animatrice ne voit pas forcément cela d’un bon œil, elle qui se fixe comme objectif d’autonomiser et de rendre le jeune plus capable de gérer sa vie. Peut-être, faut-il laisser la place à ces deux points de vue : celui de l’adolescent qui a bien envie de se laisser aller et celui de l’encadrant qui est là pour le booster un minimum. La solution n’est pas dans l’un OU l’autre, mais dans le juste équilibre entre les deux. Et c’est là toute la difficulté : savoir quand se la jouer cool et quand mettre un peu la pression. En éducation, on prend toujours le risque d’en faire trop ou pas assez. Mais c’est aussi ce qui est passionnant : rien n’est défini d’avance, mais doit être créé à partir d’une situation donnée qui est toujours mouvante (ce qui a réussi un jour ne fonctionnera pas forcément le lendemain).


Motivation des adolescents
“ Le public des adolescents est parfois décourageant : parfois, ils ne veulent rien faire, ils trouvent tout nul et en même temps ils se plaignent de s’ennuyer. il y a des jours, je ne sais plus quoi faire ... ” Geoffroy L., La garenne Colombe (92)

Les adolescents fonctionnent dans une logique ambivalente : ils sont à la fois l’enfant qui est en eux et l’adulte qui est en train d’advenir. Il y a une force qui les pousse à rejeter cet adulte qui leur propose des activités (“ on n’est plus des gamins ”) tout en lui demandant des les prendre en charge (“ tu n’es même pas capable de nous proposer une activité ”). Cela n’a rien d’étonnant, ni d’original. Et c’est assez fréquent. Il faut se rassurer : c’est normal. Cette attitude n’est pas tant une remise en cause de l’animateur, qu’une manière pour le jeune de se construire (et il ne peut le faire que dans la confrontation à l’adulte). Comment réagir ? Il ne faut pas prendre cette attitude au pied de la lettre et la décoder. “ C’est nul ton truc ” ne signifie pas forcément “ Ca ne m’intéresse pas ” , mais : “ pour ne pas avoir l’air de réagir comme lorsque j’étais enfant, il faut que je m’oppose à ce qui est proposé, pour montrer que j’existe ” ( bien sûr, cette réaction est inconsciente, le jeune ne se dit pas cela en ces termes). A partir de là, bien des réactions sont possibles, selon le caractère de l’animateur. Cela va de l’acceptation du conflit “ eh bien, on va le faire quand même ! ” à la négociation “ qu’est-ce que tu proposes de faire d’autre ? ”, en passant par la reformulation “ qu’est-ce que tu trouves nul dans ce que je propose ? ” L’important, c’est que l’adolescent se sente reconnu dans son besoin d’opposition. Le plus souvent après il se décoince.


Confiscation préservatifs
“ Dans notre colo, un couple s’est formé. Le Directeur a décidé de confisquer les préservatifs qu’il avait trouvés sur les deux jeunes. J’ai trouvé ça un peu dur. ” Ludovic V., Marcoussis (91)

La constitution de couples d’amoureux dans les colos d’ados (mais c’est vrai aussi pour les enfants, même si cela ne pose pas les mêmes problèmes !) est un grand classique. Certains principaux de collège n’ont pas hésité à fixer des sanctions pour toute manifestation d’affection. Il serait scandaleux que certains directeurs en fassent de même... S’il semble important de fixer un cadre minimal à ces épanchements bien naturels : exigence de discrétion, interdiction de cohabiter dans la même chambre, interdiction de toute relation sexuelle (seuls les parents pouvant y consentir). Reste la politique de prévention des risques qui doit l’emporter sur un maintien hypocrite des principes. On peut par exemple laisser traîner une boite de préservatifs dans l’infirmerie, de telle façon qu’elle soit accessible. Que vaut-il mieux : un rapport qu’on ne cautionnera pas mais qui sera protégé ou un rapport qui aura lieu dans notre dos et qui ne sera pas protégé ? Pour autant, les passages à l’acte sont bien plus rares qu’on ne l’imagine et relèvent le plus souvent des fantasmes du groupe d’enfants et d’adultes.



DU CÔTÉ DU PUBLIC ADULTE


L’enfant dans l’adulte
“ Stagiaire Beatep dans une maison de quartier, je m’occupe depuis d’un groupe d’adultes. j’ai été assez étonné par leur comportement gamin ” Ludovic Q. à Gueret (23)

L’analyse transactionnelle affirme que chacun d’entre nous possède en soi une dimension respectivement d’enfant, de parent et d’adulte. Tout se passe comme si les différentes étapes de notre maturation s’accumulaient comme autant de couches successives qui s’additionnent plus qu’elles ne se remplacent les unes, les autres. Heureusement que l’enfant qui est en nous n’a pas complètement disparu. C’est ce qui permet, entre autre, aux animateurs, d’entrer en relation avec les enfants, notamment au travers du jeu. Placés hors leur contexte professionnel ou de responsabilité, il n’y a rien d’étonnant à ce que les adultes se lâchent un peu et se mettent à s’amuser ... comme des enfants. On peut même parfois assister à des mécanismes régressifs (jalousie, crise d’opposition, recherche d’une place privilégiée ...) un peu comme si des vieux réflexes enfouis au plus profond ré émergeaient, dès lors que la personne se retrouve dans un contexte signifiant. Il faut savoir à la fois respecter ce type de comportements dans une certaine limite (puisque cela correspond à un besoin à un moment donné) tout en sachant les gérer et les canaliser.


Rôle socialisateur animateur
“ Je travaille dans un centre social et je suis étonné de constater le degré d’isolement et de solitude des personnes qui le fréquente. On a l’impression que si nous n’étions pas là, les gens ne sortiraient pas de chez eux. ” Martine F. à Mont de Marsan (40)

Chacun adopte le mode de vie qui lui convient le mieux. Certains sont très sociables et ne peuvent vivre qu’entourés de beaucoup de monde. D’autres préfèrent rester chez eux, se joignant rarement aux activités disponibles. Il n’y a pas en la matière de conduite préférentielle, l’important étant que cela soit un choix et non un mode de vie subi. Le centre social est justement là pour proposer et non imposer. Quelques habitants seront quasiment de toutes les sorties et animations proposées : ils seront présents un peu tout le temps. D’autres viendront plus ponctuellement. Il est essentiel de respecter le projet de vie de chacun et surtout de ne pas faire peser une sorte de jugement social qui stigmatiserait les uns ou les autres à partir de leur degré de participation : celui qui fréquente souvent le centre “ ne doit pas être heureux chez lui ” et celui qui n’y va jamais serait asocial. Ne tirons pas de conclusion hâtive qui sont trop souvent le reflet de nos propres conceptions de vie.


Motiver
“ Comment réussir à motiver les adultes et les inciter à participer aux activités qu’on leur propose ? ” Benoît L. à Corbeilles (45)

Les commerçants qui veulent attirer le client dépensent des fortunes en publicité. Ils cherchent à créer un désir, à provoquer des envies qui seront satisfaits grâce à l’achat. Même, s’il n’a rien à vendre, le monde de l’animation peut utiliser ce ressort de la psychologie humaine. Ce dont il s’agit, c’est de créer une dynamique. Comme les commerçants lancent parfois une étude de marché, les animateurs peuvent essayer de déterminer ce que le public cible aimerait trouver comme animation. Il est alors possible de répondre à la demande faite d’organiser un concours de boule, de tarot ou un loto. Ce qui est plus difficile, convenons-en, c’est d’arriver à attirer l’attention sur des activités nouvelles et de faire découvrir ce qui n’est pas connu. C’est peut-être parce qu’on aura dans un premier temps répondu aux demandes initiales et qu’on aura créé une dynamique qu’il sera ensuite possible d’élargir le champ de vision. L’essentiel est quand même de rester proche de ce que les gens ont envie et de ne pas proposer d’emblée des activités aux antipodes de leurs attentes.


Apprendre ou se détendre
“ Je travaille auprès d’un groupe d’adulte. je constate qu’il y a très nettement deux tendances : celles et ceux qui viennent uniquement pour se détendre (jeux de société, marche ...) et celles et ceux qui veulent apprendre des techniques nouvelles (macramé, peinture sur soie etc ...) ” Virginie E., Laons (28)

Le loisir peut être conçu de différentes façons. Pour les uns, c’est l’occasion de rompre le rythme parfois infernal du quotidien (métro, boulot, dodo). Ils préfèrent cultiver le plaisir de ne rien faire. Paul Lafargue n’a-t-il pas écrit au XIXème un très beau traité : “ le droit à la paresse ” ? D’autres préfèrent ne pas “ bronzer idiot ” et utiliser leur temps libre très activement : jardiner, bricoler, s’adonner à une activité technique minutieuse et créative... Il n’y a pas ici de norme à respecter, ni de jugement à porter. Chacun agit à partir de son histoire personnelle et de sa tradition familiale. Le rôle de l’animateur est alors de répondre à la demande de chacun, en ne cherchant à privilégier, à priori, ni l’une ni l’autre. A la diversité de l’être humain doit correspondre l’adaptabilité des professionnels chargés de leur proposer une activité sportive ou culturelle.

 

DU CÔTÉ DU PUBLIC DES AÎNÉS


Routine en maison de retraite

“ Animateur depuis 4 ans dans une maison de retraire, je suis tombé dans la routine quant aux activités proposées qui sont toujours les mêmes, et ce en raison des capacités limitées du public des personnes âgées ” Thierry M., Chateauroux (36)

Beaucoup d’animateurs ont leur préférence : les uns pour les tout-petits, les autres, pour les ados. Mais, les principes doivent rester toujours les mêmes : placer le sujet en situation d’acteur et pas seulement de consommateur, partir du désir de celui-ci et pas uniquement de celui de l’intervenant, avoir confiance dans sa créativité... Le secteur de l’animation avec troisième âge va se développer dans les années à venir. Il reste bien des choses à découvrir et à élaborer dans ce domaine. Des expériences passionnantes ont été menées concernant des jumelages avec des centres aérés, un atelier mémoire peut déboucher sur la confection d’un livre ou d’un journal interne à l’établissement, les traditionnels jeux de société peuvent être la base d’un projet consistant à en inventer un, la vidéo peut être le départ d’une fiction ou d’un reportage (avec scénario, mise en scène etc ...). Pour autant, personne ne peut échapper éternellement à l’impression d’avoir fait le tour et de ne plus se sentir vraiment créatif, et ce quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Si tel est le cas, pas d’hésitation, il faut changer de poste et aller voir ailleurs ...


Décès anciens
“ Quand je suis retournée quelques semaines dans la maison de retraite où j’avais fait mon stage, ce qui m’a le plus choquée c’est d’apprendre le décès d’une personne dont je m’étais beaucoup occupée ” Marion N., Epinal (88)

Travailler avec le troisième âge, c’est être confronté à la mort. La sagesse acquise par les personnes en fin de vie, leur permet d’entrevoir leur disparition avec philosophie. Une existence bien remplie et la richesse de leur vécu facilitent souvent l’acceptation de cette perspective. Cela n’est pas forcément le cas des adultes plus jeunes qui s’occupent d’elles. Cette situation peut d’abord leur rappeler leur propre finitude, alors qu’ils sont à un âge où on n’y pense pas vraiment. Elle peut aussi leur donner un sentiment d’inutilité : à quoi bon retarder l’inévitable... On est parfois dans une action destinée à préserver les acquis, plus que dans l’apprentissage de nouvelles compétences. C’est la recherche de moments de bonheur partagé immédiat, sans le souci du lendemain, comme cela a été le cas tout au long de la vie. On peut aussi en tirer une sérénité et une plénitude que l’on n’avait pas auparavant. Car si la vieillesse peut être synonyme de déchéance et de sénescence, elle peut aussi atteindre un degré de dignité et d’accomplissement qui ne peut qu’enrichir celles et ceux qui la côtoient.


