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ESAT / OTOS (13) Version imprimable Suggérer par mail


Reconnaître les savoirs faire professionnels des ouvriers handicapés des ESAT.


Proposer une offre de formation adaptée aux modes d’apprentissage différents et variés d’un public porteur de handicap : telle est l’ambition d’OTOS, une association émanant d’un groupe d’ESAT.

 


Depuis 1965, les Établissements et services d’aide par le travail (encore appelés, alors, Centres d’aide par le travail) du département des Bouches du Rhône sont regroupés au sein de « CoopSoc », une coopérative proposant un interlocuteur unique aux donneurs d’ouvrages souhaitant s’adresser au secteur du travail protégé. Cette culture de la coopération bien enracinée, puisqu’elle perdure depuis près de cinquante ans, a servi de terreau fertile à la concrétisation du projet de mise en oeuvre de la formation continue pour les travailleurs avec handicap. Car, si les ESAT ont bien pour fonction première la production de biens et de services, l’autre mission toute aussi importante qui leur est dévolue relève du soutien médico-social et éducatif, au premier rang duquel se trouve la promotion des actions de maintien et d’approfondissement des acquis scolaires et professionnels. C’est donc, tout naturellement, qu’à l’orée des années 2010, l’association de la Sauvegarde propose à diverses structures de formation de la région un conventionnement. Il s’agissait à la fois de concevoir des programmes adaptés aux travailleurs avec handicap des établissements adhérents et de négocier à la baisse de leur coût. Les refus essuyés successivement incitent la Sauvegarde, bientôt suivie par huit autres associations, à créer en 2011, une plateforme mutualisée, petite sœur de CoopSoc, destinée à suppléer la carence constatée : « OTOS 13 Formation ». Le sigle est la fusion entre « auto» (soi même) et « nomos » (la loi) : exprimer sa motivation, ses désirs, ses besoins, agir sa citoyenneté. Tout un programme ! Les refus essuyés successivement incitent l’association.


Une formation ajustée


S’il n’est guère facile pour un formateur professionnel, habitué à travailler avec un public valide, de concevoir un contenu de formation adapté à un public travaillant en ESAT ou en situation de fragilité, cela ne l’est pas plus pour une jeune association qui se lance dans une telle entreprise. Claire Balloteaud, responsable de formation directrice technique, explique la méthode qu’elle a adoptée pour concevoir les modalités de stages : « le mieux est de prendre un exemple. Pour ce qui est de la formation complémentaire autour du débroussaillage, nous avons sollicité trois moniteurs d’ateliers et une psychologue issus de trois établissements différents. Nous les avons réunis, pendant cinq mois, avec les formateurs d’OTOS pour élaborer un contenu qui soit à la fois accessible et qui puisse répondre aux exigences du registre national des certifications et des compétences ». C’est cette construction en commun qui permet de partir non de représentations abstraites, mais des demandes du terrain et de l’identifier tant les connaissances déjà acquises que des manques à combler. « Cette réflexion nous a donné la possibilité de connaître le savoir-faire accumulé depuis des années dans la pratique de la taille, de la tonte ou de l’utilisation en sécurité d’une débrousailleuse rotofil, mais aussi des connaissances à approfondir quant aux noms de végétaux, des outils ou des saisons de l’année nécessitant les différentes opérations ». En adéquation avec les besoins identifiés, cette formation a pu répondre aux attentes et permettre ainsi la pleine satisfaction et la réussite de la démarche d’apprentissage des participants.


