« Les territoires de l’insertion - Insertion des jeunes en milieu
rural et en milieu urbain »
Chantal Guérin & Jaïmé Alberto Perez, L’Harmattan, 1996, 172 p.
Les problèmes liés aux quartiers- ghettos des grandes agglomérations
font souvent la « une » des journaux. Mais, on s’est très vite aperçu
que les régions rurales n’étaient pas exemptes des difficultés liées au chômage
et à l’exclusion. Le mal de vivre et l’absence de projet chez les jeunes
semblent se décliner d’une façon sinon identique du moins parallèle quel que
soit l’endroit du territoire concerné. C’est à partir de ce constat qu’un
certain nombre d’acteurs de terrain (notamment au travers des missions locales
rurales) et d’institutions (tels la Délégation Interministérielle à la Ville, la
Délégation à la Formation Professionnelle ou encore la Caisse des Dépôts et
Consignation) ont décidé d’impulser une expérience tout à fait originale: des
jumelages entre la ville et la campagne. Cette action a abouti en novembre 1994
à un séminaire. L’ouvrage présenté ici est directement issu de cette démarche.
Au départ, il y a les préjugés qui dominent à la campagne à l’égard du milieu
urbain: délinquance, toxicomanie et violence. Les jeunes des villes n’ont rien
à envier à leurs pairs du secteur rural: pour eux, les paysans sont arriérés,
ne savent à peine lire et écrire et n’ont jamais quitté leur trou. Ces
aprioris, un certain nombre d’échanges ont permis de les faire tomber. De
véritables voyages d’étude ont ainsi pu être menés: les rats des villes venant
rendre visite aux rats des champs et inversement. Des constats ont pu être
faits rétablissant la réalité des différences et des rapprochements et chassant
les fantasmes. A la spécificité rurale s’attache une certaine qualité de la
vie: importance des sports liés à la nature ou à la vie sociale. En ville, le
sentiment de vulnérabilité semble plutôt favoriser les sports individuels et de
combat. L’élu rural est vraiment représentatif d’une population dont il est
issu, là où l’élu urbain met peu fréquemment les pieds dans les quartiers les
plus durs. Quant aux professionnels de l’insertion ils sont plus souvent isolés
à la campagne alors qu’en ville ils sont en contact constant et informel. Dans
les relations entre les professionnels et les jeunes, le clivage pertinent ne
se situe pas entre urbain et rural, mais entre d’un côté les grandes villes et
les zones rurales dispersées et de l’autre les petites villes de province et
les cités. Dans cet étonnant rapprochement, le premier modèle semble marqué par
la dispersion, la distance et la bureaucratie, alors que dans le second ce qui
domine c’est bien la confiance, la proximité et la convivialité. Venant
synthétiser ces constats, un certain nombre de chercheurs apportent ensuite
leur propre éclairage à la question.
Jacques
Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°401 ■ 05/06/1997