Infantilisation des anciens
“ Animatrice dans un foyer logement pour personnes âgées, ce que je ne supporte pas c’est la façon dont certains personnels adopte un comportement infantilisant ” Claire V., Juvigné (53)

Il est courant d’entendre dire que tel vieillard est “ retombé en enfance ”. Il est fréquent que certaines personnes âgées partagent avec les enfants une certaine insouciance et une recherche de gaieté et de divertissement. Après tout, leur vie ayant souvent été remplie de soucis et d’inquiétudes, il est normal qu’elles se laissent un peu aller. D’autres qui entrent dans une période de confusion, adoptent des comportements régressifs. Dans un cas, comme dans l’autre, il est inadmissible de s’adresser à elles comme on le ferait à des gamins. On doit se comporter avec l’égard qui leur est du, la seule attitude acceptable étant celle qui les stimule et leur permet de préserver leurs acquis. Cela ne signifie pas être grave et renfrogné toute la journée. Il faut simplement éviter de confondre cordialité avec avilissement, complicité avec irrespect et acte protecteur avec humiliation. Plus un public est fragile et sans défense, plus il induit des réactions incontrôlées et plus il doit faire l’objet d’une vigilance accrue. C’est à travers l’attitude à l’égard des plus démunis que l’on mesure son degré d’(in)humanité.


Mixité enfants et anciens
“ Etre animatrice auprès des personnes âgées est très enrichissant. Quand je vois leur immense expérience, je me dis que ce serait passionnant d’en faire profiter des enfants. ” Beatrice A., Pau (64)

Pendant longtemps, les vieux du village ont constitué une ressource de sagesse pour la communauté (on allait les consulter pour régler un conflit ou un problème) et de transmission de valeurs pour les jeunes générations (ils remplaçaient l’école, la télévision et les livres). En Afrique, un proverbe dit d’ailleurs que lorsqu’un vieillard disparaît, c’est une bibliothèque qui brûle. Votre sentiment de frustration est donc tout à fait fondé. Il n’est pas isolé. Récemment, une association regroupant des retraités a été créée pour proposer à des enfants dont les grands-parents sont décédés ou trop éloignés, de profiter de papys et de mamies de suppléance. Dans le secteur de l’animation, des expériences ont été menées de parrainage réciproque de centres aérés et de maisons de retraite. Cela ne peut bien entendu pas s’improviser et mérite qu’on lui accorde une préparation minutieuse. Mais le résultat est surprenant, provoquant une source de plaisir infini tant pour les bambins que pour les personnes âgées.

 


DU CÔTÉ DU PUBLIC HANDICAPÉ


Tutoiement personnes handicapées
“ J’ai fait un séjour adapté auprès d’adultes handicapés. J’ai été étonné de voir mes collègues tutoyer tout de suite des personnes qui auraient pu être leurs parents ” Julien L. à Saint Die (88)

La question du tutoiement et du vouvoiement traduit les rapports de hiérarchie et de domination entre membres d’une même communauté. On apprend aux enfants à vouvoyer les adultes, ces derniers ayant la réaction spontanée de tutoyer les enfants. Entre adultes, on peut tutoyer par mépris ou par complicité. On peut vouvoyer par respect ou par volonté de prise de distance. Tutoyer un être humain amoindri par un handicap ou une déficience peut signifier ne pas lui reconnaître sa pleine humanité, mais le vouvoyer peut aussi être un moyen de marquer la différence (je ne suis pas comme lui). Le tutoyer, ce peut être aussi établir une marque d’égalité. Comment faire, alors ? On peut peut-être réagir face à une personne porteuse de handicap, comme on le ferait face à une personne qui n’en serait pas porteuse. A-t-on l’habitude de tutoyer un adulte de quarante ans qu’on ne connaît pas ? Vouvoie-t-on, d’habitude, les enfants et les adolescents qu’on rencontre pour la première fois. On peut aussi poser la question : “ Vous préférez que je te tutoie ou tu préfères que je vous vouvoie ?”


Mixité valides-handicapés
“ J’ai été animateur auprès d’enfants handicapés moteurs. Nous avions une colonie d’enfants valides, juste à côté. J’ai trouvé dommage que nous n’ayons rien organisé en commun ” Bénédicte J. à Limoges (87)

Côtoyer des enfants différents est toujours une chance et un enrichissement que ce soit pour les adultes ou pour les enfants valides. Cela permet de d’identifier cette même part d’humanité que nous partageons toutes et tous et cette de faire reculer cette intolérance et ce rejet de l’autre que nous avons là aussi au nichés au fond de chacun(e) d’entre nous. Il n’est pas très compliqué de faire partager les même jeux à celles et ceux qui courent et celles et ceux qui sont en fauteuil roulant. Tout simplement parce qu’ils partagent les mêmes envies et les mêmes recherches de plaisir. Il suffit pour cela d’un peu d’imagination. Le monde de l’animation n’en manque pas. Il faut en plus simplement ce petit supplément d’audace. Cela n’a pas été possible lors de votre séjour. Tant pis. Mais sachez que vous êtes passé à côté de quelque chose d’inoubliable : faire se rencontrer deux mondes qui s’ignorent si souvent. Si cela se représente la prochaine fois, ne ratez surtout par l’occasion.


Animateur auprès de handicapés
“ On me propose une place d’animatrice auprès d’un public d’enfants handicapés mental. J’hésite à accepter. J’ai peur de ne pas savoir comment faire. ” Aïcha V. à Moulins (03)

Quel que soit le handicap dont il souffre, un enfant est avant tout un enfant. C’est à un enfant que vous devrez donc avant tout vous adresser et non à son handicap. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas adopter certains comportements adaptés à leur problématique particulière. Cela signifie que vous allez avoir en face de vous un public qui va développer des attitudes qui ne seront pas fondamentalement différentes des autres être humains : plaisir pour le jeu, attirance et rejet des autres, recherche de l’adulte etc... Il est rare que les animateurs en contact avec ces enfants en ressortent déçu. Car ils sont tout particulièrement attachants et très demandeurs. Ensuite, il y a les limites que chacun possède et comment ces êtres humains peuvent renvoyer à nos propres angoisses de mort, de maladie, de folie. Mais le problème est alors bien plus chez soi que chez l’autre. Aller à leur rencontre peut permettre aussi de dépasser certaines de nos représentations. C’est en tout cas une expérience unique et passionnante qui ne peut que marquer positivement la personne qui la vit.


Accueil enfants handicapés
“ Lors de la réunion de préparation du centre aéré des vacances de printemps, notre directeur nous a annoncé avoir refusé l’accueil d’un enfant trisomique, en argumentant que le conseil d’administration de son association n’avait pas voulu lui donner des moyens supplémentaires. ” Jenny L. à Lyon (69)

S’il devait s’agir là d’un prétexte pour ne pas avoir à s’embêter avec un enfant différent, ce serait là une attitude scandaleuse qui mériterait d’être dénoncée. Si la pression exercée par votre directeur sur son organisateur cherche surtout à recevoir cet enfant dans les meilleures conditions, cela peut se comprendre. Il est néanmoins dommage que ce soit un gamin qui fasse les frais d’une dispute entre adultes. Peut-être, y avait-il moyen de l’admettre d’abord, pour vérifier si sa présence allait demander ou pas un surplus de travail. Puis, ensuite faire la demande de moyens supplémentaires. La politique adoptée par notre pays à l’égard des enfants et adultes porteurs de handicap a choisi une intervention spécialisée dans des lieux particuliers. Cela a des avantages (haute technicité des personnels qui les entourent) et des inconvénients (constitution de ghettos). D’autres pays (comme l’Italie par exemple) ont opté pour une prise en charge au milieu du reste de la population. Le dispositif ordinaire est simplement renforcé quand il accueille une enfant vivant une difficulté particulière. Deux logiques différentes.

 

DU CÔTÉ DE LA LÉGISLATION


Polémique sur la législation

“ Je n’arrive jamais à avoir une réponse cohérente en matière de législation. Les avis que je sollicite sont souvent contradictoires. Comment savoir qui a raison ? ” François L., Dunkerque (59)

La réglementation et la législation sont des matières vivantes qui évoluent très régulièrement. Au gré des gouvernements, des évolutions de la société, des incidents et des pressions de l’opinion publique, elles changent. La connaissance parfaite et le maniement pertinent de cette discipline requièrent une formation extrêmement pointue, nécessitant de nombreuses années d’étude et une réactualisation régulière. Aussi n’est-il pas étonnant qu’on ait du mal parfois à s’y retrouver. Une information juste à un moment donné peut s’avérer fausse quelques semaine ou mois après. D’où les contradictions fréquentes évoquées ici. Jeunesse en Plein Air édite deux gros classeurs dont les feuillets mobiles sont réactualisés chaque année (“ enfant et espace ”). Elle publie chaque année un numéro spécial de sa revue “ Loisirs éducation ” : “ spécial directeur CVL ”. D’autres fédérations proposent, elles aussi, ce type de condensés, par définition très vite obsolètes. Votre revue préférée informe chaque mois des évolutions intervenues dans sa rubrique “ tableau de bord ”.


Montagne et législation
“ Lors de notre séjour du mois d’août qui se passait en montagne, nous n’avons pu faire la moindre promenade, parce qu’il fallait pour cela un guide de haute montagne. ” Yannik. R., Saint Brieuc (22)

Les réglementations deviennent effectivement de plus en plus draconiennes. Si vous vous trouviez en moyenne ou haute montagne, il vous fallait vous assurer des services d’un homme de l’art. Pour autant, il est possible d’essayer de négocier avec Jeunesse et Sport en lui adressant un projet pédagogique clair et précis définissant exactement ce que vous voulez mettre en œuvre. On peut alors distinguer entre une randonnée de 4 ou 5 heures qui justifie pleinement d’être accompagné par un guide et une promenade ponctuelle sur un chemin balisé. Selon l’inspecteur que vous contacterez, cela pourra être accepté ou refusé. Mais il faudra s’y faire : l’impératif de sécurité et surtout le mythe du risque zéro vont de plus en plus s’imposer dans les années à venir. Cela ne pose guère problème tant qu’on n’a pas de pépin. Le jour où un accident intervient, l’administration ou/et la justice iront vérifier si les règles ont bien été respectées. Sans compter les assurances qui essaieront de trouver la moindre faille pour justifier de ne pas avoir à payer.


Camping et législation
“ J’ai appris que les nouvelles normes de Jeunesse et sport allaient rendre obligatoires dans les campings, tables et chaises ainsi qu’un frigidaire. Est-ce encore du camping ? ” Rachida M., Alençon (61)

Les règles d’hygiène sont de plus en plus prégnantes. Elles sont appelées à s’appliquer lors des campings comme elles le sont dans les installations de cuisine en dur. Il y a effectivement là une dérive. On pourrait imaginer que dans quelques années, on exige un sol en béton, des lits avec des matelas et pourquoi pas la disparition de toute toile qui peut être un nid de germes et autres microbes. Alors que le camping constitue encore un moment de vie quelque peu “ sauvage ”, les contraintes qui s’imposent “ civilisent ” à grand pas cet espace. Là aussi, pourquoi ne pas présenter un projet pédagogique qui mette en avant une aventure à la trappeur et attendre la réaction de Jeunesse et Sport. Les fonctionnaires de cette administration sont tenus à faire respecter des règles dont ils ne sont pas les auteurs. Ils ont aussi souvent le souci de l’intérêt éducatif. Il ne faut jamais hésiter à dialoguer avec eux pour définir les marges de manœuvre possibles.


