Voilà
un ouvrage fort bien écrit qui présente, avec pertinence, la question de
l’incarcération des mineurs. Ce qui frappe dans sa lecture, c’est le constat
récurrent de l’atermoiement, depuis deux siècles, entre la réponse répressive
et la voie éducative. Lorsqu’en 1819, le ministère de l’intérieur publie
un arrêté sur la nécessité de séparer les mineurs incarcérés de moins de 16
ans, des majeurs, le souci d’un traitement spécifique de la délinquance
juvénile est évident. L’effet pervers, ce sera la construction à Paris, en
1836, de la première maison d’arrêt pour jeunes : la petite Roquette.
L’utopie carcérale tournera au cauchemar : confrontés au silence et à
l’isolement total, les enfants deviendront fous, hurlant ou finissant muets,
délirant ou souffrant d’hallucinations. Il en va de même pour le principe de
discernement : les enfants qui sont considérés comme ne bénéficiant pas de
la maturité suffisante pour avoir agi en plaine raison, se verront enfermés
dans des maisons de correction jusqu’à leur 21 ans, pour des délits punis
seulement de quelques mois d’emprisonnement. Les colonies pénitentiaires
agricoles, industrielles ou maritimes, sensées réhabiliter leurs jeunes pensionnaires
par le travail et l’instruction, se transformeront rapidement en véritables
bagnes où règnent des adultes illettrés imposant une discipline arbitraire
basée sur les humiliations et les mauvais traitements. L’enfer, en matière de
lutte contre la délinquance juvénile, a toujours été semé de bonnes intentions.
Plus que jamais, l’actualité contemporaine le démontre. Après 1945, naît une
authentique volonté de trouver un équilibre entre répression et éducation. Bien
sûr, l’Education surveillée, ancêtre de la PJJ, cherche encore à classifier et
trier en apposant de bien curieuses étiquettes (apathique, instable,
débile, paranoïaque, cyclothymique, hyperémotif, mythomane, schizoïde,
pervers sexuels…), pour orienter et traiter les jeunes délinquants. Mais, des
expériences fortes, comme celle du centre familial de Vitry, permettent de
dessiner une toute autre déontologie pour un métier d’éducateur en train de
s’inventer. Une génération sera nécessaire pour que des habitudes bien ancrées
cèdent la place à de nouvelles pratiques éducatives. Et puis, voilà que la
pression sécuritaire impulsée par une société avide de risque et de tolérance
zéro vient à nouveau tout bousculer. Le conte d’Argout, ministre de l’intérieur
en 1832 écrivait alors : « une
prison ne sera jamais un lieu d’éducation ». Le Président du tribunal
pour enfant de Paris écrira en 1974 : « les établissements fermés sont des échecs et des dépotoirs ».
Le choix de nos gouvernements successifs sera pourtant de privilégier
l’enfermement des mineurs. De vieilles recettes qui ont pourtant montré leurs
limites.
Jacques
Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°968 ■ 08/04/2010