Coordonné par MOLINIE Magali,
éditions Sciences Humaines, 2007, 329 p.
Est-il possible aujourd’hui d’aborder la psychanalyse, sans
tomber dans des disputes idéologiques stériles ? Magali Molinié réussit
cet exploit, en proposant un ouvrage qui mêle des contributions favorables,
mais aussi plus critiques sur la théorie freudienne. Sigmund Freud a mis
quarante ans à élaborer un système de pensée qui est à la fois une théorie du
psychisme (dans laquelle l’inconscient tient une place centrale), une méthode
d’analyse (des rêves, des actes manqués, des troubles mentaux …) et une
technique thérapeutique (la cure analytique). Pourtant, on ne peut le comparer,
comme il aimait à le faire lui-même, à un archéologue déterrant ce qui est
profondément enfoui dans les couches de la psyché humaine. Car, ses
constructions théoriques, sensées être le produit d’une audacieuse auto-analyse
confirmée par les pratiques thérapeutiques ultérieures, ne sont, pour certains,
qu’une brillante synthèse des idées, des croyances et des théories
scientifiques de son époque. Car, ses découvertes concernant la sexualité
infantile ne résultent pas tant de l’observation directe d’enfants que de
l’interprétation des propos tenus par des patients adultes. Car, ses intuitions
présumées géniales, peuvent être considérées comme des spéculations
intellectuelles hasardeuses : peut-on accorder une valeur universelle à
des fantasmes et obsessions personnelles projetés sur autrui ? Ainsi, de
ce complexe d’oedipe que Freud explique avoir vécu à l’égard de sa mère,
réalité qu’aucune étude statistique n’a jamais permis de généraliser à tous les
enfants. Le mouvement psychanalytique, miné très tôt par des scissions, des
excommunications et des exclusions a fini par éclater en une vingtaine de
groupes et groupuscules, se dispersant tant au niveau théorique que clinique.
Sans compter certains des héritiers du vieux Sigmund en rajoutant dans le style
baroque et obscure, à l’image de l’inénarrable Lacan : « le
nom-du-père est le signifiant qui dans l’Autre en tant que lieu du signifiant
est le signifiant de l’Autre en tant que lieu de la loi » ! Et
pourtant, rarement une théorie aura autant pénétré le grand public, certains de
ses concepts centraux entrant quasiment dans le sens commun. Autant contestée
que largement vulgarisée, la psychanalyse a su résister vaillamment aux affres
du temps. Et c’est sans doute grâce à la polysémie de ses théories. Car,
pour un J. D. Nasio qui réduit l’origine de toute obsession à une agression ou
une humiliation, de toute hystérie à un plaisir précoce, intense et malsain et
de toute phobie à la tristesse provoquée par l’abandon réel ou imaginaire
(p.105), l’on trouve un Jean Laplanche n’hésitant pas à affirmer de son
côté : « le psychanalyste n’a pas pour rôle d’imposer ses propres
schémas mythiques à son patient » (p.202).
Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°887 ■ 05/06/2008