Législation sur le cannabis
“ Les ados du quartier qui fréquentent notre club affirment que la consommation de cannabis serait autorisée quand elle se limite au domaine privé. Ils prétendent aussi que l’on peut faire pousser cette plante chez soi et qu’on ne craint rien du moment que c’est pour sa consommation personnelle. J’en ai même entendu expliquer que les plants de cannabis seraient tolérés jusqu’à la hauteur de 1,20 mètre ! Qu’en est-il exactement ? ” Maxime G., Foix (09)

Il y a là une nette confusion entre le débat public sur la pertinence de légaliser ce produit et ce que dit la loi ou encore entre la tolérance plus ou moins grande des services de police et des magistrats face à la simple consommation de cannabis et ce que risque théoriquement la personne en détention de quantité (même faible) de cette substance. On a le droit d’avoir ses propres convictions sur la drogue. Reste que la législation en vigueur dans notre pays est très claire et très répressive. L’article R 5181 du code de la santé publique affirme : “ sont interdits la production, la mise sur le marché, l’emploi et l’usage : du cannabis, de sa plante et de sa résine, des préparations qui contiennent ou de celles qui sont obtenues à partir du cannabis, de sa plante ou de sa résine... ”. L’article 222-37 du code pénal affirme que le “ le transport, la détention, l’offre, la cession, l’acquisition ou l’emploi illicites de stupéfiants sont punis de dix ans d’emprisonnement et de 7 500 000 € d’amende ”. L’article 222-35, quant à lui, sanctionne “ la production ou la fabrication illicite de stupéfiants de vingt ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 € d’amende ”. Et si dès 1973, une circulaire du ministère de la justice recommandait “ pas de poursuites pénales pour les quantités négligeables de stupéfiants et pas de procédure de flagrant délit contre les simples usagers ”, cela n’a pas empêché en 1998, sur 91.000 interpellations liées aux infractions à la législation sur les stupéfiants, que 75.000 le soient pour simple consommation, essentiellement de cannabis. La plupart a simplement fait l’objet d’un classement sans suite ou encore d’une admonestation par le tribunal. Mais leur interpellation, voire leur comparution démontrent que la tendance n’est pas à la libéralisation. Par contre, la contradiction entre une sévérité extrême de la loi et son application complètement édulcorée est ici flagrante. Elle nourrit l’argumentaire des partisans d’une révision de la loi du 31 décembre 1970. Pour autant, et jusqu’à ce que la législation change, le seul discours responsable que l’on puisse tenir face à des jeunes semble bien être de rappeler la loi. Détrompons-les quant aux rumeurs qui circulent et qui peuvent les inciter à banaliser un acte qui peut encore être durement sanctionné. Cultiver, posséder, consommer ou vendre du cannabis ou ses dérivés (totalement assimilés par la loi à une substance stupéfiante, au même titre que l’héroïne ou la cocaïne) constituent une grave infraction condamnable par de lourdes peines. Que, concrètement, les tribunaux n’appliquent pas les sévères prescriptions prévues par le code pénal ne signifie pas que celles-ci ne soient plus en vigueur.


Animation et tabagisme
“ J’ai dirigé cet été un séjour spectacle itinérant avec des ados de 14 à 17 ans. La réglementation sur le tabagisme évolue constamment et j'ai eu du mal à avoir des réponses claires à ce sujet. Je souhaiterais savoir si une gestion éducative et préventive est réalisable sur ce sujet ? ” Gyan

Le décret du 29/5/92 est très clair : fumer est interdit dans tous lieux collectifs, est autorisé dans des salles aménagées à cet effet, mais uniquement aux plus de 16 ans. Cette loi est-elle applicable dans un camp d’adolescents (ce qui implique d’accepter le tabac pour les plus de 16 ans et de faire la chasse aux autres) ? On peut fort bien opter pour le strict respect de cette interdiction et décider de sanctions face à toute transgression. On peut aussi préférer adhérer à la politique dite de prévention des risques. Il s’agit alors d’établir des règles favorisant une moindre consommation et/ou des conditions dissuasives comme par exemple obtenir l’accord écrit préalable des parents, déterminer le nombre de cigarettes par jour, désigner un lieu où l’adolescent ira seul fumer sa cigarette (et non pas en groupe pour éviter le côté convivial). Chacune de ces options possède ses avantages et ses inconvénients. Celle qui est adoptée doit faire l’objet d’une information préalable claire aux jeunes et aux familles. Mais, la prévention peut-elle être crédible si les encadrants sont les premiers à fumer ?


Préservatifs
“ Cet été nous avons hésité à distribuer des préservatifs, un animateur affirmant qu’il y avait risque d’incitation à la débauche ” Ronan, Paris (75)

La loi de 1967 autorisant la contraception, en interdisait toutefois la publicité. Après l’épidémie de Sida, cette interdiction a été levée. En parler ne tombe donc plus sous le coup de la loi. Une décision du Tribunal correctionnel Montauban (en date du 20/10/89) précise, par ailleurs, que pour qu’il y ait incitation de mineur à la débauche, il faut un acte matériel obscène favorisant la corruption et cherchant à satisfaire sa propre lubricité. Dans l’ambiance actuelle qui privilégie la prévention des risques (“ ce n’est pas autorisé, mais si tu dois néanmoins le faire, voilà comment agir en prenant le moins de risques ”), il y a peu de chance qu’un magistrat sanctionne une simple information préventive avec distribution de préservatifs. Pour autant, le choix qui est fait de l’attitude à adopter relève du projet pédagogique du directeur qui doit en discuter avec son organisateur et ensuite présenter les modalités qui ont été déterminées à la famille (qui inscrit alors son enfant en conséquence de cause).


Signalement et maltraitance
“ J’ai entendu deux fois des enfants parler de leur maltraitance par leurs parents. J’en ai parlé à mes supérieurs qui m’ont dit à chaque fois de ne rien dire. ” Roland G., Bourg Saint Auréol (07)

La loi de 1989 oblige, sous peine de sanction, à révéler toute situation d’enfant en danger. Quand on a connaissance de cette situation à l’occasion de son activité professionnelle, la première réaction est d’en informer son employeur. Mais cet acte n’exonère en aucun cas du devoir de transmission à l’autorité administrative ou judiciaire, si l’employeur décide de n’en rien faire. Ce qui place le professionnel entre deux feux : respecter le principe de discrétion et de loyauté envers l’employeur auquel le contrat de travail contraint et risquer une condamnation pénale ou répondre à l’obligation légale de signalement et risquer une mise en cause du contrat de travail. Il est toujours possible alors d’aller rencontrer discrètement l’assistante sociale de quartier pour lui demander conseil ou de téléphoner au numéro vert “ allo, enfance maltraitée ” (le 19) qui transmettra votre information aux services sociaux qui déclencheront une enquête. Vous pouvez lors de cet appel, refuser de donner votre nom, soit le donner en demandant que soit préservé votre anonymat. Cette seconde solution vous permet d’être informé de la suite donnée à l’enquête sociale. En tout état de cause les tentatives pour étouffer une telle révélation sont moralement scandaleuses et tombent sous le coup de la loi.



DU CÔTÉ DES ANIMATEURS


Etre animateur et homosexuel (1)
“ Comment gérer son homosexualité vis à vis des enfants, parents et collègues, quand on est animateur ou animatrice et ne pas être victime de l'amalgame homosexualité/pédophilie qui fait parfois des ravages. ” Philippe B., Nantes (44)

Si s’afficher anti-pédé relève d’une “ norme ” encore largement répandue, revendiquer cette orientation n’est guère facile. Le coming-out (révélation publique) n’est pas forcément plus facile au niveau professionnel que familial. Les préjugés existent aussi chez les employeurs. La hantise d’être confronté à un animateur pédophile ne fait que renforcer cette appréhension (alors qu’il y une nette confusion : il y a bien plus de pédophiles chez les hétérosexuels que chez les homosexuels). En attendant que les mentalités évoluent, il convient sans doute de faire preuve d’une saine prudence : bien mesurer les conséquences avant d’en parler. L’évoquer si l’on pense bénéficier d’un minimum de bienveillance, y renoncer si cela peut se retourner contre soi. A moins, d’en faire une question de principe et de vouloir revendiquer, ce qui est parfaitement légitime mais risqué. C’est au cas par cas, qu’il faut raisonner, non en terme général. Reste que le fait, en 2003, d’avoir encore à se poser la question est la preuve du chemin qui reste à parcourir dans l’acceptation de l’autre dans sa différence.


Etre animateur et homosexuel (2)
“ Lors d’un stage Bafa, une jeune fille a été renvoyée au prétexte qu’elle aurait fait des avances à une autre jeune fille (l’une et l’autre étant majeure). Quand je l’ai appris, j’ai été scandalisé ” Bernard L., Saint Nazaire (44)

Ce que vous relatez là semble relever d’une autre époque. En quoi les flirts, qui peuvent se dérouler dans le cadre de tels stages, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels, regardent-ils les formateurs ? A moins qu’il y aie eu harcèlement ou que cela aie pris une ampleur telle que l’assiduité de la personne en cause aie été notablement perturbée. Si, en outre, le caractère homosexuel de cette relation a pu créer un climat de malaise, il y avait là de quoi aborder avec le groupe la question de comment gérer une telle situation au cas où elle se manifesterait dans un camp d’adolescents, par exemple. La gestion de cet événement, telle que vous l’évoquez, est effectivement révoltante. Sauf à ce que ce stage Bafa aie été proposé par une organisation ne relevant pas de l’éducation populaire, mais d’une obédience intégriste ou fortement marquée par des convictions très traditionalistes. Tous les avis et comportements doivent être acceptés du moment qu’ils respectent les droits de l’homme. Et que je sache, draguer une personne du même sexe n’est en aucune manière attentatoire à ce principe.


Conflit entre animateur et instituteur
“ Animateur de classe de mer depuis quelques mois, je suis assez souvent en conflit avec les instituteurs qui se comportent comme s’ils étaient en vacances. Quasiment aucun ne fournit son projet pédagogique en arrivant. La directrice leur donne toujours raison : le client est roi ” Anthony M., Brest (29)

Les instituteurs comme beaucoup d’autres enseignants ont l’habitude d’être dans leur classe comme les capitaines de navire : seuls maîtres à bord après Dieu. Le travail d’équipe leur est étranger. Mis à part ceux qui travaillent en maternelle aux côtés des ASEM, ils n’ont pas l’habitude de partager leurs élèves avec quiconque. Ce qui n’est pas fait pour arranger les choses, l’animateur qu’il trouve dans les centres de classe découverte n’est pas un homme de l’art, comme eux le sont. Tous les ingrédients sont réunis pour qu’un conflit potentiel puisse éclater. Ensuite, selon les personnalités des uns et des autres, cela peut bien se passer ou au contraire se dégrader. Il est essentiel que les animateurs puissent se faire reconnaître et respecter. Chacun doit pouvoir être à sa place et accepter la complémentarité de l’autre. L’articulation entre partenaires n’a jamais été et ne sera jamais donnée d’emblée : elle doit se construire.


