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Centre de ressources (14) Version imprimable Suggérer par mail
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Un Centre de ressources pour permettre l’accès à la culture

Créer une plateforme proposant une interface entre l’offre et la demande en matière de pratiques culturelles et artistiques, pour des publics porteurs de handicap, beaucoup en ont rêvé. Laurent Le Bouteiller l’a réalisé, à Caen. Récit.


Le Centre de ressources régional handicap musique danse théâtre a été créé en 2010, au sein du Conservatoire de Caen. Son initiateur, son concepteur et son responsable en est Laurent Lebouteiller. Ce clarinettiste, titulaire du concours CNFPT de professeur chargé de la direction, directeur d’école de musique pendant dix ans, n’est pas du genre à se mettre en avant. Il agit avec efficacité et obtient avec aisance des résultats, sans que l’on mesure toujours la somme de travail et d’investissement qu’il déploie pour les obtenir. Mais, avant de décrire plus précisément le dispositif mis en place, commençons par le commencement. C’est en 2002 que, dirigeant un orchestre à cordes, Laurent Le Bouteiller est contacté par Autisme Basse-Normandie. Il s’agissait d’organiser un concert dont le bénéfice serait reversé au profit de cette association. Le spectacle ayant rencontré un plein succès, notre chef d’orchestre ne se résout pas à clore ainsi sa première rencontre avec le monde du handicap. Il accepte volontiers la demande des familles d’impliquer plus leurs enfants dans le monde de la musique. « Mais, je ne pouvais les intégrer dans mon école, le coût d’inscription étant prohibitif pour des résidents hors commune » explique-t-il. Il crée alors un atelier musical pour personnes porteuses de handicap, qu’il va animer bénévolement dans une Maison de quartier, à Caen, durant quelques années.


Naissance du Centre

La demande ne faisant que croître, naît l’idée de créer un Centre ressources. Mais, Laurent Le Bouteiller se heurte à la même réponse : « alors que je reste persuadé qu’une telle démarche relève du domaine de la culture, on ne cessait de me renvoyer vers le secteur médico-social ». C’est une nouvelle rencontre qui va débloquer la situation. Stéphane Béchy, Directeur du Conservatoire de musique de Caen le contacte pour concevoir une création musicale, avec des enfants porteurs de handicap. Il venait de recevoir une dotation du Rotary Club pour financer un tel projet. Laurent Le Bouteiller ne se le fait pas proposer deux fois. Il réunit alors un compositeur, des établissements du secteur médico-social, ainsi qu’un professeur chargé de l’orchestre de second cycle. « Ensemble, nous avons imaginé une œuvre mixte, mêlant des enfants chanteurs venant d’un IME, des élèves du conservatoire et des adultes handicapés ». Devant le fort succès obtenu par cette initiative, Stéphane Bechy accepte alors de créer, au sein de son établissement, ce Centre de ressources qui tient tant à cœur à Laurent Le Bouteiller. De rêve en mal de concrétisation, ce projet se vit ainsi ouvrir de nouvelles et enthousiasmantes perspectives : la prise en compte du handicap allait intégrer la politique globale d’un Conservatoire à rayonnement régional et professionnaliser le Centre de ressources : « j’allais disposer d’un budget me permettant d’investir dans du matériel adapté, une infrastructure technique et administrative, ainsi que l’apport incomparable d’enseignants expérimentés ».


Etat des lieux

Les huit premiers mois de son activité, Laurent Le Bouteiller les emploie à répertorier l’offre disponible et la demande potentielle, sur la région Basse Normandie. Il commence par adresser un questionnaire à l’ensemble des structures d’enseignement artistique, publiques ou associatives. Cela lui permit de connaître les attentes satisfaites et celles en souffrance, les besoins en formation et les collaborations déjà existantes entre les écoles de musique, les compagnies de danse ou de théâtre et les établissements spécialisés. Fort de ces informations récoltées, il put constituer un fichier de personnes ressources tant en musique qu’en danse ou en théâtre. Puis, il alla à la rencontre des établissements spécialisés et des associations représentatives des personnes en situation de handicap, afin de faire ensuite le lien. « C’était drôle de voir les réactions, les inquiétudes : comment un conservatoire, haut lieu d’excellence, peut-il proposer des activités adaptées pour des publics handicapés ? Je crois qu’on véhicule encore des vieux réflexes. La réponse que j’apportais : le mieux, c’est que vous veniez tester. Venez au conservatoire, venez au concert, vous faites votre propre analyse et vous vous inscrivez sur le long terme ou non. » Le centre de ressources avait pour vocation de recevoir les personnes ou les familles et de les accompagner dans leur projet, en mettant en adéquation leur demande et l’offre du conservatoire ou de la structure partenaire.


