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L’aide sociale à l’enfance Version imprimable Suggérer par mail


« L’aide sociale à l’enfance. Du compassionnel au professionnel »
LEFEBVRE Gérard, Ed. L’Harmattan, 2012, 212 p.

Les ouvrages portant sur l’Aide sociale à l’enfance se contentent souvent d’une énième présentation de ce dispositif complexe et parfois difficilement compréhensible, pour le profane. Gérard Lefebvre nous propose ici une étude à la fois fouillée et distanciée qui fait place tant aux racines historiques de cette vénérable institution, qu’à son devenir possible, en passant par les enjeux actuels. La finesse de l’analyse et de la prospective qu’il déploie en fait un ouvrage d’une grande pertinence. Plonger dans l’histoire permet de faire remonter la prise en charge des enfants trouvés à la création du premier hospice qui leur fut destiné, à Angers, en 634. Mais, c’est entre les 13ème et le 16ème siècle que l’on retrouve les racines des fonctions encore présentes aujourd’hui : l’appel aux nourrices (assistantes familiales contemporaines), des attestations de bonnes mœurs délivrées par le curé pour les « nourrisseurs » (préfigurant l’agrément moderne) ou les recteurs-visiteurs chargés d’aller rencontrer les enfants placés (ancêtres des référents ASE). Si la diversité des modes d’accueil a toujours cherché à s’adapter, en oscillant constamment entre la nécessité et le besoin, l’ordre et la révolution, le religieux et le laïc, la compassion et le jugement, le contrôle et la liberté, l’auteur identifie néanmoins trois paradigmes distincts qui se sont succédés, dans le temps. Celui de la pitié, tout d’abord, centré sur ces enfants abandonnés par leurs parents, dont la société organise le recueil. Celui du contrôle social des familles, ensuite, l’État se donnant les moyens d’aller vérifier l’adéquation des pratiques parentales d’élevage avec les normes en vigueur. Ce modèle « colonial » prétend imposer de l’extérieur la bonne manière d’éduquer et peut sanctionner son non-respect par un retrait de l’enfant. Le troisième paradigme fait référence à l’enfant et à ses parents comme acteurs et sujets de droit. Les uns et les autres sont dorénavant écoutés, associés, considérés comme interlocuteurs à part entière, ayant son mot à dire. Les dernières évolutions de l’ASE sont longuement décortiquées par l’auteur, que ce soit la phase de centralisation et le relais pris par les Conseils généraux, l’application de la loi de 2007 et les mutations qu’elle a impulsées : préconisation de bonnes pratiques, subsidiarité de l’intervention judiciaire sur l’action administrative, collaboration avec les familles. Gérard Lefebvre esquisse les scénarios, en imaginant l’ASE, à l’orée de 2040 : statut quo, avec quelques ajustements ponctuels à la marge, disparition de ce service en tant que spécificité, par absorption dans un dispositif plus global enfance famille ou bien un processus d’adaptation permanent.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1103 ■ 25/04/2013

 

 
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