Animateurs en couple
“ Dans notre colo, un couple s’est formé. Le Directeur a décidé de confisquer les préservatifs qu’il avait trouvés sur les deux jeunes. J’ai trouvé ça un peu dur. ” Ludovic V., Marcoussis (91)

La constitution de couples d’amoureux dans les colos d’ados (mais c’est vrai aussi pour les enfants, même si cela pose pas les mêmes problèmes !) est un grand classique. Certains principaux de collège n’ont pas hésité à fixer des sanctions pour toute manifestation d’affection. Il serait scandaleux que certains directeurs en fassent de même... S’il semble important de fixer un cadre minimal à ces épanchements bien naturels : exigence de discrétion, interdiction de cohabiter dans la même chambre, interdiction de toute relation sexuelle (seul les parents pouvant y consentir). Reste la politique de prévention des risques qui doit l’emporter sur un maintien hypocrite des principes. On peut par exemple laisser traîner une boite de préservatifs dans l’infirmerie, de telle façon qu’elle soit accessible. Que vaut-il mieux : un rapport qu’on ne cautionnera pas mais qui sera protégé ou un rapport qui aura lieu dans notre dos et qui ne sera pas protégé ? Pour autant, les passages à l’acte sont bien plus rares qu’on ne l’imagine et relèvent le plus souvent des fantasmes du groupe d’enfants et d’adultes.


Cabale contre des animateurs
“ Nous avons été confrontés à une véritable cabale de la part d’un groupe de pré-adolescentes contre une animatrice. Cela a été difficile à vivre pour l’animatrice ” Jocelin J., Limoges (87)

Ce que vous évoquez semble se référer aux mécanismes du bouc-émissaire qui consistent à choisir un individu, parfois en raison de sa faiblesse ou d’une particularité physique, et à en faire le souffre-douleur du groupe. C’est une situation inadmissible qui nécessite une intervention pour y mettre un terme. Il peut arriver qu’un animateur ou une animatrice en soit victime. Il est très important, dans ces circonstances, d’éviter une confrontation frontale du groupe des adultes et du groupe des enfants. On peut utiliser la menace de la sanction. Mais il est aussi possible de mettre en œuvre une médiation peut-être plus à même de dégonfler cette mécanique infernale. On peut réunir les enfants concernés et leur donner la parole l’un après l’autre. Cela leur permet de se positionner individuellement et ainsi d’essayer de déconstruire la dynamique de groupe. Des engagements peuvent ensuite être prisquant aux comportements à venir, engagements dont chaque enfant sera comptable devant le groupe d’adulte, qui le reprendra s’il ne les respecte pas. Tout cela reste néanmoins d’une manipulation délicate et les résultats ne sont nullement garantis.


Encadrement et autonomie
“ Nous avons été confrontés sur les pistes de ski, à un groupe de scouts débutant, encadré par un grand adolescent qui n’avait derrière lui qu’une semaine d’expérience. Il avait emmené son groupe sur une piste rouge et devant ses difficultés avait conseillé de regagner la station en glissant sur le dos ! Un de nos jeunes a été percuté et a eu le bras cassé... Après discussion avec le responsable de ce groupe qui ne voulait rien entendre, je suis allé porter plainte. ” Louis B., Grenoble (38)

La pédagogie visant l’autonomisation et laissant une grande marge de manœuvre aux enfants et aux jeunes comporte ses avantages et ses inconvénients. On ne peut s’appuyer sur les excès qui peuvent être commis pour la condamner. Cette façon de faire présente des risques qui dans une société qui n’en admet plus aucun, mais porte ses fruits, malgré tout. Il arrive parfois que des comportements placent véritablement des enfants ou des jeunes aux limites de la sécurité. L’exemple que vous donnez en est un exemple manifeste : le ski étant un sport dangereux, il faut prévoir un encadrement compétent minimum. La plainte déposée pour “ mise en danger d’autrui ” me semble raisonnable. Il faut -me semble-t-il- rappeler leurs obligations aux responsables des CVL quels qu’ils soient.


Professionnels et occasionnels
“ Je suis animatrice professionnelle et je mesure quand je travaille l’été avec des animateurs occasionnels, le fossé qui nous sépare. ” Ludivine G., Calais (62)

La formation Bafa est conçue pour préparer des jeunes adultes à encadrer des centres de vacances et de loisirs sur les périodes de vacances scolaires. L’espérance de vie d’un animateur est courte : le temps de finir ses études et de rentrer dans la vie active. Cette configuration donne obligatoirement un aspect amateur à nombre de ces occasionnels, si on les compare avec celles et ceux qui bénéficient d’une formation Baapat ou Beatep qui s’étend sur une à deux années. Les uns et les autres sont néanmoins amenés à cohabiter. Il peut être frustrant pour un professionnel de l’animation de se confronter aux compétences par définition limitées des détenteurs d’un simple Bafa. Tout cela doit pouvoir se parler d’emblée, dès les premières réunions d’animation pour situer et identifier les limites de chacun. Car qu’on le déplore ou non, on continuera encore longtemps à avoir cette cohabitation. Les CVL ne peuvent financièrement être encadrés exclusivement par des animateurs professionnels et les exigences de l’animation socio-culturelle ne peut se contenter des seuls titulaires d’un Bafa.


Devenir Directeur
“ On me pousse à devenir directeur. J’hésite. J’ai peur de ne plus avoir les mêmes contacts avec les enfants ... ” François M., Bar le duc (55)

Le choix de passer à une fonction de direction est une étape importante dans la démarche d’animation. Les responsabilités sont différentes, le travail aussi, les relations établies avec les autres salariés ou les enfants, de même. On entre là dans une logique d’autorité (qui ne doit pas signifier autoritarisme) et d’impulsion (qui ne doit pas se confondre avec la tyrannie). Si un directeur reste un animateur dans l’âme, il n’a plus à jouer ce rôle. Bien sûr, il pourra toujours mener un jeu et participer à une activité (heureusement !), mais bien d’autres tâches vont devoir être accomplies qui ne laissent pas toujours le temps. Il faut donc s’attendre à ce qu’un minimum de distance s’établisse tant à l’égard de l’équipe que du groupe d’enfants : le poste de direction place en situation de responsabilisation qui n’autorise plus à vivre dans une logique de parité avec ses anciens colègues. La crainte évoquée dans la question est donc tout à fait fondée. C’est là un choix à effectuer donc en connaissance de cause.


Ouverture CLSH (1)
“ Existe-t-il des textes de référence, des réglementations spécifiques, des documents conseils pour l’ouverture d’un CLSH ? ” Jacques F (Revigny 55)
“ Nous aimerions nous occuper d’un CVL à l’année. Comment doit-on s’y prendre, qui contacter ? ” Valérie V. (Nieppe 59)

La législation de notre pays confie aux parents la tâche de veiller à l’éducation et aux soins de leurs enfants. Lorsque ceux-ci ne sont pas en famille mais sont confiés à une institution, c’est l’Etat qui se charge de veiller à la conformité des modalités de prise en charge : habilitation, inspection, vérification des normes d’accueil ... La réglementation des crèches, des écoles, des clubs sportifs ... et des centres de vacances et de loisirs relèvent donc de la responsabilité de l’Etat. L’organisme chargé de faire appliquer ces règles est bien la Direction de la Jeunesse et des Sports (présente au niveau Régional et Départemental). C’est à cette administration qu’il faut s’adresser pour avoir tous les renseignements nécessaires quant au mode de fonctionnement d’un centre aéré. On peut aussi, prendre langue avec les fédérations d’éducation populaire (UFCV, FRANCAS, CEMEA, FAL etc ...) qui proposent une aide technique et constituent un utile centre de ressource. Il peut être aussi intéressant de prendre contact avec les structures déjà existantes, de rencontrer celles et ceux qui les animent pour bénéficier de leur expérience (il est inutile de reproduire les mêmes erreurs et utile de s’inspirer de ce qui a bien fonctionné).


Ouverture CLSH (2)
“ Notre ville est une commune rurale. Comment faire pour ouvrir un centre de loisirs ? Quelles sont les démarches à effectuer ? Nous n’avons pas pour l’instant de locaux. Auprès de quel organisme pourrais-je solliciter des subventions ? ” Julia H., Beauville (47)

Pour ouvrir un Centre de loisirs sans hébergement (CLSH), il faut présenter à la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports une demande d’habilitation, au minimum dans le mois qui précède l’ouverture. La DDJS a comme seule référence officielle un arrêté en date de 1984 qui évoque la nécessité de disposer d’un espace salubre et non dangereux, agréable et confortablement chauffé. Ce qui est plutôt vague ! L’administration s’appuie alors sur l’avis donné par la commission de sécurité incendie de la préfecture. Cet avis peut être demandé directement ou par l’intermédiaire du maire de la commune qui ne peut autoriser l’ouverture d’un lieu recevant du public qu’après avoir eu l’accord de cette commission. Il émet alors un arrêté municipal qui officialise ainsi, les conditions favorables de l’ouverture du centre. Autres préconisations possibles de la DDJS (mais qui sont indicatives) : un wc et un lavabo pour dix enfants et une surface de 3 m² de salle d’activité par enfant. Il est toujours préférable de demander une inspection préalable de la DDJS qui peut apporter des conseils pertinents et utiles. Si le centre doit recevoir des moins de 6 ans cette visite se fera avec le service de la Protection Maternelle et Infantile (dépendant du Conseil Général). Des subventions peuvent être demandées à la mairie, la CAF accordant une aide par journée enfant.


Question de la pédophilie
« Je souhaiterais travailler la problématique de la pédophilie avec mon équipe. Comment puis-je m’y prendre ? » Solène R., Montreuil (93)

Si certains de vos animateurs devaient avoir des tendances pédophiles, ce n’est pas vous qui pouvez les aider mais un psychiatre. Il vous revient d’avoir à placer les enfants à l’abri de tout comportement qui les mettrait en danger, en écartant au besoin toute personne qui aurait un comportement trouble. Par contre, ce qui peut être travaillé en équipe, c’est bien ce qui relève de la proximité normale et souhaitable entre les adultes et les enfants. Ainsi des questions telles que : qu’est-ce qui relève de la sexualité infantile et de la sexualité des adultes ? Quels sont les besoins des enfants en matière d’identification de leur corps qui doit pour s’épanouir être manipulé, touché, caressé ? Existe-t-il un contact physique chaste ou est-il systématiquement suspect ? Est-ce qu’un animateur a le droit de prendre un enfant sur ses genoux, de le chatouiller, de chahuter physiquement avec lui ? Comment réagir quand une adolescente ou un adolescent « drague » un animateur ou une animatrice ? Pour aborder toutes ces questions, il est pertinent de se faire aider par une personne ressource qui peut rassurer et donner des indications cohérentes.


Animation sociale
“ Je fais mon stage defa dans une maison de quartier. Beaucoup de jeunes qui viennent de quitter l’école nous demandent de les aider à trouver du travail. L’animatrice les renvoie vers la mission locale, en leur disant qu’elle n’est pas assistante sociale. ” Farid R. à Lille (59)

Quand on a quitté l’école et qu’on est à la recherche d’un travail, d’un appartement que l’on partagera avec un copain ou une copine ou qu’on a un projet de vie commune en couple, ces projets sont des objectifs qu’on veut réaliser très vite. Pour y arriver, on se tourne vers celles et ceux que l’on connaît pour les avoir côtoyés tout au long de son enfance et de son adolescence. Certains animateurs puristes considèrent que cela ne relève pas de leur mission, voulant se réserver au seul culturel. C’est un peu dommage, car ils constituent des points de repère forts pour ces jeunes. Certes, ils ne sont pas omniscients et doivent effectivement les adresser aux services idoines. Mais ils peuvent aussi accompagner cette démarche, en considérant que leur rôle consiste aussi à favoriser l’insertion du public qui s’adresse à eux. Ne serait-ce que parce que l’accès à la culture est d’autant plus confortable quand les conditions de survie minimale sont assurées.