L’action du Conservatoire

Si l’un des objectifs du Centre de ressource consistait bien à identifier les partenaires sur le territoire régional, il s’agissait aussi d’utiliser pleinement le potentiel du Conservatoire. Progressivement, Laurent Le Bouteiller élabora quatre offres de service. La première permet une inscription dans un cours individuel ordinaire, dans le cadre d’un cursus adapté (qui permet d’étaler l’apprentissage d’un instrument sur une plus grande période) ou non : quinze élèves participent ainsi actuellement à diverses classes. La seconde offre se présente sous la forme de cours collectifs de dix séances d’une heure gratuite : seize établissements du secteur médico-social (IME, ITEP …) et classes spécialisées de l’éducation nationale (CLIS, ULIS …) en bénéficient aujourd’hui, soit 142 élèves. Troisième possibilité, l’inscription à 36 séances individuelles adaptées, calquées sur les semaines de l’année scolaire. La pédagogie qui y est proposée s’affranchit de toute idée de résultat et de performance, partant de ce que l’enfant est en capacité de réaliser. Ce qui est privilégié, c’est avant tout l’aspect psychoaffectif et éducatif et la dimension du plaisir. A ces cours se rajoute la découverte du cadre bâti : monter sur une scène, découvrir les loges... Un conservatoire est un lieu extrêmement vivant. Il se passe toujours quelque chose : des techniciens qui montent des plateaux, ajustent le son ou l’éclairage, des accordeurs de piano qui règlent les instruments... Les personnels se montrent très disponibles, s’arrêtant de travailler pour expliquer leur métier, décrivant le fonctionnement des consoles, proposant de manipuler…


L’offre de spectacles

Enfin, la dernière activité possible concerne le parcours découverte qui se déroule sur deux heures, le mercredi soir : il s’agit d’aller écouter la répétition de l’orchestre symphonique composé d’élèves. Le professeur explique aux enfants ce qu’il est en train de faire et leur propose de se tenir auprès des différents instruments, au cours de la séance, afin qu’ils observent de plus près les gestes du musicien, qu’ils perçoivent les sons émis et ressentent l’émotion de la musique produite. Aujourd’hui, c’est 130 personnes en situation de handicap, enfants comme adultes, qui fréquentent ainsi chaque semaine le conservatoire (soit 8 % de l’ensemble des élèves). Le coût de l’inscription a été adapté aux ressources limitées des bénéficiaires de l’allocation d’adulte handicapé : un tarif de 54 euros a été décidé pour une fréquentation à l’année. Mais le Centre de ressource cherche aussi à encourager la fréquentation des spectacles culturels proposés tout au long de l’année. En 2011, trois cents personnes sont venues assister aux concerts du cycle de découverte de l’orchestre du Conservatoire. Le théâtre de Caen, a proposé 22 places pour l’opéra de Verdi La Traviata. Onze places ont été proposées pour des jeunes venant d’IME, onze autres l’étant pour un foyer d’adultes porteurs de handicap. « Tout un travail préalable a été assuré pour expliquer l’œuvre, l’intrigue et les règles de l’opéra » explique Laurent Le Bouteiller.
Trois constantes traversent l’action du Centre de ressource : la rencontre entre des artistes non familiarisés avec le handicap et des professionnels d’établissement spécialisés dont la pratique artistique n’est pas le métier ; l’importance du réseau mettant en synergie les compétences de partenaires pouvant être éparpillés aux quatre coins de la région ; la valorisation du plaisir, du désir, et de l’épanouissement, opposée à la recherche de la seule performance, de résultats évaluable et de normes d’apprentissage. Autant de conceptions qui ne peuvent que se marier harmonieusement avec les fondements de l’action socio-éducative.


