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De l'éducation spécialisée à l'éducation routière Version imprimable Suggérer par mail


De l’éducation spécialisée à l’éducation routière

Les professionnels de l’éducation spécialisée possèdent de nombreuses compétences qu’ils mettent à profit dans leur travail auprès des usagers. A l’image d’André Garcia, à la fois moniteur éducateur et formateur en prévention routière. Portrait.


André Garcia commence sa vie active, en s’engageant dans l’armée. Il s’y spécialise dans un service d'instruction en tant que Moniteur Auto école voiture Poids lourds. Sa confrontation à des stagiaires de profil différent (métropolitains, personnes en provenance d’outre mer, ainsi que ponctuellement des brigades de la Gendarmerie Nationale) lui donne l’occasion d’apprendre à adapter sa pédagogie. Le cours de sa vie change quand il obtient en 1996, son diplôme d’Etat de Moniteur Éducateur. Intervenant en CHRS, en ITEP, puis en protection de l’enfance, il finit par se fixer auprès du public adulte porteur de handicap mental. Depuis 2005, il travaille dans un Service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS). Ce type de structure a pour fonction de permettre à des adultes souffrant de déficiences, de vivre en milieu ordinaire. Il les aide dans leurs tâches quotidiennes (confection des repas, entretien du linge, courses, gestion du budget) et leur propose des activités diverses culturelle ou sportive, individuelle ou de groupe, pour sortir de leur isolement. C’est à l’occasion de l’une de ces sorties à vélo, qu’André Garcia constate à quel point ce public méconnaît le code de la route, ne s’arrêtant ni aux stops, ni aux feux. Particulièrement attentif à cette question, en tant que formateur occasionnel auprès de GERFI+ dans le cadre du module « code de la route et sécurité de déplacements », il propose à sa direction de monter des stages de sensibilisation à la prévention routière, pour les usagers du service. Sa proposition est d’autant mieux accueillie que les douze bénéficiaires auprès de qui il intervient, sont en train d’acquérir, les uns après les autres, une voiturette sans permis.


Travailler en amont

Son argumentation se présente sur un double registre. Il s’agit d’abord d’améliorer les compétences des usagers tant dans leur autonomie, que dans la sécurité de leurs déplacements. Mais, il souligne tout autant l’intérêt des employeurs, vis-à-vis des risques d’accidents de trajet entre la résidence, le lieu de travail et l’endroit où sont pris habituellement les repas (que la législation assimile à des accidents du travail). Très vite, de simple formateur proposant une sensibilisation à la prévention routière, il va se transformer en médiateur entre les familles (rarement en excès de confiance), les tuteurs (dubitatifs face à l’achat d’une voiturette), les éducateurs (soucieux de réponses adaptée pour construire un projet de vie cohérent pour les usagers) et les adultes concernés (aspirant à avoir leur propre véhicule, sans forcément bien connaître le règles de la route). L’objectif est bien alors de coordonner tous ces acteurs, pour accompagner le projet d’acquisition d’un moyen de transport, dont l’utilisation apparaît d’autant moins problématique quand elle est préparée par une formation adéquate. Le 18 septembre 2008, le SAVS organise une porte ouverte coïncidant avec la journée nationale de la sécurité routière. Plusieurs stands sont alors proposés : celui de la Brigade de gendarmerie motorisée et de la police nationale, celui de la MAIF et de la protection civile qui exposent leurs propres supports en matière de prévention. Mais, il y a aussi un groupe d’usagers présentant une vidéo des ateliers de sensibilisation suivis depuis deux ans et plus particulièrement de la journée passée sur l’île d’Yeu, destinée à tester l’intégration des comportements en vélo respectueux du code de la route. Cette porte ouverte ne fut pas un succès que pour les usagers, leur famille ou leurs éducateurs, donnant envie, à celles et à ceux qui ne l’avaient pas encore fait, de suivre les stages de prévention routière.


