Nombre d'institutions se targuent de
répondre au plus près des besoins moteurs, intellectuels, sociaux, psychologiques,
physiques et j'en passe, des jeunes qui leur sont confiés. Rien n'est trop beau
pour favoriser l'épanouissement de l'enfant. On ne peut qu'applaudir à ces
efforts et en être fiers. Mais qu'en est-il de la sexualité des mineurs ? Là,
c'est souvent le silence... gêné ! D'aucuns renvoient à la responsabilité des
parents. D'autres encore se font un devoir d'informer sur la contraception : le
SIDA a rendu criminel tout silence en la matière. Pour R. Tremblay, il s'agit
là d'une véritable "anomie" : même si la sexualité s'est depuis des
années normalisée, les moyens de son expression restent du domaine, au pire, de
l'hostilité et de la restriction, au mieux, de l'ambigüité. En fait, la
constante c'est bien le précepte : "le meilleur moyen de s'épanouir
sexuellement est sans nul doute l'abstinence" ! Or, l'auteur
explique clairement que l'institution a le devoir de s'occuper de la vie
sexuelle et affective de ses pensionnaires, comme elle s'occupe de leur santé
ou de leur apprentissage. A l'origine de ce vide, il y a la non-reconnaissance
du plaisir sexuel comme une valeur, au même titre que les autres plaisirs de la
vie (comme celui de manger ou d'écouter de la musique).
Parlons concrètement : la première
approche de la sexualité par l’adolescent est sans nul doute la masturbation
qui constitue un acte de découverte de soi et de transition à larelation
à l'autre. Pour R. Tremblay, « l'acceptation de la masturbation n'est en
fait le plus souvent qu'une tolérance d'un comportement inavouable et inévitable.
Le passage à l'encouragement de la masturbation signifie reconnaissance du
plaisir sexuel comme valeur humaine. » Comment devrait-on alors procéder
dans les institutions ? L'auteur reprend à son compte 7 recommandations : outre
l'intégration de la masturbation comme comportement normal, il rappelle le
caractère privé et intime de la sexualité, l'information claire sur les risques
de grossesses, l'interdiction légale des rapports coïtaux pour les mineurs au
sein de l'institution, l'interdiction d'abus de la part des adultes,
l'implication de la mixité et la tolérance aux comportements sexuels adultes
privés (tel l'homosexualité).
Seule laclaire acceptation
par tout le personnel d'une telle charte permettrait d’aborder la sexualité des
mineurs avec sérénité. Ce qu'on peut remarquer, c'est que malgré l'évolution
des mœurs dont on nous rebat les oreilles, il y a un véritable
dysfonctionnement en matière d'éducation sexuelle et contraceptive. Une enquête
auprès d'ados sur le dialogue établi dans ce domaine avec leur père, indique
16,1 % de satisfaits, 6,1 % d'insatisfaits, 42,8 % affirmant n'avoir aucun
dialogue. Concernant les mères, 38,5 % des jeunes se déclarent satisfaits de
leurs échanges, 17,2 % insatisfaits et 44,3 % confirment l'absence de toute discussion
sur ce thème !
On peut donc dire que ce qui se passe
dans l'institution est à l'image du reste de la société. Ce qui n'est pas une
consolation !
Jacques Trémintin– LIEN SOCIAL ■ n°285 ■ 05/01/1995