« La frénésie
sécuritaire. Retour à l’ordre et nouveau contrôle social »
Sous la direction de Laurent MUCCHIELLI, La découverte, 2008, 138 p.
Le clivage entre une droite essentiellement répressive et une gauche
qui revendiqua longtemps l’articulation entre répression et prévention s’est
estompé, ne laissant plus qu’un discours catastrophiste et alarmiste, affirmant
que les choses vont toujours plus mal, mettant en cause les parents
démissionnaires et les juges laxistes. Cette stratégie de dramatisation
comporte de sérieuses déformations du réel, déformations que les dix
contributeurs de cet ouvrage se font un point d’honneur de pourfendre. Entre
2002 et 2007, quarante lois ont modifié le code de procédure pénale et trente
le code pénal, répondant au moindre fait divers par une modification
législative moins réformatrice que symbolique et déclarative : « la
loi pénale veut tout embrasser des comportements que notre société ressent
comme menaçant » (p.22) C’est tout le modèle judiciaire qui est en
train de basculer. C’est un véritable surarmement pénal qui est élaboré, pour
faire croire que l’on peut éviter tout risque. On n’est plus dans la réponse
donnée à un acte délictuel, mais dans l’émotion qui ne se préoccupe que de la
dangerosité supposée de l’auteur. A l’image des peines planchers imposant à la
deuxième récidive des sanctions sans aucune proportion avec l’acte commis ou
cette rétention de sûreté qui prévoit le prolongement de l’enfermement après
l’exécution de la peine. Entre janvier 2002 et janvier 2008, le taux
d’emprisonnement s’est accru de 260%, le système carcéral se remplissant
d’infracteurs au code de la route et à la législation sur les stupéfiants,
ainsi que de citoyens ayant commis des outrages aux policiers. C’est que les
forces de l’ordre ont adopté une stratégie propre à répondre efficacement à la
pression qu’elles subissent en terme d’exigence de résultats : elles
concentrent leurs interventions sur des cibles susceptibles d’augmenter leurs
taux d’élucidation. Et quoi de plus facile que d’arrêter des fumeurs de pétards
ou de se lancer dans la chasse aux sans papiers ? Se confirme alors
l’orientation amorcée avec la suppression de la police de proximité : les
forces de sécurité s’affirment dans leurs missions de police d’ordre au service
de l’Etat, plutôt qu’au service des citoyens. L’approche protectionniste à
l’égard des mineurs qui fait primer l’éducatif et la connaissance de la
personnalité sur une politique criminelle de sanctions est, elle aussi,
menacée. Pourtant, le modèle sécuritaire ne nous garantit pas la sécurité
attendue. Les Etats-Unis ou la Grande Bretagne, pays connus pour leur choix
répressif, n’ont jamais réussi à faire baisser le taux de leur délinquance des
mineurs en dessous des 20% de la délinquance globale, là où la Norvège, qui
persévère dans la politique protectionniste, a réussi à la plafonner à 5 %.
Jacques
Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°899 ■ 02/10/2008