Genèse d’ERA

Les échanges avec les formateurs présents, spécialisés dans la prévention routière (police, gendarmerie, assurance prévention, protection civile, responsable de la prévention routière du département, coordinateur de la prévention routière de la préfecture…) convainquirent aussi André Garcia de la pertinence de créer son propre organisme de formation. S’il existe bien, en effet, des organismes proposant de passer l’ASR (les GRETA) ou le BSR (les auto-écoles), on ne peut que constater l’absence criante de toute préparation du public des personnes porteuses de handicap à ces épreuves. L’idée serait alors de former plus généralement à la prévention et à la sécurité routière, sur tous types de déplacements : piéton, cycle, cyclomotoriste, voiturette... Après de multiples démarches pour obtenir son agrément, Era-formation (Éducation Routière Adaptée) naissait officiellement le 2 novembre 2010. Ce que ce nouvel organisme propose aux personnes atteintes de déficience, qu’elles soient débutantes, pratiquantes, voire déjà confirmées, c’est une formation se déclinant en trois temps : informer et sensibiliser à une lecture adaptée du code de la route ; comprendre avant d’apprendre les gestes et les comportements garantissant des déplacements en toute sécurité ; vivre des mises en situation au plus proche de la réalité par des exercices adaptés sous formes d'atelier ludiques et de mise en situation d'examens blancs. Bien entendu, les apprentissages implicites et explicites ainsi initiés privilégient un apport théorique ajusté au niveau de compréhension du public et s’appuient en priorité sur des exercices ludiques et concrets. Car, c’est bien là le souci central d’André Garcia : adapter et individualiser son intervention. Tout est ajustable, en fonction du nouveau du public concerné, les stages prévus sur 35 heures pouvant se dérouler sur cinq jours plein ou par demi-journées.


Une pédagogie adaptée

« La pédagogie employée est centrée sur l’humain et respecte le rythme du stagiaire, explique André Garcia. On prend le temps nécessaire ». Mais, une approche adaptée ne peut se réduire à la seule question de l’étalement des délais d’apprentissage. Bien d’autres paramètres interviennent nécessitant de prendre en compte globalement les aspects affectifs, sociaux et motivationnels de ce public spécifique, tels la peine à se situer dans le temps et l’espace, le faible contrôle de l’émotivité ou encore la réelle difficulté à mémoriser, à évaluer les informations et à fixer l’attention. Une personne handicapée mentale présente une déficience variable qui peut réduire ses facultés de compréhension et de décision. C’est bien pourquoi « la formation privilégie le sens des situations, des mots et des symboles, en s’appuyant en priorité sur du visuel et sur du concret. » Mais, les difficultés d'anticipation face aux situations nouvelles peuvent aussi accroître l’état d’anxiété, risquant ainsi de rajouter des dimensions encore plus handicapantes. C’est pourquoi, en plus de l’attention apportée au rythme et à la concrétisation de la formation, ce qui est mis en avant, c’est le bien être et la confiance en soi, comme moyen de prédisposition et comme tremplin vers l'apprentissage et le dépassement de soi. La double compétence à la fois d’éducateur et de formateur en prévention routière de l’initiateur d’ERA apparaît ici essentielle, tout comme sa conviction quant aux marges de manœuvre disponibles chez des usagers même non lecteur « Quel que soit le niveau du stagiaire, ce qui compte c’est sa motivation qui peut se trouver décuplée sous l’effet d’une émulation entre pairs : ’’ si l’autre a réussi, pourquoi pas moi ’’. Je suis souvent stupéfait de voir à quel point les personnes en situation de handicap vont puiser dans leurs ressources mentales. C'est du dépassement de soi dont le déploiement d'énergie me fait penser à un sportif de haut niveau, même si parfois, c'est aussi lié à sa dite faiblesse. »


