Initialement, la compétence de l’assistante sociale relevait bien plus
de ses valeurs intellectuelles et morales que d’une quelconque qualification.
C’est la générosité, le sens de l’autre et la vocation dont elle faisait preuve
qui lui valait reconnaissance. Mais, très vite, il s’est avéré nécessaire
d’améliorer ses connaissances notamment en terme de sciences humaines et
d’appropriation des lois sociales qui s’étaient particulièrement complexifiées
depuis la vague de grandes réformes initiée par la troisième République. Si les
autorités gouvernementales avaient refusé une première fois, en 1924,
d’instaurer un diplôme d’Etat, la conjoncture de la grande crise de 1929 leur
fit changer d’avis. Le décret en date du 12 janvier 1932, créa ce fameux
diplôme. C’est une promotion de 152 jeunes filles qui se présenta donc à la
session de juin 1934, 119 d’entre elles étant reçues. Les 18, 22 février et 13
juin 1938, de nouveaux décrets vinrent déterminer les modalités de formation,
portant de deux à trois ans la durée des études. L’exigence dont ces textes
firent preuve montre que la profession avait enfin réussi à dépasser l’image de
la « dame d’œuvre » qui lui collait à la peau. Qu’on en juge plutôt.
Un cursus donc de trois années tout d’abord : la première, commune avec
les infirmières, était à dominante médicale, la seconde et troisième année,
spécifiques, étaient respectivement médico-sociale et sociale. A l’issue de ce
cycle de trois ans, l’étudiante se présentait aux épreuves finales, elles-mêmes
réparties en deux étapes. La première partie comportait une dimension
écrite : un mémoire ainsi qu’une composition choisie à partir de trois
sujets. La réussite à l’écrit ouvrait la possibilité d’accéder aux épreuves
orales : une série de 17 questions portant sur les cinq chapitres du
programme. Le succès à cet examen permettait de devenir assistante sociale
stagiaire. Ce n’est qu’à l’issue de deux nouvelles années de pratique et
d’un nouveau mémoire soutenu devant un jury, que le certificat d’aptitude était
enfin délivré ! La formation devait obligatoirement être suivie dans des
écoles habilitées par l’Etat. Six écoles parisiennes et trois provinciales que
Cyril Le Tallec présente dans le détail, tant dans les conditions d’admission
que dans le déroulement des études qu’elles proposent. On y retrouve le
fondement de ce qui fait encore aujourd’hui l’essence de la profession :
« développer l’aptitude aux vues générales, le souci d’une appréciation
impartiale, un vrai sens philosophique qui aidera à se dégager des impressions
trop vives et des influences immédiates » (cité p.83). Ce type de
monographie historique a l’avantage de relativiser certaines de nos
problématiques actuelles que l’on croit à tort contemporaines, comme par
exemple ces premières inspectrices de police grenobloises qui furent …
d’anciennes élèves de l’école sociale d’action familiale intervenant auprès des
familles et des mineurs.
Jacques Trémintin –
LIEN
SOCIAL ■ n°731 ■ 25/11/2004