« Femmes en galère.
Enquête sur celles qui vivent avec moins de 600 € par mois »
Véronique MANGIN, édition de La Martinière, 2005, 280 p.
« Les femmes sont davantage protégées de la misère »
pense-t-on habituellement. Véronique Mangin démontre le contraire dans un livre
très bien documenté qui alterne les témoignages et des chiffres spectaculaires.
Il est pourtant vrai qu’il existe bien une discrimination positive pour
certaines femmes, celles qui sont mères d’enfants de moins trois ans, et qui,
pour cette raison, sont relativement préservées tant par les Caf que par l’aide
sociale à l’enfance. Mais au-delà de cette limite d’âge de leur
progéniture, elles retombent dans le lot commun. En 2001, 22.000 femmes
erraient dans les rues, représentant 36% des SDF. Longtemps considérées comme
les grandes prêtresses de la sphère domestique et ordonnatrices du domicile
conjugal, « les femmes sont vécues et se vivent souvent comme l’ultime
rempart contre l’adversité. Leur présence dans la rue suggère que ce rempart
est fissuré » (p.268) Comment en est-on arrivé là ? Il y a
d’abord, bien sûr, la paupérisation en tant que phénomène général : les
français vivant de minima sociaux sont passés de 6% de la population en 1980 à
10% aujourd’hui. La catégorie des bas salaires est passée de 11,4% en 1983
à 16,2% en 2002. Entre 1988 et 2002, les revenus des ménages ont augmenté
de 30%, alors que dans le même temps les loyers ont flambé de 80%. Plus d’un
million de personnes vivent dans 400 à 600.000 logements insalubres. Mais dans
cette dégradation globale, l’armée des pauvres se conjugue de plus en plus au
féminin. On évalue de six à huit millions, le nombre de femmes qui cumulent des
formes de précarités qui peuvent être professionnelles, juridiques, sociales,
économiques ou psychiques. Plusieurs raisons à cela : elles représentent 60%
des cinq millions de salariés engagés dans un emploi non qualifié et 80% de
ceux qui sont payés au SMIC. En quelques années, le temps partiel a explosé,
passant d’un million et demi d’actifs en 1980 à quatre millions en 2003. Cette
modalité de travail est à 82,5 % féminine. Quand ce régime est choisi, il
constitue un progrès. Mais il est très souvent imposé, devenant dès lors
facteur important de pauvreté. Dans le privé, à qualification égale, les femmes
bénéficient d’une rémunération inférieure de 23% à celui des hommes contre
16,5% dans le secteur public. Quant aux familles monoparentales, dont l’immense
majorité est composée de femmes avec leurs enfants, elles vivent pour 24%
d’entre elles avec moins de 600 € par mois. Il en va même jusqu’aux retraitées
qui ne sont que 34% à percevoir un pension complète. Elles sont nombreuses ces
femmes qui « auparavant, s’en sortaient ‘’juste, juste’’ et qui,
soudain, se retrouvent sans le sou, surprises autant qu’abattues »
(p.63). Mais, leur tactique consistant à se fondre dans la masse aboutit à les
rendre sinon invisibles, du moins discrètes et peu voyantes.
Jacques Trémintin -
LIEN
SOCIAL ■ n°772 ■ 03/11/2005