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En classe avec Laurent Le Bouteiller

Ce jour-là, ils sont douze à se présenter dans la classe de Laurent Le Bouteiller. C’est une classe ULIS d’un collège de Caen. Il y a l’inévitable élève plus timide et celui qui se montre plus hardi. L’enseignante est vigilante à éviter tout dérapage, n’hésitant pas reprendre le comportement de l’un ou à exiger de l’autre qu’elle enlève sa veste. Laurent commence son atelier en sollicitant chacun. La pédagogie est active. Peu de théorie abstraite. Les élèves sont très vite invités à manipuler des instruments, à se mettre en situation, à participer concrètement. Les réticences tombent, les hésitations s’estompent, les dispersions disparaissent. Les enfants se concentrent et prennent un plaisir apparent à l’atelier. C’est déjà terminé réagit l’un d’entre eux, d’un air déçu à la fin de la séance. C’est vrai que Laurent Le Bouteiller dispose d’un instrumentarium particulièrement fourni auquel a travaillé Bernard Rétif le professeur chargé de la classe d’informatique musicale du Conservatoire. Que d’instruments curieux et originaux comme ce Bao-Pao (sorte de harpe laser comportant deux faisceaux qu’il faut couper régulièrement, pour moduler une mélodie préenregistrée), ce plancher vibrant (des haut-parleurs, fixés sous une plaque de contreplaqué reposant sur une dizaine de balles de tennis, permettent aux personnes placées sur cette surface de percevoir les vibrations émises par la musique), ce souffleur numérique (clarinette électronique réagissant au moindre souffle et au simple frôlement des touches), ce Handsonic (djembé électronique produisant un son, dès le premier frôlement), ce ruban résistif collé sur un manche (réagissant dès qu’on l’effleure du doigt), ce Magix music Maker (logiciel permettant de construire une suite musicale, à partir d’extraits d’instruments et de style librement sélectionnés), ce Starnav (logiciel remplaçant une souris par le déplacement de la tête filmé par une simple webcam), ou encore cet étonnant Térémine (appareil inventé par Monsieur Térémin, en 1917, et captant des ondes terrestres que l’on peut faire varier en tonalité et en intensité, en montant et en abaissant la paume de la main au dessus de ses deux antennes). Mais bien d’autres outils ont été inventés par d’ingénieux concepteurs et peuvent être utilisés par des personnes n’ayant comme seule possibilité parfois, pour jouer de la musique, qu’un souffle très affaibli ou le seul gros orteil (voir encadrés suivants)

 




Le plancher musical

Le plancher musical se présente sous la forme d’un damier de 64 cases (de 30 cm sur 30 cm) munies de capteurs activés par simple pression. Un programme informatique génère douze sons proches du quotidien mais stylisés, inspirés de la nature (cloche, flûte, vent, oiseau, goutte d'eau, cristal, bâton de pluie, bille, feuille sèche, clochette). Les séquences sonores proposent le souffle, la percussion, le frottement, le rebond, le roulement, le craquement … sans jamais se reproduire à l'identique. Chaque case a été conçue par un plasticien différent, en alternant cinq couleurs et douze symboles graphiques. Jeux de pieds, jeux de mains, jeux de découvertes, jeux collectifs… l'utilisation pédagogique peut partir du simple exercice d'exploration, jusqu’à la réalisation d'un véritable morceau "espace/son", mettant en jeu les capacités de mémoire, de décision, d'association et de structuration dans le temps. Conçu en 1995, par Agnès Poisson, compositrice et Daniel Bisbau technicien concepteur, il est facilement transportable.
Site : www.preludes.info
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Tapis sensitif et « Réactable »