Des experts


Cette souplesse et cette capacité d’adaptation, c’est exactement ce qui est demandé aux formateurs recrutés par OTOS 13. Ici, pas de permanents polyvalents pouvant assurer une formation sur tous les thèmes. Ce que l’on recherche c’est une expertise correspondant à une connaissance fine du sujet traité et une capacité d’adaptation de sa pédagogie au public concerné. On est plutôt dans du « sur-mesure » que dans du « prêt-à-porter ». Cela n’a pas été simple de constituer le vivier de ces intervenants vacataires qui viennent assurer un stage, ponctuellement, avant de reprendre leur activité habituelle. Issus du terrain et/ou connaissant particulièrement bien le thème sur lequel on les sollicite, ils sont rares et précieux. Les formations ont été différées plutôt que d’y répondre sans avoir la garantie de pouvoir assurer leur qualité. Ce n’est pas parce que le public est plus vulnérable qu’il faut se montrer moins exigeant sur la prestation. Tout au contraire, l’accent est mis sur la compétence technique et pédagogique des formateurs qui sont unanimes à reconnaître que, déstabilisés par les difficultés de compréhension ou de concentration de leurs stagiaires, il leur faut s’ajuster en permanence et se remettre en cause : c’est à eux de se rendre accessibles. Expérience originale et très formatrice, si l’on en croit leur témoignage et leur enthousiasme à revenir ! Cette exigence est un choix éthique de l’association. Mais elle est aussi rendue possible par sa dimension coopérative et non lucrative. La rentabilité n’est pas un enjeu immédiat.


Une large palette


Le catalogue d’OTOS s’est étoffé, au gré des commandes. Des formations en interne ou en externe sont ainsi structurées, en étroite collaboration avec les équipes éducatives. Quatre domaines sont bien identifiés. Premier domaine proposé : la compétence professionnelle. Que ce soit en blanchisserie (circuit du linge), en espace vert (initiation à la botanique, à la taille ou à la maçonnerie paysagère, mais aussi conduite de tondeuse autoportée ou utilisation de matériel à moteur), en restauration (méthode HACCP ou service en salle), ou encore en conditionnement et logistique (maniement de transpalette ou norme, qualité et sécurité de la palettisation…), les cycles de deux à cinq jours ont pour objectif de renforcer l’adaptation au poste de travail. Le catalogue propose aussi une formation à la sécurité (prévention et gestes de premier secours…). OTOS vient, en outre, d’être habilité par UNIFAF (OPCA de la Branche sanitaire, sociale et médico-social) pour conduire également des bilans de compétences. Mais, la formation continue assurée par OTOS ne se limite pas aux besoins productifs des Établissements et services d’aide par le travail ou des Entreprises adaptées. Elle s’adresse, tout autant, à l’implication dans la vie sociale des travailleurs handicapés. Il s’agit aussi bien de proposer de développer les compétences en informatique (apprentissages des programmes window, de la photo numérique, d’internet ou des réseaux sociaux…), en communication (mieux se connaître, vie affective et sexuelle, ce que sont la curatelle et la tutelle…), en prévention routière, en santé, mais aussi en développement personnel (esthétique, musicothérapie, sophrologie …).


Reconnaissance des compétences


L’objectif d’OTOS 13 ne se centre pas uniquement sur le seul épanouissement individuel de ses stagiaires. Il s’agit aussi de faire reconnaître leurs savoirs faire professionnels. C’est pourquoi le temps de formation est distingué du temps de certification. A la fin de certains stages, le choix est fait de confronter les stagiaires à un jury, composé du formateur et d’un professionnel extérieur. Il leur est alors remis une attestation justifiant qu’il a validé telle ou telle compétence. Dans le cadre d’une politique générale de développement des qualifications, l’État a décidé de faciliter l’obtention des titres professionnels, en les déclinant en unités de valeurs, elles-mêmes composées des compétences, des aptitudes et des connaissances nécessaires à la capacité technique envisagée. La voie royale de l’examen final, venant sanctionner la formation initiale, n’a pas disparue. Elle a simplement été complétée par la possibilité d’obtenir des réussites partielles par la voie soit de la formation continue, soit de la validation des acquis de l’expérience. Le candidat se voit attribuer un livret où seront inscrits, au fur et à mesure et tout au long de son parcours, ses certificats de compétences professionnelles. Et c’est justement sur ce dispositif que s’appuient OTOS 13, quand il propose ses stages de formation continue. Certains stagiaires devront se contenter de la reconnaissance de compétences spécifiques, quand quelques uns pourront envisager l’obtention d’un titre professionnel complet. Peu importe, chacun chemine à son rythme, l’important étant de progresser.


