« Développer des
relations de coopération en milieu professionnel pour sortir des rapports de
force »
Michel BERNARD, Chronique Sociale, 2005, 112 p.
Comment gérer des relations de travail, en sortant du seul rapport de
force et d’autorité : telle est l’ambition de l’ouvrage. Un petit cadeau à
ne pas hésiter à faire à certains cadres, y compris au sein du secteur social,
qui conjuguent parfois incompétence et autoritarisme. Mais, au-delà de ce
lectorat spécifique, ce livre peut être lu pour les principes fort intéressants
exposés en matière d’intelligence émotionnelle. L’écoute de soi et des autres,
le choix d’une stratégie d’action qui tienne compte des besoins de chacun, le
renoncement aux jugements qui réduisent l’autre à des étiquettes et qui
emprisonnent notre perception sont les démarches privilégiées par l’auteur.
Dans une confrontation, explique-t-il, on cherche surtout à préserver son image
de soi, son estime de soi. A cet effet, on peut déployer bien des
attitudes : se culpabiliser, s’en prendre aux autres, demander des
éclaircissements ou exprimer ses ressentis. Mais, pour passer de l’ombre à la
lumière, il faut rompre avec un certain nombre de jeux qui enferment et
phagocytent le dialogue. Il est ainsi très fréquent que s’établisse une
relation qui tourne en rond autour de l’accusation de l’un et de la
justification de l’autre, qui polarise le débat autour de l’accord et du
désaccord et qui répartisse les interlocuteurs entre les rôles de victime et de
bourreau. Comment éviter ces pièges stériles et sortir des conditionnements qui
induisent nos regards ? En respectant une procédure en trois étapes. Tout
d’abord, établir le plus objectivement possible les faits constitutifs du
différent. Approfondir ensuite, les termes du conflit en allant chercher les
besoins insatisfaits ou en souffrance à l’origine des difficultés chez soi et
chez l’autre. Chaque posture relationnelle dénote en effet plusieurs besoins
précis. On peut relier la confrontation frontale au besoin de défense de son
territoire, la soumission aux besoins de paix et de protection, le retrait et
la fuite aux besoins d’intégrité ou de sécurité, la coopération aux besoins
d’équité et de partage. Enfin, après que dans le conflit, l’on soit passé de
l’émotion, de l’étiquetage et du jugement négatif à la prise de conscience de
la nécessité de prendre en compte les besoins de chacun, il est temps de
formuler le problème. Tout ceci nécessite bien entendu de privilégier l’échange
empathique et une relation basée sur le respect et la considération réciproque.
Quelle que soit l’issue du conflit, il est en outre essentiel de préserver une
sortie honorable pour chaque protagoniste. Il sera tout aussi important de
tirer les enseignements de ce qui s’est passé et de les intégrer à son expérience
de vie. Cette façon de procéder peut permettre d’éviter le registre de la
plainte ou celui de la violence qui ne font qu’exprimer des besoins non
reconnus ou insatisfaits.
Jacques Trémintin –
LIEN
SOCIAL ■ n°786 ■ 23/02/2006