C’est dans le cadre de l’atelier sensoriel de l’IME de Vaux qui accueille de jeunes atteints d’autisme profond, que Mélanie Païola, musicothérapeute et Frédéric Deslias, metteur en scène et informaticien ont conçu deux outils alliant l’informatique à l’art, l’expression musicale au champ tactile : le tapis sensitif et le « Réactable ». Le tapis sensitif permet de créer une interaction entre différentes matières et sons. En passant la main sur une surface recouverte de formes (texture rugueuse ou douce, rase ou épaisse, courte ou longue) et de couleurs diversifiées, le toucher génère des sons aléatoires, grâce à un logiciel pouvant synthétiser des centaines d’harmonies. Le « Réactable » se présente sous la forme d’une tablette graphique horizontale. En posant des volumes de formes et de couleurs différentes, on fait apparaître une image représentant un lapin, un hérisson, un parapluie etc… associé à un son. Le glissement des volumes provoque le déplacement des images correspondantes et leur rencontre produit un concert de grognements.
Site : http://leclairobscur.net
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Orgue sensoriel

C’est à la suite de la sollicitation de son frère Fabrice, éducateur spécialisé, qui lui demandait régulièrement d’organiser des concerts pour les personnes en situation de handicap, que Mickaël Fourcade, facteur d’orgues, imagine un instrument original qui permettrait de capter toute forme de geste, tout signe d’expression gestuelle et de s’adapter aux capacités particulières qui correspondent aux différentes déficiences, pour les traduire en musique. Il conçoit un appareil qu’une flexion du doigt, un appui du menton, une rotation du pied ou un souffle peut enclencher. L’Orgue Sensoriel se présente sous la forme d’une mallette informatique connectée à un assortiment de capteurs (tapis, touches rondes, soufflet, laser). Qu’ils fonctionnent comme déclencheurs ou variateurs, ces interrupteurs déclenchent des sons, des morceaux de musique, des mélodies. En 2004, Mickaël Fourcade crée l’association Son & Handicap pour utiliser l’Orgue Sensoriel, en collaboration avec des bénévoles et encadré par un comité de spécialistes (ergothérapeutes, psychomotriciens, éducateurs spécialisés).
Site : www.orguesensoriel.com
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Meta-Malette

L’association Puce Muse a élaboré un dispositif de musique par ordinateur dénommé Méta-Mallette. Cet outil offre la possibilité de découvrir, à travers plusieurs jeux/logiciels téléchargeables gratuitement sur internet, différentes techniques de synthèse visuelle et de transformation audio. Au même titre qu’il offre un registre graphique, il met à disposition des palettes sonores, l’un et l’autre pouvant être commandés par de simples joysticks. Des pressions successives permettent de faire défiler les formes sonographiques programmées, en faisant varier la tonalité et la vitesse (accélération, ralentissement, retour en arrière). Contrairement à de nombreux instruments de musique nécessitant un long entraînement avant d’obtenir un son agréable, la Meta Malette sonne bien très rapidement. Le plaisir de faire accompagne dès le début la pratique de cette musique ludique, créative, et conviviale. Ces instruments logiciels peuvent être utilisés dans de multiples contextes, depuis l'animation ludique à la pédagogie, du spectacle de rue à l'audition en salle.
Site : www.pucemuse.com Courriel : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

 




L’acaJOUET

Pour se mouvoir dans la vie quotidienne, les personnes déficientes visuelles sont obligées d’être absolument concentrées sur ce qu’elles perçoivent de ce qui les entoure, et de s’y adapter. Elle ne sont donc pas du tout habituées à travailler à partir de ce qu’elles perçoivent de ce qu’elles font, ni à partir de leurs sensations. L'acaJOUET est un outil créé par la danseuse et chorégraphe Delphine Demont et développé par l'association Acajou, qui permet justement de travailler avec précision, sur la représentation d’un corps en mouvement dans l’espace. Elle propose aux personnes mal voyantes d’inscrire sur une partition en trois dimensions, à partir d’un code d’écriture en relief et en couleurs, le système d'inscription de la danse Laban qui identifie et répertorie précisément chaque geste et chaque posture. L’acaJOUET donne la possibilité d’affirmer la latéralisation et la coordination des mouvements, de se représenter ses déplacements dans l’espace ainsi que sa relation à l’objet ou à l’autre et de construire un schéma corporel précis.
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Lire le compte-rendu de colloque: Handicap - Accès à la culture
Lire l'interview: Viallefond Magalie - MESH (Val dOise)

 

Jacques Trémintin - LIEN SOCIAL ■ n°1067 ■ 21/06/2012

 
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