Mauvaise ambiance d’équipe
“ Le centre où j’ai travaillé au mois de juillet m’a beaucoup déçue. L’ambiance de l’équipe était pourrie. C’était chacun pour soi, quand les unes ne tiraient pas dans les pattes des autres. C’était ma première expérience. J’hésite à recommencer. Est-ce toujours pareil ? ” Laurent P., Magne (86)

Il en va de l’animation comme dans le reste des groupes humains : on peut trouver le pire comme le meilleur. En tant que salariés, les animateurs n’ont pas choisi de vivre ensemble. Ils ne sont là que parce qu’ils ont été engagés pour remplir une fonction. Cette configuration ne préfigure obligatoirement une ambiance conviviale, même si le cadre ludique et la proximité des enfants devraient en faciliter l’émergence. Il faut dire que cela permet de travailler dans de bien meilleures conditions. On ne peut éviter les frictions sources de détérioration d’une ambiance. Mais on peut et on doit arriver à les régler. Il revient au directeur de veiller à ce qui se déroule au sein de son équipe. Il se doit de gérer les conflits, de désamorcer la violence naissante en permettant que s’exprime les reproches. Sa fonction ne se résume pas simplement aux tâches administratives ou financières. Il est, avant tout, un gestionnaire de relations humaines : gestion du groupe d’enfants, mais aussi du groupe d’adultes. Maintenant, il peut arriver, du fait de personnalités complexes ou de l’absence de savoir-faire du directeur que le malaise perdure. Il ne faudra alors pas hésiter à aller voir ailleurs l’année suivante.


Paternité du Directeur
« Le directeur de mon camp de cet été, nous a affirmé que si une adolescente tombait enceinte durant le séjour, c’était à lui d’assumer la paternité ... » Emmanuelle Q., Dijon (21)

Cette affirmation bien curieuse traîne depuis des années tant dans les centres de vacances que les structures de formation Bafa, Bafd. C’est une rumeur complètement absurde. La filiation est un acte juridique par lequel un adulte reconnaît auprès d’un officier d’Etat Civil, être le parent d’un enfant. Cet acte peut être accompli par le parent biologique (c’est ce qui se passe le plus souvent). Mais, ce n’est pas toujours vrai. Il arrive qu’un homme reconnaisse un enfant qui n’est pas de lui. C’est le cas aussi de l’adoption où les deux parents établissent un lien de filiation alors même que l’enfant n’a biologiquement aucun rapport avec eux. Un directeur confronté à une grossesse dans un de ses séjours pourrait faire l’objet d’une plainte de la famille. Une enquête administrative pourrait être diligentée pour vérifier son comportement en tant que responsable durant cette période (a-t-il incité les jeunes à avoir des rapports sexuels ou a-t-il posé clairement des règles ?). Mais en aucun cas, sa seule place de responsable ne le contraint à assumer une quelconque paternité que ce soit. Sauf à ce qu’il ait eu une relation sexuelle avec l’adolescente enceinte. Il encourt alors bien d’autres ennuis, judiciaires ceux-là, pour atteinte sexuelle en position d’autorité et cela est très grave.


Projet d’animation
“ J’ai appris en formation Bafa, l’importance du projet d’animation. Sur le terrain, cela ne se passe pas vraiment comme cela : on se contente de faire le programme des activités, sans grande cohérence. ” Loïc D., Toulouse (31)

Le fonctionnement d’une équipe d’animation tient beaucoup à l’action du Directeur qui impulse ses propres visées éducatives. Il arrive que certains d’entre eux fonctionnent plus dans une logique occupationnelle. C’est dès la procédure d’embauche que l’animateur peut se permettre de poser des questions, de rappeler ce qu’il a appris en formation ou dans ses expériences de travail précédentes. Il peut demander comment le centre va fonctionner. Si ce qui lui est présenté ne lui convient pas, il peut opter pour une autre proposition qui lui serait faite. Mais, il peut arriver qu’il n’aie pas le choix ( les places ne sont pas si pléthoriques que cela, surtout pour les stagiaires). Il peut alors essayer de faire évoluer la façon de travailler, en en parlant en équipe lors des préparations et réunions en cours de séjour. Si cela ne bouge toujours pas, tant pis, il finit sa saison et recherchera la fois suivante un emploi qui lui conviendra mieux. Cela ne remet pas pour autant en cause la pertinence de ce qu’il a appris : une expérience malheureuse n’est pas représentative de tout ce qui se passe dans les CVL.


Vie privée et vie professionnelle
“ Au cours de mon dernier centre, une animatrice s’est liée d’amitié avec un enfant et depuis elle va régulièrement chez cet enfant. Est-ce bon pour l’enfant de trouver en la personne de l’animateur un ami et non plus un simple animateur ? ” Audrey D., Escautpont (59)

Il est de coutume de préconiser une séparation entre vie professionnelle et vie personnelle et de se méfier des relations qui passeraient d’une sphère à l’autre. Les couples ou les amis ne font pas toujours bon ménage quand ils travaillent ensemble. Pourtant, il arrive que des amitiés naissent entre adulte et enfant quand l’un et l’autre se font face en situation professionnelle (prof/élève, animateur/enfant). Cela n’est pas problématique tant que c’est bien l’adulte qui agit pour l’enfant et non l’enfant qui est utilisé par l’adulte et qui est rejeté quand l’adulte n’en veut plus. Il est important que l’enfant dispose autour de lui de personnes ressources sur lesquelles s’appuyer pour grandir (et cela peut aller au-delà de la famille proche ou élargie). Mais attention de ne pas décevoir ce petit être encore fragile qui peut être blessé de l’inconstance ou de la trahison d’un adulte qui le laisserait choir au bout d’un moment. Il faut donc que moralement, l’adulte sache ce à quoi il s’engage et surtout il manipule avec précaution la relation d’amitié qui le lit à l’enfant. Reste que la loi attribue aux parents la responsabilité de décider des fréquentations de leurs enfants. C’est, en dernière instance, à ces derniers de décider si l’animatrice du centre de leur enfant peut devenir une amie qu’on reçoit à la maison.


Fonctionnement par thèmes
« En colonie, on fonctionnait par thèmes. Les enfants s’inscrivaient sur ce qui les intéressait et devaient rester dans les activités choisies toute la semaine. La directrice refusait les changements parce que ça désorganisait ce qui avait été prévu ... » Lucie R., Fontainebleau (77)

La programmation des activités autour de thèmes est très courante. Cette approche comporte bien des avantages : elle permet aux enfants de se projeter dans le temps et les aide à progresser dans les éventuelles complexités des tâches à accomplir. Elle favorise en outre l’articulation des animations autour d’un axe commun, ce qui donne la perception d’un tout obtenu à partir d’actions partielles. Mais, c’est aussi d’un certain confort pour les équipes qui peuvent s’organiser à l’avance. Mais, le principe du thème a aussi comme inconvénients de brider l’imaginaire et la créativité à un domaine préétabli et surtout peut-être d’encourager le côté un peu consommateur des enfants. Pour autant, les arguments ne sont pas tranchés. C’est à l’équipe de faire un choix pédagogique en favorisant tel ou tel aspect et peut être, dans la mesure du possible, de permettre avec souplesse que certains enfant puissent s’inscrire sur un fonctionnement à thème et d’autres non.


Activités obligatoires ?
« Il arrive que deux ou trois enfants refusent de participer à aucune des activités proposées. Faut-il les forcer ? » Simon V. Roanne (43)

Il arrive fréquemment que certains enfants agissent ainsi. C’est d’ailleurs souvent les mêmes. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce comportement. On peut évoquer un authentique désintérêt pour ce qui est proposé, mais aussi une difficulté à vivre le groupe ou encore le besoin d’attirer l’attention de l’adulte. Il convient d’abord d’essayer d’identifier ce qui est à l’origine de ces attitudes. On peut d’abord soigner tout particulièrement la phase de motivation. Une bonne présentation d’un jeu peut en convaincre plus d’un. On peut aussi imaginer de désigner chaque jour un animateur « joker » qui soit plus particulièrement chargé de prendre en charge le petit groupe d’irréductibles. Avec pour effet pervers, le risque de voir certains enfants s’installer dans cette relation privilégiée. On peut aussi négocier avec les enfants le fait qu’ils participent à une activité qui ne leur plaît pas trop (c’est cela aussi vivre en société, on ne fait pas toujours ce que l’on veut), en échange de l’organisation prioritaire de l’animation de leur choix le lendemain. On peut enfin leur accorder la droit de passer du temps dans un coin calme (lecture ou jeux de société), mais sans qu’un adulte leur propose une animation particulière, jouant ainsi sur l’ennui qui peut les gagner et les convaincre de rejoindre le groupe. Toutes ces options constituent une alternative à la décision de les contraindre autoritairement à participer, qui dans certains cas peut aussi apparaître la démarche la plus pertinente. Rien n’est figé en la matière.


Discipline et règlement
“ Le groupe d’enfants que j’ai est très indiscipliné. J’ai affiche un règlement, mais ils ne le respectent pas. (...) ” Julie M. Auxerre (89)

Les règles de vie au sein de tout groupe humain sont garantes du bon fonctionnement des relations entre les personnes. La vie en société est un apprentissage qui n’est jamais complètement achevé. Mais s’il y a bien une règle du jeu que tout un chacun a du mal à respecter, c’est bien celui qui nous est imposé. On peut cheminer avec un groupe en lui proposant d’édicter ensemble des règles de fonctionnement. Il faut en finir avec les règlements qui ne font qu’énumérer des interdictions : “ pas le droit de taper ”, “ pas le droit de voler ”, “ pas le droit d’insulter ”. Pourquoi ne pas partir d’une vision positive de la réalité : “ j’ai le droit qu’on respecte mon corps, je dois aussi respecter le corps des autres ”, “ j’ai le droit de posséder des affaires qui m’appartiennent sans qu’on me les vole, je ne dois pas prendre celles des autres sans leur accord ”, “ j’ai le droit qu’on ne m’insulte pas, je ne dis pas non plus de gros mots aux autres ” etc ... En partant de ce que chacun a besoin pour exister dans les meilleures conditions on a d’autant plus de chance qu’on l’applique aussi aux autres. Cette démarche est une possibilité. Elle ne va certainement pas régler tous les problèmes, mais conjugue le règlement intérieur sur le mode de la socialisation et non de la pure répression.


Volontariat sur les activités
« Nous avons eu une discussion au sein de l’équipe portant sur les enfants qui refusent de participer aux activités. Pour les uns, il faut les forcer. Pour d’autres, non. Qu’en pensez-vous ? » Nadia L., Bayonne (64)

C’est l’éternelle articulation entre le collectif et l’individuel. Les CVL ont poussé très loin depuis quelques années, les activités à la carte, les levers échelonnés, la consultation des enfants qui sont invités à construire eux-mêmes leur programme d’activité. L’idée est bien de respecter les rythmes de l’enfant et de répondre à ses demandes. Ces pratiques s’opposent à des habitudes qui, il n’y a pas si longtemps (et encore, parfois, aujourd’hui), voyaient des équipes prévoir leur emploi du temps d’un bout à l’autre, sans laisser beaucoup de choix aux enfants. Pour autant, il ne faudrait pas que cette individualisation débouche sur une approche qui exclue complètement la notion de collectivité. Si le groupe ne doit pas étouffer l’individu, l’individu, à lui seul, ne doit pas saboter le fonctionnement du groupe. C’est à chaque équipe de trouver le juste équilibre entre l’un et l’autre, en évitant la suprématie d’aucun.


