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Le temps des riches Version imprimable Suggérer par mail


« Le temps des riches. Anatomie d’une sécession »
PECH Thierry, Seuil, 2011, 178 p.

La richesse constitue à la fois un puissant idéal d’accomplissement personnel, faisant rêver ceux qui en sont dépourvus, et une scandaleuse négation de l’égalité : l’addition de la fortune de l’ensemble des millionnaires que compte le monde s’élève à 40.000 milliards de $, soit trois fois le PIB des USA et huit fois celui de la Chine. Loin de provoquer la foudre de nos gouvernants, cette classe sociale est l’objet de la plus grande prévenance, depuis que s’est imposée la théorie économique du « Trickle down ». Selon ce postulat, plus une société possèderait de riches, plus il y aurait d’investissements, de consommation, d’activités, de croissance économique. Par « ruissellement », un Euro gagné par les plus riches donnerait deux Euros pour les plus pauvres. Aussi, faudrait-il les soigner particulièrement, en leur garantissant une fiscalité attractive, une inflation basse, des règles du droit du travail flexibles et un État social peu exigeant. Voilà la politique de la dernière décennie décryptée. Depuis les années 2000, les baisses successives d’impôts et les avantages fiscaux ont coûté à la collectivité 400 milliards d’€uros. Résultat, entre 2004 et 2007, si les 0,01% les plus aisés ont vu leurs ressources bondir de 40%, les 0,1% les plus riches ont vu les leurs s’accroître de 27%, les 1% des plus fortunés se sont enrichis de 16%. Dans le même temps, 90 % des français bénéficiaient d’une amélioration de leurs revenus de … 9% ! L’effet démultiplicateur de l’enrichissement des nantis est donc un leurre. Les plus riches ont gagné beaucoup d’argent, sans que le reste de la société en bénéficie. Thierry Pech passe en revue les arguments qui tentent de justifier les privilèges qui font que 7000 contribuables, gagnant plus de 200.000 €, ne soient pas imposables. Leur fortune serait le produit de leur travail ? Pour l’immense majorité des cas, les plus riches ne se sont pas faits eux-mêmes : ils ont hérité de leur famille. Elle serait l’équivalent de leurs hautes compétences ? Un calcul, réalisé par un économiste, a permis de mesurer que les grands capitaines d’industrie ou de la banque représentent entre 0,12 et 0,2% seulement de la valeur de leur entreprise. Elle couronne avant tout une réussite individuelle ? Tout succès est bâti sur les épaules de milliers de collaborateurs présents et passés, sans lesquels aucune prouesse ne serait possible. Charlie Chaplin recevant les remerciements de l’Abbé Pierre à qui il avait remis, en 1954, un chèque de deux millions de Francs, lui répondit : « je devais des millions, je ne les donne pas, je les rends ». Les 58.000 français qui gagnent un million et plus par an et qui ne se sont pas encore enfui (l’exil fiscal a concerné 846 foyers en 2006 et 821 en 2008) ont beaucoup d’argent à nous rendre !

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1045 ■ 12/01/2012

 

 
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