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Puech Laurent - Astrologie Version imprimable Suggérer par mail


« Au-delà du discours, l’astrologie n’a pas grand-chose à dire de nous »


Laurent Puech est assistant de service social. Avant de devenir Président de l’Association nationale des assistants sociaux, il fut Président du Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon et membre du Conseil d’administration de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS). Dans son livre « Astrologie. Derrière les mots » il répond point par point aux allégations des astrologues.


JDA : Quel rapport y a-t-il entre l’astrologie et l’astronomie ?

Laurent Puech : Si elles ont une origine commune, aujourd’hui, le rapprochement n’est que superficiel. Les astrologues se targuent d’utiliser les connaissances de l’astronomie, ce qui est faux pour l’essentiel. Les exemples qui le démontrent sont multiples. Ainsi, l’astrologie ignore la masse et la densité des différentes planètes, mais aussi les variations de leur distance à la terre (ainsi l’espace qui nous sépare de mars peut différer de 1 à 5, selon la position de chacune dans leur propre révolution autour du soleil). Logiquement, ces éléments devraient pourtant modifier leurs prétendues influences. Cette incohérence s’explique très bien : quand l’astrologie a été créée, la voûte stellaire apparaissait comme une surface où tous les objets semblaient à la même distance, comme collés au plafond. Certains astrologues, au gré de leur fantaisie, intègrent tel ou tel élément nouveau, d’une manière totalement arbitraire. Autre illustration : l’influence d’une lune noire qui entre dans les calculs des astrologues, alors que ce satellite n’a jamais existé que dans leur imagination. Quant à la pression atmosphérique, la température, la pluviométrie, les radiations d’origine telluriques de la terre, elles ne sont jamais prises en compte. On n’en finirait pas d’énumérer toutes les incohérences de cette théorie.


JDA : Vous semblez remettre en cause l’idée selon laquelle les astres auraient une influence sur nous. On a pourtant, de multiples exemples de leurs effets: rôle de la lune sur les marées, sur les menstruations féminines, sur le nombre de naissances dans les maternités…

Laurent Puech : Les astrologues comparent, effectivement, les effets de marée que peut avoir la lune sur les océans et ceux sur le corps humain qui est constitué à 80% d’eau. L’argument est séduisant. Mais, l’énoncer ne suffit pas. Et c’est ce que se contentent de faire les astrologues. Dès que l’on cherche à le vérifier scientifiquement, on s’aperçoit très vite qu’il s’agit là de chimères. Le physicien Henri Broch s’est ainsi amusé à calculer la force de gravitation exercée par l’ours en peluche sur le bébé. Il l’a évalué à 20.000 fois plus grande que celle de la lune ! Pour ce qui est de la corrélation entre le cycle menstruel de la femme et celui de la lune, toutes les études ont démontré que les règles n’étaient pas plus fréquentes lors les phases de lune croissante, comme le prétend la croyance populaire. Il en va de même pour la soi-disant suractivité des maternités en période de pleine lune. Là aussi, l’affirmation est tenace. Deux études françaises n’ont pourtant pas vérifié cette affirmation. La première, réalisée en 1997, portait sur 14.436.749 naissances s’étant produites sur 19 ans. La seconde s’est intéressée au 15.127.073 naissances ayant eu lieu entre le 1er janvier 1975 et le 31 décembre 1994. Les deux recherches concluent à un léger excès de naissances à la pleine lune par rapport à la moyenne, respectivement de 0,38% et de 0,5%. Écart non probant que l’on peut facilement expliquer par la conviction de certaines femmes de l’imminence de leur accouchement, étant donné la position de la lune. Les facteurs psychologiques jouent un rôle aussi important que les conditions physiologiques dans la délivrance de la maman enceinte. Ce qui est étonnant, ce n’est pas ce léger décalage, c’est sa faible importance, au regard des croyances dominantes.


JDA : Comment expliquez-vous la ténacité de ces convictions ?

Laurent Puech : Chacun d’entre nous avons de multiples croyances auxquelles nous tenons d’autant plus que nous sommes persuadés de les avoir expérimentées et vérifiées personnellement. Ce n’est qu’en multipliant les observations que l’on peut le mieux échapper à ce qu’on appelle l’effet du hasard. Si l’on joue vingt fois à pile ou face, la proportion dans laquelle la pièce tombe sur un côté et sur une autre est inégale. Si on y joue un million de fois, elle s’équilibrera à 49,9998/50,0002. Comme nous n’avons pas les moyens de vérifier en permanence la justesse de nos perceptions, nous nous en tenons à nos impressions, en généralisant de façon abusive ce que nous avons rencontré. Il suffit ainsi d’avoir constaté à plusieurs reprises une corrélation, pour en faire une constante. Ainsi, une enquête menée en 1995 aux USA montrait que 81% des professionnels liés au secteur psychiatrique croyaient aux effets de la lune sur la santé psychique, contre 43% de la population totale. On pourrait se dire qu’ils sont bien placés, pour établir cette relation. Et bien, une étude menée à Toulouse, en 1992, sur les 2.478 entrées dans les services d’urgences psychiatriques a permis d’établir qu’il n’y avait pas de « variation significative, au cours du cycle lunaire, du pourcentage de patients présentant une tendance toxicophile, un état psychotique, un état anxio-dépressif, manifestant une demande psychosociale ou relevant d’une hospitalisation d’office ». Ce qui a varié, par contre, c’est l’Hospitalisation à la Demande d’un Tiers, sur sollicitation de l’entourage. Cela peut s’expliquer par la croyance de la famille dans l’effet pleine Lune. En effet, dans le même temps, les Hospitalisations volontaires ou d’Office ne variaient pas.


JDA : A vous entendre, les millions de fidèles de l’astrologie seraient des naïfs …

Laurent Puech : nous fonctionnons tous avec les mêmes mécanismes. L’important, c’est de les identifier, pour mieux s’en dégager. L’horoscope sait manier, avec dextérité, une multitude de généralités et de propositions peu impliquantes qui permettent à chacun de se retrouver, peu ou prou dans ses prédictions. Celles-ci sont suffisamment vagues, pour qu’il y en ait quelques unes qui semblent correspondre à ce que l’on est en train de vivre. Cette corrélation donne aussitôt le sentiment d’une adéquation avec sa propre vie. Les indications qui se sont concrétisées sont d’autant plus mémorisées, qu’elles viennent conforter notre besoin de maîtrise de tout ce qui nous arrive. Et on ne se souvient que de ce qui s’est réalisé, renforçant l’impression de validité des prévisions. Il en va de même lors d’une consultation chez un astrologue. L’accueil est bienveillant, le cadre chaleureux, le ton rassurant. Nous ne pouvons qu’accepter positivement la personne qui nous reçoit, qui prend du temps avec nous, nous distinguant ainsi de la masse et qui va finalement répondre, avant tout, à notre besoin d’existence, de considération et de valorisation. Les mécanismes affectifs à l’œuvre ne sont guère différents de ceux qui interviennent dans une psychothérapie ou une relation d’aide avec un travailleur social, sauf que dans ces cas, l’approche est ouverte, sans préjugés, ni a priori et dans une dynamique de non-directivité.

 

Lire le dossier : L'astrologie

 

Jacques Trémintin - Journal De l’Animation ■ n°118 ■ avril 2011

 
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