Statistiques des CVL
“ Je serais curieux de connaître le nombre de centre aérés, d’enfants qui les fréquentent, d’animateurs et de directeurs qui les font vivre, etc ... ” Daniel H., Vierzon (18)

Voilà quelques chiffres récents susceptibles de satisfaire votre curiosité. Les centres de vacances organisent environ 40.000 séjours, concernant 1.300.000 enfants et adolescents, encadrés par 150.000 animateurs et 40.000 directeurs. Les centres de loisirs sont au nombre de 30.000. Ils sont fréquentés par un nombre d’enfants évalués entre 3 et 4.000.000. 300.000 animateurs y travaillent ainsi que 30.000 directeurs. Le rapport d’encadrement est au bénéfice des centres de vacances (1 animateur pour 8,6 enfants contre 1 pour 10 voir 13 dans les centres de loisirs). Les directions départementale jeunesse et sport effectuent environ 11.000 visites de contrôle dans ces structures : statistiquement, chacune a donc une chance sur six d’être visitée par cette administration. 55.000 bafa sont délivrés chaque année, ainsi que 2.500 bafd. Soit un taux annuel de nouveaux “ brevetés ”, de 12% pour les premiers et de 3,5% pour les seconds. On ne dispose pas, par contre, des chiffres des “ fins de carrière ” des uns et des autres. Mais, on peut penser que la “ durée de vie ” d’un animateur moyen est courte.

 

DU CÔTÉ DU QUOTIDIEN EN CVL


Le buffet de la boum
“ Nous avons organisé une boum et étions très contents d’avoir disposé des assiettes avec des friandises. Les jeunes se sont précipités dessus, ça a été la razzia ! ” Céline J., Metz (57)

En cela, ils ne se sont pas comportés mieux que la plupart des adultes invités dans des soirées comportant des buffets. C’est vrai que c’est terrible de voir cette masse se presser et se bousculer comme si elle n’avait pas manger depuis 8 jours ... Peur de manquer, effets de foule, instinct de survie ? C’est là en tout cas une très mauvaise habitude largement répandue. Peut-être faut-il trouver d’autres modalités. Pourquoi pas, par exemple, fabriquer des petits paquets de friandises qui seront mis à disposition contre un bon remis en début de soirée. Idem pour les boissons. Chaque jeune se trouvera alors en possession d’un véritable petit chéquier et pourra l’utiliser tout au long de la soirée, sans crainte de manquer. A condition, bien entendu, qu’il y ait autant de verres de boisson et autant de paquets de confiserie qu’il y a de bons distribués. La soirée pourra alors se dérouler tranquillement, en évitant l’effet razzia.


Erotisation des soins
“ Cet été, certains de nos ados, malgré nos précautions ont attrapé de méchants coups de soleil. En arrivant à l’infirmerie, j’ai constaté qu’une animatrice était en train de beurrer de Biafine© le haut du corps d’un garçon de 14 ans. Il était torse nu et semblait beaucoup apprécier. Je me suis dit que si j’avais fait la même chose à une fille, on m’aurait accusé de pédophilie ” Matoub G. Roannes (42)

La scène que vous décrivez semble évoquer un plaisir ressenti par l’adolescent en train de se faire masser par l’animatrice (qui pouvait, peut-être, elle aussi, y trouver du plaisir). Dans l’ambiance de psychose actuelle, on pourrait voir là quelque chose d’éminemment malsain. Mais après tout, les adultes en CVL n’ont-ils pas un rôle de suppléance parentale ? Cette même scène ne pourrait-elle avoir lieu au sein de la famille, une grande sœur étant sollicitée par une mère débordée par d’autres tâches ? S’il faut être vigilant à ce que le corps de l’enfant ne puisse servir d’objet d’assouvissement des pulsions adultes, il faut rappeler que le toucher chaste et dénué d’arrière-pensée sexuelle existe aussi, y compris en animation. Maintenant, il existe effectivement une inégalité entre une femme et un homme dans le contact physique à l’enfant : la première est considérée comme naturellement maternante, le second comme plus facilement prédateur.


Sponsoring commercial en CVL
“ Lors d’une réunion d’animation, il y a de cela quelques années, une discussion nous a opposés : la majorité des animateurs voulaient boycotter un dessin animé de Walt Disney parce qu’il était sponsorisé par une célèbre marque de yaourts qui venait de fermer plusieurs de ses usines. ” Lucille H. Reims (51)

La désertification industrielle conséquence des restructurations provoquent des véritables catastrophes humaines. La révolte est, en la matière, légitime. Mais est-ce la place de l’animateur de se faire ainsi le porte-parole de tels mouvements adultes auprès des enfants ? Si l’on répond positivement à cette question, il faut alors déterminer où se situe la “ bonne cause ” à défendre et celle qui ne le sera pas, où se termine la solidarité et où commence le prosélytisme. Si l’on répond par la négative, il faut alors s’interroger sur ce que peut signifier de proposer une animation hors du temps qui ne tienne aucunement compte des émotions légitimes dont sont porteuses les familles et qui souvent atteignent les enfants. On le voit, il n’y a pas de réponse simple : il faut chercher, me semble-t-il, à rester proche de ce que peuvent vivre les enfants et faire attention à ce que le centre de loisirs et de vacances ne devienne pas un lieu où déborde le conflit des adultes.


Fête de fin de centre
“ Comme c’est de tradition, nous avons organisé une fête de fin de centre à la fin de l’été dernier. Chaque année je rencontre le même malaise : les enfants ne sont pas toujours motivés. On a l’impression que c’est plus pour le plaisir des parents que l’on fait cela plutôt que pour les enfants (...) ” Frédérique S., Cormeille en Parisis (95)

C’est vrai que ces fêtes constituent un peu la vitrine de l’activité. C’est le moment où on montre ce qu’on a appris à faire aux enfants. Si elle est bien réussie, elle donnera une image de marque positive au centre. Cela frise même parfois l’examen de passage. Mais ça laisse un goût de routine et de déjà vu. Comment renouveler cette pratique ? Il y a plusieurs façons de procéder que l’on pourrait regrouper dans deux directions. Soit trouver une solution originale : changer la forme, pour éviter l’éternel “ spectacle ” fait de chants, de sketch où chaque parent attend avec impatience de voir monter sur scène son rejeton, appareil photo en main. Soit donner à cette séance une autre signification (changer le fond). Ne faut-il pas chercher avant tout à réfléchir à une autre place pour les parents, à une réorganisation du sens et de modalités des contacts établis avec eux ? La rencontre traditionnelle de fin d’été aurait sans doute alors une autre signification. Peut-être perdrait-elle son contenu actuel et pèserait-elle d’autant moins sur la dernière semaine du centre qui est souvent monopolisée par les préparatifs ?


Jeu et apprentissage
“ J’ai eu une discussion avec une institutrice de l’école où j’interviens dans l’accueil pré et post-scolaire. Elle n’arrêtait pas de dénigrer le jeu, en l’opposant au travail scolaire qu’elle considère comme le seul vrai mode d’apprentissage ... ” Julie R., Crosne (91)

Elle a bien tort. Le jeu est une activité exigeante qui confronte à des obstacles et incite à les surmonter. C’est d’abord un outil de socialisation qui oblige à respecter des règles, à entrer en relation de coopération, à confronter les points de vue, à prendre son tour, à partager du matériel, à accepter de perdre ... c’est un fantastique moyen pour apprendre à faire de la place à l’autre. Le jeu développe aussi des compétences tant à l’oral (nécessité de verbaliser), qu’à l’écrit (nécessité fréquente d’avoir à déchiffrer consignes, conseils ou indications), tant dans le domaine spatio-temporel (quand il faut mesurer le temps qui reste ou repérer l’endroit où il faut se rendre) que de l’environnement (tenir compte de là où l’on se situe). Il s’appuie et développe bien d’autres capacités : la mémorisation, la créativité, l’imaginaire, la concentration, l’attention, l’écoute, l’habileté motrice, la communication etc... On peut donc affirmer sans hésitations aucunes que le jeu, loin d’être une perte de temps futile et peu sérieuse, constitue l’une des principale source d’apprentissage pour l’enfant.


Télévision en CVL
« Cet été, mon directeur a refusé systématiquement qu’on programme avec les ados une soirée télévision. Pourtant c’était le choix des jeunes. » Karine M. Bobigny (93)

Ah, cette satanée télévision ! Les enfants passent en moyenne vingt heures par semaine devant l’étrange lucarne. Faut-il qu’ils continuent à le faire quand ils sont en colo ? Ou bien les centres de vacances et de loisirs ont-ils comme responsabilité de participer à leur désintoxication ? Passe encore une activité qui ne peut se réaliser parce qu’il se met à pleuvoir à torrent et que l’on remplace au pied levé par une cassette vidéo. Et encore, l’équipe d’animation n’a-t-elle pas d’autres ressources à sa disposition ? Mais, si c’est le choix des ados, nous dit Karine ? On rejoint là l’éternel débat : les enfants savent-ils toujours ce qui est bon pour eux ? Mais faut-il toujours penser à leur place sur ce qu’ils doivent faire ? Après tout, une soirée vidéo n’a jamais fait de mal à personne, surtout si l’on sait choisir de façon judicieuse le film… Tout est question de juste proportion. Ne peut-on pas penser que si ces jeunes réclament une telle soirée, c’est parce l’équipe n’a pas réussi à leur proposer autre chose de plus intéressant ? Ou bien tout simplement, ils ont envie une fois de temps en temps de retrouver un plaisir qu’ils connaissent bien… Comme on le voit les termes du débat ne sont pas tranchés. L’équipe en discute et adopte l’attitude qui lui semble la plus adaptée, entre les deux extrêmes que sont le tout télé et le rien télé.


Animation ou commerce
“ J’ai l’impression qu’on nous en demande de plus en plus. L’esprit de l’animation vient à être remplacé par une logique commerciale. Il faut fournir de la qualité comme on peut l’exiger d’un club privé... ” Fatima, Sèvre (92)

C’est vrai que l’esprit commercial voudrait bien gagner le secteur social. Il pourrait l’envahir, si on n’y opposait pas une farouche mais légitime résistance. Car, soyons lucide. Si l’on veut fournir la même prestation qu’on peut exiger d’une entreprise privée, il faudra alors payer en conséquence les personnes qui rendent ces services. Par combien faudra-t-il, dès lors, augmenter le coût des séjours : par 5 ou par 10 ? Car, qui acceptera encore de travailler (quand on fait le rapport du temps investi et de l’indemnité perçue –surtout en centre de vacances), pour l’équivalent de un à deux €uros de l’heure ? On ne fait pas vraiment le choix de travailler dans l’animation pour gagner beaucoup d’argent, mais pour y vivre une riche expérience auprès des enfants. Cela ne signifie pas un manque de vigilance, de rigueur et de qualité, mais la reconnaissance d’une logique qui se place à mi-chemin entre le bénévolat et le salariat, l’engagement et la juste rémunération d’un savoir-faire, le militantisme et le professionnalisme. L’animation en CVL peut-il passer sous les fourches caudines du marché sans perdre son âme et son existence ?


