« 150 expériences de
psychologie des médias pour mieux comprendre comment on vous manipule »
BOHLER Sébastien, Dunod, 2008,
234 p.
Contrairement à ce que l’on pense souvent, le regard que les médias
nous permettent de porter sur la réalité, n’est ni délibéré, ni choisi, ni
maîtrisé. Sébastien Bohler, neurobiologiste, et chroniqueur à l’émission
« arrêts sur image », nous aide à décrypter ces mécanismes,
s’appuyant pour cela sur des expériences réalisées en psychologie sociale. S’il
y a bien une constante dans les medias, c’est la succession effrénée des
informations qui sature notre cerveau, le manque de temps ne nous permettant
pas d’analyser d’une façon critique ce qui nous est proposé. La nécessité de
comprendre rapidement nous incite à lui accorder d’emblée de la crédibilité.
Cette tendance à accepter la véracité d’une actualité est encore renforcée, dès
que nous arrivons à nous la représenter. Et, elle nous apparaît d’autant plus
proche que le propos, l’évènement ou la situation en question vont dans le même
sens que nos préjugés, nos goûts et nos croyances initiales. Cela va encore
plus loin, dans la mesure où nous nous exposons préférentiellement à ce qui va
confirmer nos croyances et nous fuyons celles qui s’y opposent. Les mécanismes
d’acceptation ou de rejet sont avant tout dictés par des logiques
d’appartenance : les références culturelles, politiques, religieuses
modifient la façon dont nous percevons une information. C’est à partir de ces
affiliations que notre cerveau pré active des affects positifs face à certains
thèmes ou certains mots et inversement des affects négatifs face à d’autres.
Les médias ne façonnent donc pas tant les opinions qu’elles renforcent celles
que nous avions initialement. Pour autant, plusieurs facteurs peuvent peser sur
l’opinion individuelle. Le premier d’entre eux est la surexposition de
certaines idées ou de certaines personnes qui joue un rôle de renforcement
certain grâce à un sentiment de proximité affective : ce que nous côtoyons
régulièrement est ce qui nous est le plus familier, provoquant un a priori
positif. Autre élément d’influence, l’exposition à la dimension émotive.
Certes, l’être humain ne dispense pas son empathie de façon indifférenciée :
son émotion est inversement proportionnelle à la proximité ; plus le
malheur frappe des personnes éloignées culturellement, moins le public va se
sentir concerné. C’est pourquoi la presse consacre bien plus de place à la
disparition d’un enfant en France qu’aux centaines de morts d’un tremblement de
terre dans une contrée reculée. Il n’en reste pas moins que le climat affectif
joue un rôle essentiel dans le basculement du rationnel vers le passionnel. Ce
que sait fort bien utiliser la publicité qui n’hésite pas à s’appuyer sur des
récits autobiographiques ou faisant référence à l’enfance.
Jacques
Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°903 ■ 30/10/2008