Philippe VAN MEERBEECK, éditions De Boeck, 2007, 201 p.
Philippe van Meerbeck nous propose ici une promenade intellectuelle tout
à fait intéressante sur la question de l’adolescence, en s’appuyant largement
sur sa formation de psychanalyste. Ainsi, même si l’auteur explique avec
sagesse que face au suicide d’un jeune, seule la victime est en mesure de
donner les raisons de son geste, il n’hésite pas à se prononcer avec beaucoup
moins de prudence sur nombre de comportements dont il situe l’origine d’une
manière très péremptoire. Restent des démonstrations d’une grande pertinence et
un discours tout à fait séduisant. A la puberté, explique-t-il ainsi, survient
un déferlement hormonal qui agit comme un véritable séisme sur l’organisation
psychique. Tout se qui s’est passé entre 0 et 6 ans se réveille massivement et
d’une manière extrêmement chaotique. Les filles doivent apprendre à découvrir
l’altérité, en recevant en elles le garçon, et en identifiant le pouvoir de
générer la vie au travers de cet enfant qu’elle sont dorénavant capables de
faire grandir dans leur ventre. Les garçons, quant à aux, doivent découvrir le
féminin tant chez les filles qu’en eux-mêmes, tout en affirmant leur virilité.
La quête de l’autre fonde alors une relation où l’on désire être désiré et où
l’on aime autrui pour ce qu’il révèle de soi. Tout cela n’est guère facile à
vivre. Ca l’est encore moins, dès lors que les adultes ne veulent pas lâcher
prise et qu’ils ne comprennent pas le mécanisme latent de détachement qui
s’opère. Le deuil de l’enfance remet alors en cause l’intimité avec des parents
qui devient insupportable. Sans réponses apaisantes organisées et ritualisées
par la culture ambiante, l’adolescent peut se mettre à adopter des attitudes
aberrantes ou des symptômes effrayants qui ne sont rien d’autre que des
interpellations en direction de son entourage. Dans un contexte très
émotionnel, un passage à l’acte grave peut intervenir. Il ne signe pas
forcément une structuration déviante grave, mais peut aussi se comprendre comme
le message confus de quelqu’un qui ne sait que faire de ses pulsions. Le jeune
est alors en pleine construction et en plein remaniement. Rien de ce qu’il montre
ne doit être figé, ni stigmatisé : « poser un diagnostic sur un
trouble du comportement transitoire d’un adolescent, c’est prendre le risque de
le cataloguer, de le cristalliser à un moment donné de son évolution »
(p.116) Tout au contraire, ce dont le jeune a besoin dans ces moments, c’est de
disposer des moyens pour penser ce qui le touche, ce qui l’émeut et ce qui le
trouble. Et l’auteur de montrer l’importance des rencontres avec des adultes
qui ne se contentent pas d’être eux-mêmes des adolescents attardés, se limitant
à des relations de complicité et de copinage, mais qui puissent aider
l’adolescent à se représenter, à mentaliser et à verbaliser les mécanismes
pulsionnels qui l’agitent. Ce qui est à l’opposé du diagnostic rapide qui
permet de prescrire des molécules chimiques qui font la fortune des entreprises
pharmaceutiques.
Jacques Trémintin -
LIEN
SOCIAL ■ n°846 ■ 28/06/2007