Ordre et rangement
“ En colo, il est bien difficile de tenir les chambres en ordre. Les enfants ne mettent pas plus d’une heure à mettre le souk, même quand on vient de les ranger ... ” Fabienne H., Lanester, (56)

Un seul enfant a parfois une facilité déconcertante à retourner sa chambre et à la mettre dans un désordre impressionnant. Un vêtement recherché ? Il en sort dix. Un jeu utilisé, il n’est pas remis à sa place... Alors, si vous en placez quatre ou six dans une petite surface, avec, en outre, la plupart du temps, peu d'espace de rangement, le résultat est parfois impressionnant et ... décourageant. Une des solutions consiste à ne pas tout déballer, ni ranger dans l’armoire, mais de garder l’essentiel dans les sacs ou la valise, puis de sortir au fur et à mesure ce qui est nécessaire dans l’instant (au moment de la douche), en veillant à ce que les affaires sales soient placées dans le bac prévu à cet effet. La stratégie à l’œuvre, ici, consiste à ne pas fournir l’occasion du désordre, puisque les affaires pouvant être dispersables sont théoriquement encore dans les valises. Cela demande une grande vigilance et une grande rigueur de la part des animatrices-animateurs. Mais l’investissement consenti, même s’il est important, est incomparablement moindre que celui qu’il faut mettre en œuvre quand le nécessaire rangement des montagne d’affaires éparpillées s’impose.


Petit déjeuner ou pas
« Nous avons eu un débat en équipe sur l’organisation des petits déjeuners à l’accueil périscolaire. Certains affirment que ce serait encourager les parents à ne pas faire leur travail. Qu’en pensez-vous ? » Luciana V. Martigues (13)

Il arrive parfois que des enfants arrivent le matin le ventre vide. Effet de la pauvreté ? Négligence des parents ? En tout cas, face à ce constat, certaines équipes proposent un petit déjeuner. Les enfants y prennent un grand plaisir. En premier, ceux qui peuvent ainsi se nourrir. Mais, les autres peuvent aussi refuser de manger à la maison, pour avoir la joie de partager ce moment avec leurs copains et leurs copines. Peut-on considérer qu’il s’agit d’une déresponsabilisation des parents ? Cette dérive pourrait se concevoir s’ils en étaient totalement exclus. Pourquoi ne pas en profiter pour les associer y compris à ce niveau : ils peuvent apporter un gâteau ou venir donner un coup de main sur ce moment-là. Cela peut être en outre un moment important de convivialité (partage du repas), de mise en train de la journée (permettant à chacun de se rassasier dans de bonnes conditions) et d’autonomisation (le petit déjeuner pouvant être géré par les enfants). Comme en toute chose, l’important est bien le sens qu’on veut donner à un tel acte. Il peut être éducatif ou non, selon la manière dont on s’y prend.


Réunion de parents
“ Mon organisateur traite la réunion avec les parents d’avant le centre avec beaucoup de désinvolture. Je trouve en ce qui me concerne que c’est là quelque chose d’important à ne pas négliger … ” Rudy L., Rennes (35)

Comme vous avez raison. Ce sont les parents qui ont la responsabilité de l’éducation de leurs enfants. En les confiant à un CVL, ils ne font que déléguer leur tâche pour quelques heures ou quelques jours. Il est normal qu’ils rencontrent celles et ceux à qui ils les confient. Il y a dans ces réunions une partie visible : la présentation officielle suivie du jeu des questions réponses. Et puis, il y a toute la dimension relationnelle. Pour accorder leur confiance, les parents ont besoin d’identifier les personnes qui vont prendre en charge leur progéniture, de se représenter à qui ils ont à faire, de “ sentir ” la valeur humaine de l’équipe, d’être rassurés sur leurs compétences. Aucune brochure aussi belle soit-elle, aucun courrier si détaillé puisse-t-il être, ne remplaceront cette rencontre physique. C’est pourquoi, il ne faut pas négliger l’aspect informel qui peut prendre bien des formes : contacts plus individuels en fin de réunion à l’occasion d’un petit buffet par exemple, équipe qui traîne en fin de réunion pour pouvoir être interpellée, dernières questions posées “ juste avant de sortir ” et qui ne sont pas toujours les moins importantes …). N’oublions jamais que ce sont les parents qui nous donnent notre mandat.


Age ou motivation
« Cet été, j’ai eu une discussion avec ma directrice. Elle affirmait qu’il fallait travailler par groupe d’âge, alors que j’avais expérimenté avec succès un regroupement par thème qui pouvait réunir des enfants d’âge très différent ... » Benoît Sixte, R. (42)

Les enfants n’ont pas le même niveau de développement selon qu’ils ont 7 ans, 10 ans ou 14 ... Il est donc tout à fait normal de préparer des activités correspondant plus à leurs capacités. Les mélanger sans précautions aucunes risque de les déstabiliser. Si l’on place la barre trop haute, les uns se voyant fixer des exigences dépassant leurs possibilités pourraient alors être mis en échec. Si on la place trop basse, les autres auront l’impression qu’on les fait régresser en les faisant jouer à des jeux de petits. Pour autant, il est tout à fait possible de mélanger les âges. Cela se fait lors de grands jeux, par exemple, où l’on peut prévoir des épreuves plus destinées aux petits de l’équipe et d’autres qui correspondent mieux aux plus grands. On insiste alors sur la nécessité que les plus rapides aident et attendent les plus lents. Si les modalités sont réfléchies et adaptées, alors on peut mélanger les âges.


Tolérance et différence
“ Au centre où je travaille, il m’est arrivé l’autre jour d’être confrontée à des réactions de rejets qui visaient un petit qui ne se comportait pas comme les autres. Comment faire accepter la différence aux enfants ? ” Anne-Marie L., Caen (14)

L’une des principales ambitions de l’éducation consiste à faire accepter l’autre, en renonçant à une partie de ses propres intérêts pour admettre ceux de celui qu’on a en face de soi. Quand l’autre est pareil que soi (même physique, mêmes coutumes, même langage etc ...), l’accepter n’est déjà pas facile. Mais quand, en plus, il est différent, c’est encore plus compliqué. Mais la démarche n’est pas fondamentalement distincte. Elle est de longue haleine et pour tout dire n’a jamais de fin, puisqu’elle continue toute la vie. Des actions spécifiques peuvent être menées pour découvrir ce qui au travers de la diversité relève de la richesse et ce qu’on partage en commun. Mais, l’attitude de l’adulte joue un rôle essentiel, constituant une véritable figure d’identification dont l’enfant s’emparera ou non, l’essentiel étant d’être ferme sur les principes affichés et surtout appliqués : la tolérance dont on fait soi-même preuve, l’acceptation de ce qui n'est pas comme soi peut alors servir de modèle possible de conduite.


Dictature des marques
“ Comme dans beaucoup de lieux fréquentés par les enfants ou les jeunes, nous sommes confrontés à la dictature des marques, sans savoir forcément comment nous y opposer ” Rachid F. Roanne (42)

Comme souvent dans les comportements de notre espèce, il convient de décoder de telles conduites à partir non des effets, mais des besoins auxquelles elles répondent. L’être humain étant un animal social, les jeunes générations comme les plus anciennes, recherchent des signes d’identification entre pairs, des symboles d’appartenance collective, des références permettant de se rattacher à une classe d’âge. Les produits de marque constituent l’un des moyens pour y arriver. La démonstration qui peut être faite de l’exploitation commerciale d’une telle recherche est utile, mais peut-être pas suffisante pour répondre à cette quête visant à se sentir comme partie prenante d’un groupe. Peut-être, faut-il aussi penser à d’autres modalités qui permettraient de marquer cette affiliation à une communauté. L’animation est particulièrement bien placée, avec sa créativité et ses supports d’activité pour contrebalancer cette dictature des marques. Si le combat est oh combien inégal, il mérite néanmoins d’être mené.


Place des parents
« J’ai voulu faire une plus grande place aux parents dans le centre aéré que je dirige, mais je me suis heurtée à la réticence de mon équipe d’animation. Ils ne s’opposent pas ouvertement, mais traînent plutôt les pieds ... » Julien P., Meaux (77)

Toute innovation provoque des résistances au changement. Parce qu’il faut se mettre à penser et à pratiquer différemment, parce qu’on se méfie des effets pervers des nouvelles idées et des nouveaux comportements, parce que c’est difficile parfois, de sortir d’une certaine routine sécurisante. C’est pourquoi, toute réorientation doit faire l’objet d’un large consensus, si l’on veut que cette modification se concrétise dans le quotidien. Mieux vaut parfois mettre plus de temps, et appliquer les modifications qu’on avait envisagées plus lentement, que de provoquer un blocage actif ou passif. Discuter, échanger, organiser toute une démarche de réflexion, faire intervenir des témoins extérieur qui peuvent venir alimenter le débat interne sont autant de moyens pour créer une véritable dynamique. Croire que l’on va réussir à la seule force de sa certitude à faire bouger les choses est un leurre. Il faut créer les conditions d’une authentique démarche collective, d’une prise de conscience progressive et d’une appropriation des modalités de changement.


A la dimension des enfants
“ Ce qui m’a le plus surpris lors de mon stage pratique c’est que le centre était dimensionné à la hauteur des enfants : chaises, tables, meubles et même wc ... ” Farida V. à Saint George de Didonne (17)

Il y a de cela quelques années, un salon avait été organisé à Paris, avec des maquettes de meubles et d’appareils ménagers surdimentionnés. On se baladait dans des allées bordées de mobiliers d’une hauteur de 6 à 8 mètres, ce qui permettait de se rendre compte de l’effet que peut prendre notre monde pour des petits bouts de choux. C’est pourquoi, de plus en plus de centres s’adressant aux petits, s’équipent d’infrastructures adaptées. Travailler avec cette classe d’âge nécessite de tenir compte en permanence du fait que nous leur apparaissons comme des géants. D’où l’importance de souvent se placer à leur hauteur, en s’asseyant au niveau du sol avec eux par exemple ou encore en restant assis quand eux sont debout. Cela les fait souvent beaucoup rire de voir ainsi des adultes qu’ils n’ont pour une fois pas besoin de regarder en levant les yeux. Et puis, cela permet de considérer leur petit monde bien différemment. Il ne s’agit pas de nous rabaisser, mais de nous élever au niveau de leur tendresse, de leur innocence et de leur enthousiasme, états d’âme que nous avons perdus depuis bien longtemps.


Sieste
“ Dans notre centre maternel, la période de la sieste est imposé à tous les enfants. Pourtant, certains d’entre eux sont éveillés très vite. Notre directrice nous a dit qu’il fallait les habituer à respecter les règles, même si cela ne leur plaît pas. ” Lucille D. à Poix (51)

La contradiction entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif a toujours existé et existera toujours. Votre exemple en est une illustration parfaite. Chaque enfant possède un rythme qui lui est propre. Le respect du à sa personnalité pousse de plus en plus à adapter les dispositifs pour les faire correspondre à ses besoins propres. Pour autant, d’aucuns s’élèvent contre une dérive qui, au nom de la défense de l’individu, en vient à négliger la place du groupe et du collectif. Et c’est vrai, qu’il est important de montrer qu’on ne fait pas toujours ce qu’on a envie. Cette articulation entre la dimension de l’individu et celle de la communauté relève du projet éducatif de l’organisateur mis en musique par le directeur dans son projet pédagogique. En la matière, seule la toute-puissance de l’égo ou son inexistence face au collectif posent problème. Il revient à chacun de s’engager en connaissance de cause à partir du projet proposé par le centre auprès duquel on pose sa candidature.


