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L’économie sociale et solidaire Version imprimable Suggérer par mail


« Les enjeux hybrides de l’économie sociale et solidaire. De la reconnaissance d’un tiers secteur »
COURTOIS Laurent (sous la direction), Le Sociographe hors série 5/2012, Ed. Champ Social, 311 p.

Vouloir faire de l’entreprise autre chose qu’une machine à gagner de l’argent : voilà l’ambition de l’économie sociale et solidaire qui revendique de placer l’être humain au coeur de ses préoccupations, favorisant le processus démocratique de gestion et une finalité reliée à ses membres ou aux intérêts de la collectivité. La démarche n’est pas nouvelle, coopératives, mutuelles, associations existant depuis le 19ème siècle. Mais, son essor a pris une autre dimension depuis l’explosion de la paupérisation, de l’exclusion et du chômage de masse. Cette autre manière de produire des biens et des services peut-elle constituer une alternative face à une économie de marché dominée par un capitalisme financier tournée vers la seule et unique rentabilité et l’incessante recherche de profits ? C’est la question que pose le Sociographe, avec le brio et le talent qu’on lui connaît, en plaçant en perspective les apports, mais aussi les contradictions de ce tiers secteur placé entre l’État et l’entreprise privée lucrative. Première tension, celle qui oppose le travail social, acculé au seul traitement social du chômage, et l’économie sociale et solidaire soupçonnée d’être le cheval de Troie du désengagement de l’État social. Seconde contradiction, celle qui met face à face des bénévoles, par essence amateurs (représentant 22 à 23% de la population et 900.000 équivalents temps plein) et des professionnels reconnus pour leurs compétences techniques. Les premiers occupent les places de pouvoir dans les Conseil d’administration, quand les seconds se consacrent au terrain. Troisième paradoxe, l’interpénétration du tiers secteur et du secteur privé. Les objectifs d’efficience imposés par l’État aux structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) se traduisant par des exigences de sortie durable vers l’emploi, leurs directeurs recrutés de plus en plus sur des compétences managériales incitent au recrutement de personnes les moins en difficulté susceptibles de satisfaire les statistiques de « réussite ». Les entreprises privées, de leur côté, sont de plus en plus tentées d’encourager le volontariat de leurs salariés, en escomptant tant des retombées marketing que l’amélioration de la motivation et donc de la productivité interne. Quatrième singularité, le dumping exercé par certaines structures d’insertion qui, subventionnées à 70%, peuvent emporter des marchés au détriment des entreprises privées concurrentes, privant du même coup de toute débouchée le personnel qu’elles sont sensées insérer dans un emploi relevant du droit commun. Reste une approche de l’économie fondée sur des valeurs privilégiant l’émancipation, l’éthique et la redistribution des richesses, que l’on ne peut que plébisciter, parce qu’en cohérence avec les fondements du travail social.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1137 ■ 20/03/2014

 

 
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