« Jeunes
délinquant à la recherche d’une socialisation perdue »
Robert CARIO,
L’Harmattan, 1996/1999, 208 p.
Comment tolérer les réponses répressives face à la délinquance des
mineurs quand on sait que les causes de ces passages à l’acte sont à rechercher
du côté du manque d’affection, d’éducation et de socialisation ? Le ton de
l’auteur est donné dès les premières lignes. Et il va tenter tout au long de
l’ouvrage de justifier de cette conviction. Avec tout d’abord un état des
lieux qui permet de savoir de quoi l’on parle. La première difficulté réside
dans la recherche de chiffres fiables. Les statistiques officielles ne peuvent
rendre compte d’une part que de la volonté des victimes à un moment donné de porter
plainte (criminalité apparente établie à partir des PV) et d’autre part de
l’amélioration des instruments de traitement des infractions à la loi
(criminalité légale établie à partir des jugements, excluant de fait tous les
classements sans suite). Les mineurs sont dans leurs passages à l’acte plutôt
orientés vers les délits (81,66%) et les contraventions de 5ème
classe (17,84%) plutôt que vers les crimes qui ne représentent que 0,48% des
jugements qui les concernent. En détaillant un peu plus, on s’aperçoit que, mis
à part ce faible pourcentage de crime, leurs infractions sont tournées contre
les biens (79,91%) et les personnes (6,18%), pour des affaires de stupéfiants
(2,25%), d’ordre public (1,57%) et de mœurs (1,45%). Les garçons sont concernés
à plus de 90% et 3 cas sur 5 intéressent des jeunes de 13 à 16 ans. L’être
humain, explique Robert Cario, ne naît ni bon ni criminel, il devient l’un ou
l’autre. Cela tient aux conditions d’éducation auxquelles il est soumis et qui
conditionnent les modalités de passage à l’acte transgressif. L’équilibre de
l’enfant tient autant des nourritures qu’il reçoit que des stimulations
affectives qui lui sont adressées, à la stabilité émotionnelle et la
symbolisation des affects dont il peut bénéficier. S’il y a bien une dimension
individuelle à la délinquance (structuration pauvre de la personnalité
débouchant sur l’agressivité, l’égocentrisme, l’indifférence affective …), la
dimension sociétale que constituent la confrontation à l’exclusion ou à la
précarité familiale et institutionnelle (école, travail) ne peut que renforcer
des fonctionnements basés sur la violence et la domination de l’autre comme
seul moyen d’émerger socialement. Pour autant, les jeunes délinquants agissent
pour 70% d’entre eux occasionnellement, 25% autres y trouvant une forme de
manifestation d’une adolescence en crise, seuls 5% se structurant dans une
carrière délinquante à l’âge adulte. D’où la pertinence de la réponse éducative
qui domine la justice des mineurs en privilégiant l’évolution de la personnalité
du jeune plutôt que la stigmatisation de son l’acte. L’auteur décrit longuement
le dispositif en place, présentant les décisions éducatives et les sanctions
pénales proprement dites n’intervenant que dans 47,43% des cas.
Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°537 ■ 29/06/2000