Le constat est ici limpide : les collégiens s’ennuient massivement
dans une école qui est surtout pour eux l’occasion de se retrouver avec leurs
copains. On a voulu que tous les jeunes accèdent au collège unique, mais on a
conservé le cadre adaptée à l’élite d’hier. L’évolution du système scolaire est
en panne face à toute une série d’obstacles.
Il y a d’abord une laïcité qui prétend traiter tous les élèves sur le
même plan comme à l’époque où il s’agissait d’unifier le pays contre
l’obscurantisme religieux dans un même élan revanchard contre l’Allemagne.
Aujourd’hui, proposer le même enseignement à tous les élèves revient à faire
s’ennuyer les meilleurs et placer les plus faibles en situation d’échec. En
refusant à juste titre la répartition des classes entre bons et mauvais élèves,
on a juste réussi à reconstituer des filières officieuses regroupant les
enfants des milieux aisés dans les sections européenne, allemand renforcé ou
encore russe !
Second obstacle important, la conviction qui veut que l’école soit
avant tout un lieu d’instruction et non d’éducation, cette dernière étant
renvoyée aux familles. Les professeurs seraient seulement dispensateurs de
savoir alors même que ce qui compte pour la réussite des élèves c’est tout
autant la qualité des relations établies avec eux.
La résistance du milieu enseignant constitue un autre facteur d’immobilisme.
Pourquoi, après tout, remettre en cause des méthodes pédagogiques qui leur ont
si bien réussi en ce qui les concerne ? Il existe bien des expériences
pédagogiques riches et innovantes, mais celles-ci restent encore trop
marginales.
Que propose donc, alors, l’auteur ?
Elle suggère l’instauration d’un système de tutorat, un professeur
prenant en charge un groupe de dix élèves, les accueillant en début de chaque
journée et les suivant dans leur itinéraire scolaire, servant de médiateur tant
par rapport aux autres professeurs qu’aux parents.
Elle suggère une diminution massive des horaires de cours qui doivent
cesser de vouloir remplir une ambition encyclopédique. C’est la recherche d’une
tête bien faite plutôt que bien pleine préconisée dès le XVIème siècle par
Montaigne.
Elle suggère l’abandon du groupe-classe au profit de groupes de niveau
où chaque enfant trouverait sa place en fonction de ses aptitudes. « Il
y a égalité des chances simplement si chacun peut être reconnu dans son domaine
et si aucun domaine ne prétend à l’hégémonie sur tous les autres »
(p.122).
De telles propositions pourraient se concrétiser au sein
d’établissements pilotes qui expérimenteraient une telle réforme pour en tester
les conséquences et l’opportunité. Mais cela signifie faire face aux
résistances conservatrices et accepter les remises en cause en s’appuyant
sur tous celles et ceux qui s’impliquent contre le statut quo.
Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°486-487 ■ 20/05/1999