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Le salaire de la confiance Version imprimable Suggérer par mail


« Le salaire de la confiance »
WEBER Florence, TRABUT Loïc et BILLAUD Solène (sous la direction), Ed. d’Ulm, 2013, 366 p.

Aboutissement du travail d’équipes successives de chercheurs, entre 2008 et 2012, cet ouvrage propose un coup de projecteur tout à fait passionnant, non seulement sur un métier trop souvent négligé, celui de l’aide à domicile, mais aussi sur un processus qui a largement labouré ce secteur : celui de la libéralisation et de l’ouverture au privé. Tout commence par la conjonction de trois tendances de fond. La première tient dans la conviction voulant que la prise en charge de la grande dépendance ne doive plus relever de l’ère domestique, mais qu’elle doive être confiée à des professionnels. La seconde s’impose comme norme morale : le maintien à domicile doit primer sur l’institution. La troisième prétend qu’il pourrait y avoir extension indéfinie de la sphère du marché, sur la sphère publique. Conséquences spectaculaires : à l’orée des années 2000, le budget consacré à l’aide à domicile par les trois financeurs, que sont les Conseil généraux, la sécurité sociale et les familles, passe de 38 à 250 millions d’euros. De 2002 à 2009, le nombre d’usagers concernés progresse de 197.000 à 686.000. Sur la même période, les effectifs des professionnels intervenant à domicile connaissent une croissance de 10,7 % par an. L’ouverture à la régulation concurrentielle a vu émerger, aux côtés des CCAS et des traditionnelles associations familiales ouvrières ou catholiques, des entreprises commerciales, alignant progressivement le secteur sur un modèle industriel qui raisonne en terme de rentabilité et de rationalisation et non de bien-être de la personne et d’utilité sociale. Les aléas de la dépendance combinés à la vulnérabilité des personnes âgés ont incité les prestataires à précariser leurs employés, en leur proposant un volume minimal d’horaires, auquel se rajoutent des heures complémentaires, au gré des besoins qui s’évaluent, parfois quotidiennement. Autre effet pervers visible dans la formation professionnelle préparant au Diplôme d’État d’Auxiliaire de la Vie Sociale (que 62 % des intervenantes ne possèdent toujours pas) : la vision techniciste s’est imposée, au détriment de l’approche humaniste, privilégiant des pratiques et des modes d’intervention standardisés qui substituent le protocole à l’initiative et la conformité à la capacité d’adaptation sur le terrain. Les gestes spontanés et créatifs propres à tout métier relationnel sont récusés et disqualifiés, au profit d’une activité modélisée qui doit rentrer dans les normes exigées. La certification vise à produire des employées substituables les unes aux autres, sans que soient prises en compte l’incontournable rencontre et adéquation entre une personne âgée dépendante et son accompagnatrice. C’est à travers de multiples monographies, des enquêtes de terrain et de nombreux témoignages, que les auteurs nous font voyager, avec bonheur, dans cette singulière galaxie.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1157 ■ 19/02/2015

 

 
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