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Les mineurs et jeunes majeurs isolés étrangers ont aussi des droits

En Loire Atlantique, des travailleurs sociaux se mobilisent pour mettre un terme au traitement de plus en plus discriminatoires réservés aux mineurs isolés étrangers.


L’Éducation nationale a refusé la scolarisation de Margareta en collège, l’orientant vers une classe allophone … qui a un délai d’attente d’un an. Les documents d’état civil d’Ismaël ont été confisqués par la police qui veut en vérifier l’authenticité, sans que ne lui soit remis un reçu pouvant servir de justificatif. Boubacar a le niveau pour préparer un Bac général. Le Conseil général, n’accepte de lui financer qu’un projet de formation courte de CAP en apprentissage. Rachid, qui a bénéficié d’un parcours en protection de l’enfance, n’a pu avoir de suivi jeune majeur. Il a reçu, comme cadeau d’anniversaire, un sac de voyage et un duvet. Il a rejoint un squat insalubre. La Préfecture refuse à Diallo son titre de séjour, en lui reprochant son manque d’intégration. Elle a émis à son encontre une Ordonnance de reconduite à la frontière. Pourtant, il a brillamment réussi son examen et a décroché une promesse d’embauche. La coupe est pleine. Les travailleurs sociaux de Loire Atlantique n’en peuvent plus du déni de justice auquel ils sont confrontés régulièrement. Ils crient leur colère, leur écoeurement et leur indignation. On leur a demandé, depuis dix ans d’accueillir, de protéger et d’accompagner des mineurs isolés étrangers. Ils l’ont fait avec bienveillance et efficacité. Puis, les conditions de cette prise en charge se sont progressivement dégradées. L’accès de ces mineurs au dispositif de protection de l’enfance s’est avéré de plus en plus restrictif et discriminatoire, chaque administration semblant redoubler de zèle dans l’arbitraire et la mauvaise foi. Elle voudrait décourager les jeunes et épuiser leurs accompagnateurs qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Les professionnels sont confrontés à un véritable parcours du combattant, pour mener à bien la mission qu’on leur a confiée. Et quand ils réussissent à finaliser l’intégration d’un public particulièrement attentif, assidu et réactif à l’aide qui lui est apportée, le couronnement de tous leurs efforts… c’est une décision d’expulsion du territoire français ! Ils sont une trentaine à se réunir régulièrement, depuis le mois de mai, dans un « Collectif Mineurs et Majeurs Isolés Étrangers 44 », bien décidés à ne pas rester passifs face aux dérives dont ils sont témoins, quotidiennement, qui les minent et les démoralisent. Ils viennent, à titre personnel, du Centre départemental enfance famille (dénomination du Foyer de l’enfance), du Centre René de Tréméac, du Foyer La Jaunaie, du CHRS le Gué, de l’association l’Étape Jeune, de la fondation d’Auteuil, du Dispositif d’insertion jeune de la Sauvegarde, du Cap Jeunes, du Point écoute jeunes l’Ancre, de l’institution Anjorrant ou de l’ARIFTS le centre de formation de travailleurs sociaux local. C’est bien la première fois qu’une telle mobilisation spontanée a lieu, dans un milieu pas vraiment réputé pour son implication dans l’action collective. Et ils le justifient très bien : « nous sommes là pour assurer l’intégration de ces jeunes et non pour les remettre à la rue avec comme seule perspective un accueil de nuit auprès de grands précaires », explose Marie qui a travaillé au 115. « Il est paradoxal d’exiger de ces mineurs une insertion sociale et professionnelle plus rapide que celle des jeunes français, au prétexte qu’ils sont étrangers » continue Karim éducateur dans un foyer. « Ce qui est incompréhensible, c’est l’arbitraire des décisions. On ne comprend pas pourquoi l’un bénéficie d’une mesure de protection de six mois, quand l’autre n’en a une que de trois mois : c’est vraiment la loterie » s’interroge Brigitte travaillant dans une autre structure. « Nous demandons simplement de pouvoir faire notre travail », explique Emmanuelle. « Ce que nous voulons c’est que la loi soit appliquée et qu’il n’y ait pas une protection de l’enfance à deux vitesses » Et d’énumérer leurs revendications : que le Conseil général accepte une scolarité conforme aux compétences du mineur et sécurise le parcours scolaire des jeunes majeurs jusqu’à leur diplôme, que la police restitue rapidement les papiers confisqués, que la préfecture prenne ses décisions dans un délai raisonnable et reconnaisse les efforts d’intégration. Demandes légitimes qui ne relèvent pas de mesures dérogatoires, mais de l’application d’un droit commun qui ne fasse pas prévaloir le statut d’étranger sur celui d’enfant. La mobilisation continue, avec l’envoi d’un courrier aux autorités politiques, administratives et associatives du département.

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Jacques Trémintin - LIEN SOCIAL ■ n°1151 ■ 13/11/2014

 
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