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Refaire la cité Version imprimable Suggérer par mail


« Refaire la cité. L’avenir des banlieues »
KOKOREFF Michel et LAPEYRONNIE Didier, Ed. du Seuil, 2013, 112 p.

Les quartiers populaires qui ont été massivement construits entre 1950 et 1970, pour répondre à la crise du logement, regroupaient des habitants issus tant des milieux populaires que des couches moyennes. La crise qui les frappe aujourd’hui a connu trois âges successifs. A compter des années 1970, les conditions sociales se dégradant, le chômage augmentant et les formes traditionnelles d’organisation se délitant, se développent des conduites instables. Au début des années 1980, l’effondrement de la confiance dans les institutions provoque des émeutes urbaines s’en prenant notamment aux installations symboles de l’amélioration des conditions de vie. Les incivilités explosent, le trafic de drogue se répand, l’économie souterraine se structure. Le troisième âge correspond, à l’aube des années 2000, au processus de ghettoïsation, les quartiers se refermant progressivement sur eux-mêmes, aboutissant à la situation actuelle marquée par l’omniprésence de l’islam, des femmes soumises au machisme, des jeunes sans espoir happés par divers trafics, des habitants harcelés par des bandes, des territoires échappant à la République. La relégation, la ségrégation et l’isolement constituent à la fois une cage dont les individus voudraient s’échapper et un cocon qui les protège. Pour autant, il ne faudrait pas tomber dans une généralisation abusive : tous les quartiers ne sont pas des supermarchés de la drogue où les conflits se règlent à coup de kalachnikov. Si certains d’entre eux souffrent massivement de la paupérisation et de la violence, de la marginalisation et de la logique d’enfermement, d’autres ne s’en sortent pas si mal, grâce au tissus associatif, à la présence d’équipements publics et au développement de moyens de transport leur permettant de s’ouvrir sur l’extérieur. On peut donc y trouver une ambiance particulièrement dégradée et tendue, qu’agréable et paisible. Reste une constante qu’ils partagent tous : le seul moyen d’expression politique est l’émeute. Deux revendications ressortent systématiquement de ces révoltes : la dénonciation des violences policières et la demande de respect et de dignité. Les solutions apportées depuis quelques années ont privilégié des programmes de démolition/reconstruction, sans pour autant s’attaquer au fond des difficultés. Trop souvent perçus comme un problème, ces habitants ne le sont pas assez comme une ressource. Si le désespoir pèse lourdement sur ces quartiers, ceux-ci regorgent aussi de vitalité et de compétences. Leur avenir passe par moins de répression et de politique sécuritaire et plus de lutte contre les discriminations qui les étouffent. Il faut faire bien plus de place à la société civile, aux associations et au pouvoir d’agir des citoyens qui y résident.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1101 ■ 11/04/2013

 

 
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