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La condition pénitentiaire Version imprimable Suggérer par mail


« La condition pénitentiaire. Essai sur le traitement corporel de la délinquance »
FERRI Tony et BRKIĆ Dragan, Ed. L’Harmattan, 2014, 159 p.

Que peuvent avoir à dire un professeur de sport et un philosophe, respectivement ancien et actuel Conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation sur ce milieu très particulier qu’est le monde carcéral ? Loin de remettre en cause la nécessité du traitement des délits, ils s’interrogent sur les effets d’aliénation, de dépersonnalisation et de dépossession des corps qu’impliquent les diverses modalités de la sanction pénale. Trois époques sont évoquées. L’ancien régime, tout d’abord, qui met en scène supplices et tortures. Effusion de sang, déchiquetage des chairs et éparpillement des morceaux de corps constituent alors des cérémonies solennelles et publiques destinées à marquer les esprits d’une empreinte indélébiles sensées dissuader le crime et combattre la récidive. La révolution va ensuite opérer une transformation majeure : il n’est plus question d’élimination biologique du corps des délinquants, mais de leur mise à l’écart du corps social. La prison n’est plus seulement un lieu d’attente du procès, elle devient un espace de relégation (bagnes ou prisons pour peines) où les condamnés sont éloignés de la communauté, tout en étant tenus à sa disposition. Les prisonniers s’y voient confrontés à la désespérance d’un horizon bouché. Tous leurs repères habituels s’évanouissant, ils subissent une dilatation du temps (qui pour être disponible à profusion, ne peut être utilisé à grand chose) et une contraction de l’espace (ce n’est pas le détenu qui aménage les lieux de détention mais ceux-ci qui disposent de lui). Les effets en sont connus : décrépitude du corps, vieillissement accéléré, infantilisation du comportement, déclin de l’intérêt pour autrui, renforcement du sentiment de l’inutilité, paralysie de la volonté, affaiblissement de la confiance en soi, perte du goût de vivre. Enfin, a été créée cette surveillance sous bracelet électronique qui a pu apparaître comme une alternative bien plus humaine. Pour les auteurs, il n’en est rien : si dans l’enfermement, les corps s’enchâssent dans la prison, ce nouveau dispositif s’encastre dans les corps. La surveillance s’installe au domicile privé et, fait intrusion dans l’intimité. Elle atomise le temps, le condamné s’essoufflant à rendre des comptes sur ses moindres déplacements. Partout où il va, le détenu emporte avec lui les barreaux de sa prison. Alors que les objets technologiques doivent être au service de l’être humain, le bracelet instrumentalise et recompose l’individu en véritable boite noire recevant des inputs et émettant des outputs. On est passé du sujet sans corps de l’enfermement au corps sans sujet du bracelet. Les deux auteurs ne se contentent pas de constater l’échec total d’une logique judiciaire marquée par l’inefficacité totale et l’inhumanité. Ils proposent un autre modèle fondé sur la réinsertion et la réhabilitation.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1155 ■ 22/01/2015

 

 
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