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J’ai habité dehors Version imprimable Suggérer par mail


« Longtemps, j’ai habité dehors. De la DASS à la rue, de la rue à la vie »
DUMONT Elina, Ed. Flammarion, 2013, 252 p.

Après des années de galère, la voilà sur une scène de théâtre, son récit de vie faisant aussi l’objet d’un bel ouvrage. Pour la protéger contre une mère alcoolique et violente, elle est placée, à l’âge de deux ans, dans une famille d’accueil du Perche. Elle y est aimée. Enfant, elle est agressée sexuellement par des jeunes. Elle n’en parlera jamais. A l’adolescence, rien ne va plus : elle a fini par haïr la campagne et ses vaches et détester l’autorité de cette femme qui n’est pas sa mère et qu’elle appelle pourtant maman. Revenue de nulle part, partie de partout, désirée de personne, qui aurait parié sur l’avenir de cette jeune fugueuse « de la DASS » décidant, à dix huit ans, de monter sur la capitale, sans un sou en poche ? Une fois sur place, ses illusions s’envolent. Se retrouver à la rue, c’est constamment convoquer la débrouille : vivre avec plusieurs couches de vêtements, pour se protéger de l’autre ; se débattre pour que personne n’entre dans son espace vital ; exister comme un animal traqué ; vouloir rarement ce qui est disponible mais toujours ce qui ne l’est pas : un boulot, un lit, à manger ; attendre la fin du marché pour récupérer les fruits gâtés ; fréquenter des foyers d’accueil d’urgence… Dans l’errance, ce qu’elle craignait le plus ? Pas tant de dormir dehors : elle passe alors ses nuits en discothèque et (accepte l’invitation d’inconnus qu’elle y rencontre, qui lui offrent un lit contre une relation sexuelle. Pas forcément, non plus, la déchéance. Quand la pression de la rue était trop forte, elle se « rendait minable », absorbant drogue et d’alcool et attendant les pompiers, pour se faire hospitaliser. Non, c’était cette pluie qui la transperçait. Pas de rechange, ni de vêtements secs. Juste des tremblements qui s’installaient pour longtemps. Cette odeur animale de chien mouillé qui s’en dégageait et ce moisi dérangeant qui faisaient se retourner les gens, avec un air dégoûté. Plusieurs tuteurs de résilience vont permettre à Elina Dumont de s’en sortir. Des rencontres fortes, une psychothérapie suivie pendant vingt ans, ce dentiste qui s’attelle à lui soigner les dents gratuitement, cette éducatrice -Marie-Claude- qui ne l’a jamais lâchée. Et puis, il y a le théâtre. Une première expérience dans une troupe composée, comme elle, de gens de la rue, jouant les Bas fond de Gorki. Puis quinze ans après, un spectacle, au théâtre Bourvil qu’elle loue chaque soir et où elle se retrouve seule sur scène. Elle y déroule son enfance, décrit son adolescence, détaille ses rencontres, joue les personnages qu’elle a croisés. A travers sa propre vie mise en spectacle, c’est de la rue dont elle parle. (Si elle a pu se stabiliser et se payer son propre appartement, il lui a fallu du temps pour accepter de dormir sous un toit et d’investir sa salle de bain.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1103 ■ 25/04/2013

 

 
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