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Les gens du voyage Version imprimable Suggérer par mail

 

Quelle place pour les gens du voyage ?

 

 

S’il est une population victime de la défiance, pour ne pas dire de l’ostracisme du reste de la société, ce sont bien les “ gens du voyage ”. Régulièrement, ils défraient l’actualité par leurs occupations irrégulières de terrains. Ils arrivent avec leurs caravanes, parfois par dizaines ou centaines. Le citoyen moyen peut à juste titre s’émouvoir d’actions hors-la-loi de communautés qui, déjà mal perçues, ne font ainsi qu’accroître la méfiance voire la colère à leur égard. Pourtant, si l’on fait l’effort d’y regarder de plus près, c’est un tout autre tableau qui se dresse devant nous.

 

 

Une législation d’exception

 

Pour l’essentiel de nationalité française, les gens du voyage n’en subissent pas moins un statut particulier, tout à fait stigmatisant.

Une première loi datant de 1912, à finalité exclusivement policière, restreignait leurs déplacements et organisait leur surveillance en les obligeant à faire viser leur carnet anthropométrique par le maire ou la gendarmerie du lieu d’arrivée. En 1969 intervient une nouvelle réglementation annulant la précédente et prévoyant le rattachement à une commune. Cela ne vaut ni domicile, ni résidence mais permet l’accès à certains droits (mariages, sécurité sociale, ASSEDIC, inscription sur les listes électorales ). Mais ce texte oblige encore les gens du voyage à détenir un titre de circulation délivré par le préfet qui sera différent selon que la personne exerce une activité (“ livret spécial ”), n’a pas d’activité mais justifie de ressources suffisantes et régulières (“ livret de circulation ”) ou bien ne bénéficie ni d’activité, ni de ressources (“ carnet de circulation ”). Bernard Provot, directeur de l’Union nationale des institutions sociales d’action pour les Tziganes (UNISAT) (1) ne peut que constater que les gens du voyage “ sont assujettis à une législation dérogatoire du droit commun qui induit d’emblée l’exclusion (…) la législation les concernant a aggravé le rejet qui les met sur les routes, et renforcé le regard négatif qu’on leur porte. ” (2)

Avec la loi du 31 mai 1990 consacrée au droit au logement, dite loi Besson, un progrès essentiel intervient, puisqu’elle oblige dans son article 28 chaque département  à constituer un schéma offrant des modalités d’accueil aux gens du voyage, et chaque commune de plus de 5.000 habitants à aménager sur son territoire des terrains de séjour.

On se souvient de l’indignation du Capitaine Haddock dans “ Les bijoux de la Castafiore ” découvrant un camp de Tziganes au milieu des immondices et les invitant à venir s’installer sur une pâture dans sa propriété. Est-ce la fin de cette pratique dégradante ? En tout cas, la loi Besson impose l’aménagement d’aires qui soient proches des lieux de scolarisation pour les enfants et des centres de vie et pour favoriser tant les activités économiques des gens du voyage que leur vie culturelle ou leur suivi socio-éducatif. Ce n’est qu’à ces conditions que les autorités municipales sont fondées à interdire le stationnement sur le reste de leur commune, tout déménagement forcé hors voie judiciaire étant illégal et constituant une voie de fait.

 

 

De la coupe aux lèvres

 

Pour l’essentiel, la loi Besson  est restée lettre morte.

Sur les 60.000 places nécessaires, seulement 10.000 sont aménagées à ce jour. Un département sur deux seulement s’est doté d’un schéma et un millier de communes ont prévu des aires d’accueil. Dès lors, les gens du voyage n’ont-ils pas une certaine légitimité à considérer qu’ils ont le droit de stationnement n’importe où dans les communes où justement aucune aire ne leur a été réservée ? Comment, s’indigner de leurs comportements hors-la-loi quand les autorités étatiques et municipales font elles-mêmes si peu de cas des obligations légales qui s’imposent à elles ?

Pourtant, quand les communes veulent bien faire les efforts d’intégration nécessaires, le résultat est probant. Les conditions favorables au succès des opérations d’aménagement d’aire d’accueil sont connues.

En tout premier lieu, il y a la nécessaire volonté politique d’aller jusqu’au bout du projet avec ce que cela implique de la part des élus en matière de sensibilisation et d’information des populations locales. Il est judicieux ensuite de procéder à un bilan diagnostic dressant l’état des lieux des besoins et des solutions envisagées. Les travaux qui s’ensuivent doivent être réalisés en concertation avec les familles concernées, afin de répondre au mieux à leur demande. Enfin, il convient de confier la gestion des aménagements ainsi créés, non pas à des bénévoles mais à des professionnels qui sauront l’entretenir et la faire vivre dans les meilleures conditions. Le savoir-faire existe donc et a porté ses fruits là où il a été appliqué, à l’image de Verrière-le-Buisson dans l’Essonne (2). Cette commune de 15.000 habitants mène en effet, avec succès, depuis 1996, une expérience originale. Elle propose ainsi cinq parcelles de terrain clôturé d’une surface d’environ 1300 m². Chacune d’entre elle, destinée à accueillir cinq caravanes pour un loyer de 900 F est équipé de l’eau et de l’électricité et dotée d’une maison commune composée d’une pièce de séjour, d’un coin cuisine et de sanitaires. C’est là le résultat d’un travail de mobilisation des élus et de motivation en direction de la population : “ il fallait susciter un changement de mentalité chez les uns et les autres, considérer les gens du voyage, rattachés à notre commune, comme des Verriérois à part entière et faire admettre aux Tziganes que, s’ils avaient des droits, ils avaient aussi des devoirs. ” explique Guy Andraud responsable municipal. Offrir un terrain de petite taille intégré au voisinage et entretenu voilà une solution intelligente, efficace et adaptée. Malheureusement, on est encore loin de la généralisation de tels dispositifs.

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°489 ■ 03/06/1999

 

(1) UNISAT : 2 rue Hautpoul 75019 Paris Tél. : 01 42 06 11 41

(2) Le Monde 20 mars 1997

 

 
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