Un travail de partenariat

Pour mener à bien son projet, André Garcia a su s’entourer des partenaires susceptibles de contribuer à la réalisation du projet individuel de l’usager. C’est d’abord avec le GRETA qu’il a établi une fertile collaboration. Cet organisme de formation continue des adultes, dépendant de l’Éducation nationale, est habilité à faire passer l’ASR, attestation préalable obligé à la présentation au Brevet de sécurité routière, lui-même nécessaire pour conduire une mobylette et une voiturette sans permis. Il a ainsi obtenu que les diapositives projetées lors de l’examen soient lues, pour que les candidats non lecteurs ne soient pas dans l’incapacité d’y participer. Mais, le responsable d’ERA a aussi tissé des liens forts avec Ligier RP automobile, un concessionnaire de voiturettes qui ne se contente pas de vendre ses véhicules, mais assure un service après-vente à domicile, en cas de panne. Le commerçant va même jusqu’à mettre à disposition une voiturette, pour passer le BSR. Et puis, il y a les bonnes relations avec la société des Codes Rousseau qui propose aux professionnels des auto-écoles des guides et du matériel adapté et règlementé. Il y a, enfin, la collaboration avec les auto-écoles locales, avec qui des passerelles ont pu être posées permettant un accueil bienveillant du public porteur de handicap. Mais, au-delà de sa prestation ponctuelle de service, ERA-formation se fixe aussi pour objectif d’être présent auprès de ses stagiaires jusqu’au bout de leur démarche. Si la préparation à l’ASR ou au BSR est souvent couronnée de succès pour le public ordinaire, elle peut prendre beaucoup plus de temps pour les personnes en situation de handicap, ne réussissant parfois qu’après de multiples tentatives. Mais, elle peut tout autant ne jamais aboutir. Dans tous les cas, l’accompagnement prend tout son sens.


S’inscrire dans la continuité

« Une personne porteuse de handicap qui dé raisonnablement veut conduire une voiturette ou un scooter doit pouvoir savoir pourquoi cela n’est pas possible. A mon sens, le plus difficile est de ne pas tomber dans la facilité, celle de différer une demande, sans retour d'information. C'est malheureusement souvent le cas. Frustration et incompréhension peuvent prendre rapidement le dessus et générer des troubles du comportement, surtout le camarade est devenu conducteur... A l’inverse, une réponse explicitée et objective, même si elle doit être négative, permettra de prendre en considération toute la dimension humaine et éducative de l'usager concerné » affirme encore André Garcia qui explique ainsi pourquoi il s’inscrit dans une logique de durée et de persévérance qui n’exclut nullement le réalisme. Il a fait le choix d’assurer un contact qui perdure bien au-delà du stage : le lien est maintenu avec les usagers et leurs encadrants, pour assurer un suivi personnalisé. Ce que permet aussi son site qui propose une formation à distance à travers un quizz, un questionnaire et une boite de dialogue. L’offre de service qu’il propose correspond, il en est persuadé, à un véritable besoin qui est encore bien loin d’être satisfait. Bien des équipes éducatives ont, dors et déjà, mis en œuvre une formation à la prévention routière. D’autres ont pour projet des ateliers de code de la route.


Épauler les équipes

Mais nombre d’entre elles restent encore dubitatives, quant aux capacités d’apprentissage des usagers et sont en attente d’informations sur ce type de formation qui ne relève pas forcément de leurs compétences. Sans compter les chefs d'établissements qui sont, eux aussi, particulièrement intéressés par la sécurité des déplacements routiers de l'ensemble des usagers. Ce que propose ERA formation s’inscrit en complémentarité avec les uns comme avec les autres, afin que « la chaîne des oubliés de la sécurité routière ne reste pas une chaîne sans fin ». Cet organisme se distingue des actions type auto école, puisqu’il se tourne exclusivement vers les usagers en situation de handicap présents dans les établissements de l'éducation spécialisée. Son intervention centrée sur le développement des pré-dispositions préalables et nécessaires aux apprentissages des déplacements routiers constitue un tremplin vers l'insertion sociale et professionnelle. Fort de son expérience, le fondateur d’ERA a conçu d’autres projets innovants tout aussi audacieux, comme créer un support d'information, sous la forme de livrets pédagogiques destinés aux personnes en situation de handicap ou encore concevoir un jeu de société éducatif adapté sur le thème de la prévention routière (projets qui sont encore à la rechercher de financements). Mais aussi, la perspective de répondre également à la déficience visuelle, auditive, et motrice afin qu’aucune des personnes en situation de handicap ne reste sur le bord de la route, en terme de prévention routière.

Contact : Tel : 06 03 64 23 63 / Courriel : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir / Site : www.eraformation.com

 

Jacques Trémintin - LIEN SOCIAL ■ n°1057 ■ 05/04/2012

 
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