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Coordonner les efforts ici et là-bas

La recherche de solutions pour faire face à l’errance des mineurs isolés étrangers ne peut être uniquement locale. Elle doit être globale, intégrant à la fois la situation de grande précarité des pays de départ et les modalités de prise en charge des pays d’accueil. D’où la création d’un réseau euroméditérranéen. Explications.


Le travail auprès des mineurs isolés étrangers rend incontournable l’action partenariale. D’abord, parce que l’on a besoin de s’alimenter en permanence de connaissances sur la spécificité de chaque communauté d’origine du jeune, ses coutumes, ses réseaux de solidarité, les évolutions géopolitiques des pays de provenance qui peuvent pousser à l’exil. Ensuite, parce que l’actualité notamment juridique évolue très vite. Il vaut donc mieux se tenir informé, en permanence, des changements en cours. Enfin, parce que face à l’arbitraire administratif fréquent sur ces questions, agir seul dans son coin, c’est multiplier les risques d’être confronté à l’échec des démarches entamées. Si tout cela est valable, au niveau du professionnel de base, ça l’est aussi au niveau institutionnel. Le travail de coopération internationale initié depuis près de dix ans en est une illustration particulièrement exemplaire. La réalité de l’errance des mineurs n’est pas nouvelle. Avec pas moins de 50.000 mineurs concernés en Europe occidentale et orientale, ce qui change c’est la forte augmentation du phénomène. Face à ce flux croissant, l’inadaptation des dispositifs de prise en charge constitue un défi permanent en terme de protection de l’enfance, de cohésion sociale, d’immigration et d’insertion. En novembre 2002, plusieurs collectivités territoriales de l’espace euroméditerranéen participèrent à la première Conférence sur la protection des mineurs isolés organisée à Marseille, à l’initiative de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cette rencontre s’était alors conclue sur la signature, par les représentants des institutions présentes, d’une Charte fondatrice du Réseau Euro-méditerranéen pour la protection des mineurs isolés, désigné sous le sigle R.E.M.I. Plusieurs séminaires furent organisés, par la suite : à Tanger et à Avignon en 2003, à Bucarest, à Lucca et à nouveau à Tanger, en 2004. Ce réseau pluridisciplinaire et transnational, qui regroupe un nombre croissant d’acteurs issus des pays d’origine, d’accueil et de transit des mineurs isolés étrangers, est constitué non seulement de collectivités locales, mais aussi d’associations, de magistrats, d’universitaires issus des pays du pourtour méditerranéen. Tous sont soucieux de mutualiser leurs efforts pour décloisonner les actions, de coordonner les politiques et de définir une stratégie commune de prévention du phénomène de l’errance des mineurs isolés. Le R.E.M.I. s’est vu fixer comme objectifs l’animation et la coordination des actions de ses membres, l’assistance technique au montage de projets, la mise en place de formations, le développement des méthodologies communes d’accueil, de prise en charge et d’accompagnement.


Les actions du R.E.M.I.

A l’actif de ce réseau, on compte ainsi la création d’un observatoire euro-méditerranéen destiné à mieux comprendre un phénomène qui, du fait de la clandestinité et de la situation irrégulière sur le territoire des mineurs qu’il touche, peine à être évalué tant quantitativement que qualitativement. Et ce, en collectant, recoupant, comparant et analysant des données disponibles. Le R.E.M.I. publie un semestriel « Les cahiers de l’observatoire » , alimenté par les contributions des adhérents du réseau. Un comité de rédaction composé d’experts de chaque région, département et ville partie prenante est chargé d’illustrer les différentes problématiques autour de l’errance des mineurs. Le R.E.M.I. est aussi l’auteur d’un appel lancé en direction de l’État français. Constatant la complexité d’un régime juridique qui fait appel tant au droit international privé, qu’au droit administratif, mais aussi aux règles du droit de la nationalité, du droit civil et des conventions internationales, le Réseau revendique la mise en place immédiate d’un véritable statut du mineur isolé, lui permettant de bénéficier d’un droit d'asile spécifique. Autre initiative prise par le R.E.M.I., la collaboration avec le « Programa Catalunya Magrib » financé par l’Europe et mené par la Generalidad de Catalunya au Maroc, qui a permis de monter une plateforme dans la région de Tanger de 2007 à 2011. Cette action en direction des mineurs marocains âgés de 10 à 17 ans, leur a permis de bénéficier d’une formation professionnelle dans les métiers de la restauration et de l’aluminium. L’ambition de ce programme est de chercher une solution valable d’insertion dans la région d’origine, plutôt que de les laisser livrés à la merci des réseaux de trafic organisés, les près de 3.500 jeunes qui migrent chaque année vers pour l’union européenne. Un projet de renouvellement de ce type d’action vient d’ailleurs d’être à nouveau déposé auprès de l’Europe, pour la période 2012-2014. Enfin, depuis 2009, le R.E.M.I. a développé des actions de formation en direction des professionnels au contact de mineurs errants isolés (voir article « Quelle pratique professionnelle face aux mineurs étrangers isolés » ).

L’action multiforme du R.E.M.I. apparaît comme l’une des pistes les plus prometteuses, pour apporter des réponses pertinentes non seulement aux effets de cette migration multifactorielle des mineurs non accompagnés, mais aussi pour s’attaquer à leurs causes.

Contact : REMI 272 avenue de Mazargues 13008 Marseille Tel. : 06 18 35 59 97
Site : www.reseauremi.org Courriel : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

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Jacques Trémintin - LIEN SOCIAL ■ n°1047 ■ 26/01/2012

 
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