« La société en sablier - Le partage du travail contre la déchirure
sociale »
Alain Lipietz, Editions La Découverte, 1996, 332 p.
Alain Lipietz, économiste patenté des « Verts », fut proposé
par son mouvement à Lionel Jospin, comme ministrable. Le Premier ministre lui
préféra la plus médiatique Dominique Voynet. Dix mois avant le changement
de gouvernement, l’auteur publiait un véritable livre -programme présentant un
projet cohérent et chiffré de réformes socio-économiques seules susceptibles
selon lui d’en finir avec la déchirure sociale.
L’ouvrage aborde de nombreux thèmes, depuis la montée en puissance de
l’idée du partage du travail jusqu’à un appel à une construction faite de
plus d’association et de solidarité sociale, en passant par le sort réservé par
le salariat aux femmes. On notera au passage un chapitre assez peu
compréhensible au non-spécialiste et qui ne doit pas décourager le lecteur de
continuer plus loin: « la france en sablier: une radiographie »,
ainsi qu’une démonstration assez spécieuse justifiant les impôts directs (que
d’aucun dénoncent comme particulièrement injustes en comparaison aux impôts
directs). Reste néanmoins la thèse centrale de l’auteur, à la fois intéressante
et pertinente. Pendant des années notre organisation socio-économique a
fonctionné selon un modèle fordiste : gains de productivité rapides et durables
redistribués à l’ensemble des classes sociales selon des modalités centralisées
et rigides (convention collective, législation sociale, Etat-providence). Cette
répartition des revenus, si on la reporte sur un schéma, prend la forme d’une
montgolfière ventrue qui s’élève régulièrement. Face à la crise, certains pays
comme l’allemagne ou le Japon ont opté pour un nouveau compromis social basé
sur la mobilisation des ressources humaines qui a permis d’enrayer la baisse
d’efficacité du capital (ce qui explique qu’outre Rhin, le pays s’en sorte
mieux avec des salaires plus élevés). Notre pays, lui, a opté pour le modèle
libéral (même si cela n’a pas été avec toute la force de l’Angleterre et des
USA) flexibilisation et précarisation. Avec pour résultat effondrement des bas
salaires et l’envolée des hauts revenus et des profits financiers : c’est la
société en sablier. Ce qui menace alors, c’est bien la structuration 30-30-40:
30 % d’exclus, 40 % de précaires et 40% de stables. Ce, justement contre quoi
s’élève l’auteur qui apporte des propositions concrètes pour s’y opposer (cf
article dans ce numéro).
Jacques Trémintin– LIEN SOCIAL
■ n°413 ■ 09/10/1997