Autogestion de la régie
“ Pendant les vacances de février, nous avons confié aux enfants la responsabilité de gérer les entrées et sorties de la régie. Ils se sont pris très au sérieux, allant même jusqu’à demander un objet personnel comme caution pour tout emprunt. S’il manquait une carte dans le jeu, ils refusaient de rendre la caution ” Karim V. , Ducos (97)

La responsabilisation est une démarche importante pour les enfants et les adolescents. Sa limite réside dans le fait d’abandonner sa propre responsabilité d’adulte. On ne doit pas se défosser sur les enfants, au prétexte de les autonomiser. Ce qu’ils mettent en place doit avoir du sens et avoir l’aval des adultes. Dans l’exemple donné ici, on ne sait pas s’il y a eu contrôle ou non des règles établies. Les enfants et adolescents ne sont pas forcément mûrs pour gérer leur propre organisation selon les principes qu’un certain nombre d’adultes défendent : démocratie, égalité, respect des plus faibles, protection contre les plus forts etc ... Ce sont ces valeurs que nous devons expérimenter avec les enfants, en sachant au besoin nous opposer à eux s’ils se fourvoient dans des pratiques humiliantes ou discriminatoires.


Argent de poche
“ L’été dernier, dans la colonie où j’étais animatrice, nous avons eu des enfants qui avaient jusqu’à 500 € d’argent de poche (pour trois semaines) et d’autres 50 €. Comment gérer ces inégalités ? ” Stanislas O., Gonesse (95)

C’est l’éternel question des inégalités sociales que l’on retrouve dans les séjours de vacances comme dans le reste de la société. C’est là un vrai problème : un enfant qui peut toujours s’acheter ce qui lui plaît et son copain d’à côté qui ne peut jamais constitue une source de tension, d’envie et de jalousie qui peut miner une ambiance. La somme que les parents peuvent donner à leur enfant peut être indiquée avant le séjour dans une fourchette minimum/maximum. Si le montant dépasse de beaucoup, il peut, après s’en être expliqué avec l’enfant, être mis de côté et remis à la famille au retour. L’équipe peut aussi faire le choix du principe de réalité. Les inégalités existent de toute façon, et continueront après le séjour. La mise au pot commun avec péréquation ne se pratique guère et doit impérativement avoir l’accord préalable des familles. Apporter un petit complément aux moins fortunés, sur le budget pédagogique est à manipuler avec précaution. Le risque est de voir les familles compter sur cette attribution. Autant, alors intégrer pour tout le monde, une somme au prix du séjour qui serait gérée d’office par l’équipe. Mais les coûts des centres de vacances sont déjà si onéreux. C’est en tout cas un thème à débattre au sein de l’équipe d’animation bien avant l’ouverture.


La nuit blanche
“ Dans mon centre cet été, nous avons organisé des mini-campings avec un groupe de 8-9 ans. Ils semblaient fascinés par ce qu’ils appelaient la ’’nuit blanche’’. Cela semble faire partie des traditions : ne pas dormir la nuit. Nous avons eu beaucoup de mal à les endormir ” Nadia K.,Marseille (13)

Ah, la nuit ! Qui n’a pas vécu cette fébrilité d’un groupe d’enfants s’apprêtant à passer ce moment inquiétant avec la ferme résolution de ne pas fermer l’œil jusqu’au petit matin ? Ca discute, ça chahute, ça se raconte des histoires à faire peur... et puis ça finit par s’endormir. Le lendemain, ils chercheront à savoir qui a lâché le premier en tombant dans les bras de Morphée, les plus culottés prétendant qu’eux ont réussi à tenir jusqu’au bout ! C’est que ces moments passés en dehors de la maison familiale sont parfois vécus avec un peu d’angoisse. Et puis, on veut démontrer qu’on grandit et qu’on est capable d’affronter ce qui jusque là pouvait terroriser. Ce sommeil qui est le royaume des cauchemars, des monstres réfugiés sous le lit ou encore de la peur du noir, il faut bien essayer de le dompter. Alors pourquoi pas en y résistant ? Là on peut le faire en groupe : il faut bien essayer de se rassurer entre pairs. Les adultes peuvent jouer la carte autoritaire en tentant d’imposer le silence et l’assoupissement. C’est parfois nécessaire. Ils peuvent aussi accompagner l’enfant dans sa confrontation à ses propres peurs face à la nuit : jeux nocturnes, mise en scène de leurs mauvais rêves, temps calmes avant l’endormissement... de quoi faire de la nuit un moment fort.


Manger avec ses mains
« Je travaille sur le temps du midi deux, dans une cantine scolaire. Je suis en désaccord avec les femmes de service qui refusent que les enfants d’origine africaine mangent avec leurs mains, comme ils le font chez eux. Je pense qu’il faut défendre leur identité culturelle ”

Le débat entre ceux qui préconisent l’assimilation (abandonner ses propres coutumes et mœurs pour adopter ceux du pays d’accueil) et ceux qui lui préfèrent une intégration respectueuse des différences de chacun (qui viendraient s’ajouter aux pratiques déjà existantes et les enrichir), est loin d’être clos. C’est vrai qu’en France, sans que cela soit, pour autant, ni meilleur, ni pire, on utilise fourchette et cuillère pour s’alimenter. Ailleurs, chacun se sert avec la main dans un plat central commun à tous le convives. Faut-il privilégier la normalisation de ces enfants ou préserver leur identité culturelle ? Il est important de les habituer à respecter les usages de l’endroit où ils se trouvent pour éviter qu’ils ne se placent trop en porte à faux et permettre justement qu’ils soient acceptés le mieux possible. Par contre, il est tout aussi intéressant de valoriser l’origine des petits étrangers en organisant par exemple des repas axés sur telle ou telle région : repas africain, repas asiatique, repas maghrébin, en faisant adopter, ce jour-là, à tous les enfants, les manières de manger locales (baguettes, plat commun etc ...). Là encore, la réponse n’est peut-être pas univoque.

 

DU CÔTÉ DE LA RELIGION


Animation et culte (1)
“ Dans votre rubrique, vous avez évoqué la possibilité, au cours d’une colonie, d’accompagner un enfant à l’église... Pourquoi, ce qui est valable pour un chrétien ne le serait pas pour un musulman ? Notre directeur a refusé lors de notre dernier séjour la possibilité pour un enfant de faire ses prières ... ” Farid P., Montargis (45)

Ce qui est valable pour les pratiquants d’une religion doit l’être pour les pratiquants d’une autre. La seule limite consiste, peut-être, dans la compatibilité avec les activités programmées. Il est difficile d’imaginer arrêter un jeu ou ponctuer une animation par des séances vouées aux manifestations -par ailleurs tout à fait légitime- de spiritualité des uns et des autres. A moins que le projet pédagogique du centre intègre cette dimension comme un axe du séjour... Si la religion musulmane prévoit six prières par jour, à des horaires précis, il ne sera possible d’autoriser que celles qui pourront se tenir pendant les périodes de temps libres par exemple. On est là pour l’essentiel dans l’articulation entre la place du groupe (qui ne doit pas être subordonné à un particularisme) et celle de l’individu (qui ne doit pas être nié dans son originalité). Juste équilibre à trouver au travers d’un échange, d’une négociation et d’une recherche de compromis avec l’enfant et sa famille.


Animation et culte (2)
“ A l’occasion des vacances de noël, mon directeur m’a demandé d’accompagner 3 jeunes qui voulaient aller à la messe ... Je n’étais pas d’accord, l’association qui organisait le séjour étant laïque ” Patricia T. à Metz (57)

La laïcité, ce n’est pas une valeur antireligieuse, mais un principe de respect des (non) croyances de chacun. Il n’y a, au demeurant, rien de choquant d’accompagner des enfants qui le désirent, à suivre un culte, comme d’accepter qu’ils ne s’y rendent pas. Ce qui serait, par contre, inacceptable, ce serait de refuser de les y emmener ou au contraire de les contraindre à s’y rendre, au nom de ses propres convictions. La question relève d’abord de l’organisateur : son choix peut dépendre de ses orientations éducatives (qui favorisent ou non la spiritualité), mais aussi tout simplement des complications matérielles que cela peut représenter (trouver une église, un temple, une mosquée ou une synagogue proches). La possibilité ou non de ce service au cours du séjour doit ensuite être présentée très clairement aux parents. La famille décide ensuite d’inscrire son enfant en connaissance de cause. Mais, une fois sur place, l’animatrice n’a pas à s’y opposer, sans qu’on aie à l’obliger à pénétrer elle-même dans le lieu de culte.


Animatrice face à des jeunes musulmans
“ Je rencontre de grosses difficultés à me faire respecter auprès des garçons de culture musulmane : au prétexte que je suis une femme, ils rejettent mon autorité et refusent de m’obéir. ” Fatima, Sèvre (92)

La place de la femme dans certaines cultures n’a pas encore connu l’évolution que notre propre société a assez récemment vécue. Cela donne parfois des comportements inadmissibles du simple point de vue des principes d’égalité. Il faut à la fois tenir compte des habitudes culturelles différentes, mais aussi faire respecter la loi républicaine qui donne les mêmes droits et obligations aux deux sexes. Peut-être, faut-il éviter de laisser une animatrice se débrouiller en tête à tête avec un groupe de garçons. Il est du rôle alors de la directrice (ou du directeur) de rappeler aux enfants les règles et de désigner devant eux l’animatrice comme détentrice d’une délégation d’autorité. En lui demandant, toujours devant eux, de prendre les décisions qui s’imposent et en rajoutant que celui qui la contestera aura des comptes à rendre, c’est l’un des moyens de valider sa place. On peut même annoncer que l’on fera le point régulièrement sur la façon dont la consigne donnée est respectée. Il est essentiel en la matière d’adopter une grande fermeté. Reste ensuite à l’animatrice à trouver ses propres moyens pour s’imposer.


Le voile islamique
“ Va-t-il nous falloir, nous aussi, refuser les jeunes-filles voilées ? ” Mathias R., Lyon (69)

L’histoire a montré qu’un même objet pouvait véhiculer dans certains cas des actions profondément humanistes et, dans d’autres, être le support des pires barbaries. Les religions quelles qu’elles soient, mais aussi l’athéisme ont pu être facteur de progrès ou de régression, selon les époques ou les circonstances. Le voile islamique n’échappe pas à cette règle. Il peut être le symbole de la soumission de la femme comme être le simple signe de sa croyance. La loi qui prévoit de l’interdire, limite son rayon d’action à l’école. Les CVL ne sont pas directement concernés. S’il est difficile d’imaginer exclure une adolescente, du simple fait du port d’un voile, on ne peut accepter de modifier les activités, pour se plier à l’exigence de telle ou telle communauté. Si les repas sans porc ou sans viande le vendredi sont entrés à juste titre dans les habitudes, il est hors de question de renoncer à la mixité, de prévoir des séances de piscine réservées aux filles, de retirer les brochures d’information sexuelle fréquemment présentes dans les clubs de jeunes etc … comme de tolérer toute forme de prosélytisme. Les CVL doivent être une école de la tolérance et du vivre ensemble. Mais ils doivent aussi combattre toutes les formes de discrimination. Vaste programme qui s’applique au quotidien et au cas par cas et que ne pourra jamais détailler aucun texte législatif.