Bilan d’étape


Après quatre ans d’existence, y a-t-il eu un effet OTOS ? Oui, affirme son Président, Antoine Peraldi (par ailleurs directeur du pôle travail protégé de l’association Sauvegarde 13) : « sur les trente cinq ESAT de notre département, il n’y en avait pas plus que quatre ou cinq qui proposaient une formation continue à leurs travailleurs handicapés. Son financement ne rentrant pas dans la dotation globale accordée par les ARS, mais dépendant des ressources provenant de la vente de la production, ce n’est pas toujours facile de dégager les budgets nécessaires. Et comme beaucoup d’établissements sont de petites tailles, cela limite d’autant leurs marges de manœuvre. Pourtant, on constate une nette évolution depuis la création d’OTOS 13. D’une quinzaine d’intitulés de stages en 2011, nous en sommes arrivés à soixante cinq, l’an dernier. Rien que dans les ESAT de mon association, on est passé de cent cinquante demandes de formation continue à trois cent vingt. » Plusieurs raisons à cette évolution. D’abord, le coût qui a pu être abaissé de 25 %, par rapport aux tarifs pratiqués par les structures de formation extérieures. Ensuite, l’exemple de ceux qui ont bénéficié de cette formation incite leurs collègues à les imiter. Enfin, une démarche qui, loin de se limiter à la simple joue amélioration de l’efficacité du travail, joue un rôle essentiel dans la revalorisation de l’estime de soi des travailleurs handicapés. Et cela n’a pas de prix !

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Site: www.otos13formation.com

 


CoopSoc

Fondée le 29 juillet 1965, l’Association au statut de loi 1901 COOPSOC regroupe aujourd’hui, vingt neuf Établissements et Services d’Aide par le Travail, trois Entreprises Adaptées et deux Centres d’Hébergement et de Rééducation sociale du département des Bouches du Rhône. Soit plus de 2400 personnes, réparties sur trente sites, proposant trente métiers différents, de l'électronique à l'entretien d'espaces verts, de la cosmétique à l'imprimerie, en passant par les métiers du bois, à la restauration et à la blanchisserie.
www.coopsoc.fr

 

 


Ce que prévoit la loi

Le 16 juillet 1971, était promulguée la loi instaurant la formation professionnelle continue à laquelle tout salarié a droit. Tout employeur doit verser entre 0,40 et 0,90 % de la masse salariale de l’année précédente (selon qu’il emploie plus ou moins de dix salariés) à un Organisme Paritaire Collecteur Agréé, à charge pour cet OPCA de proposer des programmes de formation aux salariés des entreprises adhérentes. La personne avec handicap accueillie en ESAT n’a pas le statut de salarié soumis au Code du travail. Elle ne bénéficie donc pas d’un contrat de travail lui garantissant le bénéfice de la formation continue. Les ESAT sont incités à le faire, mais cela n’a pas de caractère obligatoire. La loi sur l’égalité des chances du 11 février 2005 privilégiant la promotion de l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées en général et le renforcement du droit à la formation professionnelle des travailleurs handicapés, en particulier, un certain nombre d’établissements s’y sont engagés. L’arrêté du 6 juillet 2007 leur permet de recevoir une compensation financière publique du double du montant de la cotisation qu’il verse à leur OPCA. L’article L344-2-1 du Code de l’action sociale et des familles ouvre largement le champ des possibilités de la formation continue : actions de préformation et de préparation à la vie professionnelle, d’adaptation et de développement des compétences, de promotion et de reconversion, de prévention, mais aussi d’acquisition, d’entretien ou de perfectionnement des connaissances, de bilans de compétences, de validation des acquis de l’expérience, d’accession à l’autonomie et d’implication dans la vie sociale.
JT

 

 

Jacques Trémintin - LIEN SOCIAL ■ n°1139 ■ 17/04/2014

 

 

 
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