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La révolution sécuritaire Version imprimable Suggérer par mail


« La révolution sécuritaire (1976-2012) »
BOURGOIN Nicolas, Ed. Champ Social, 2013, 211 p.

Si l’on excepte l’analyse crypto-marxiste accusant les classes dominantes de remplir les prisons, dans le seul but de réguler le marché du travail, ou la curieuse remise en cause de l’identification du Niqab à l’obscurantisme religieux, Nicolas Bourgoin nous propose dans cet ouvrage une remarquable démonstration de la manière dont notre société a totalement inversé son approche de la délinquance. Cette révolution conservatrice s’appuie sur un double mouvement : d’un côté, le recul de la sécurité sociale lié à la forte augmentation du chômage et de la précarité et, de l’autre, une politique pénale sécuritaire élevée au premier rang de la préoccupation de l’État. En l’espace de vingt ans, la procédure pénale a été réformée pas moins de quatre vingt dix fois, l’incarcération devenant la réponse principale face à la violence et les populations marginalisées et paupérisées étant placées sous tutelle policière et judiciaire. Ce mouvement a été légitimé par un discours politique et médiatique mobilisant des structures normatives et un référentiel cognitif récurrent : essentialiser la délinquance des mineurs, stigmatiser les jeunes issus des quartiers populaires, privilégier l’approche comptable des flux carcéraux, diffuser des informations alarmistes, durcir et accélérer les procédures judiciaires, resserrer les filets policiers, etc… Avec le quasi triplement de la population carcérale, entre 1975 et 2012, s’est inversée la longue tendance de baisse du nombre de prisonniers, inaugurée dès le début de la troisième république. Rien qu’entre le 1er septembre 2001 et le 1er novembre 2012, les personnes sous écrou sont passées de 47.000 à 77.200, alors que dans le même temps le volume de la criminalité baissait de 51,7/1000 habitants à … 34,7 ! En cause, le durcissement du code pénal où nombre d’infractions contraventionnelles ont été transformées en délits punissables d’emprisonnement, la multiplication des circonstances aggravantes et l’instauration des peines planchers (automatisant l’incarcération à la troisième infraction quelle que soit sa gravité). Rien d’étonnant, dès lors, que l’augmentation de la durée moyenne de détention aie atteint 10,1 mois en 2012 (contre 4,4 mois en 1975) et que le nombre de réclusions supérieures à vingt ans aie presque doublé : 2.291 en 2011, contre 1.252 en 2000. Progressivement, la philosophie pénale a glissé d’une approche globalisante dans les années 1980, à une approche individualiste dans la décennie suivante, pour se focaliser actuellement sur la surveillance des populations dangereuses. L’effondrement du niveau de violence s’accompagnant d’une sensibilité exacerbée face à celle qui perdure, le mythe de l’impunité reste tenace, la répression semblant la seule efficace, le traitement des causes sociales et la réhabilitation étant réduit à la culture de l’excuse.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1122 ■ 17/10/2013

 

 
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