Bernard ZEILLER et Simone COURAUD, C.N.E.F.P.J.J. 54 rue de Garches
92420 Vaucresson, 1995, 248
p.
S’il y a bien un événement qui est vécu dans le drame et la
stupéfaction, c’est l’acte criminel commis par un enfant ou un adolescent.
Comment cela peut-il se passer ? Peut-on l’éviter ? Il y a-t-il des
personnalités qui se prêtent plus facilement à ce genre d’actes ? Les questions
se pressent les unes après les autres sans réussir à trouver de réponses
adéquates. Pour tenter d’y voir plus clair, une étude a été confiée par le
ministère de la Justice à un groupe de chercheurs de l’INSERM. Il s’agissait de
travailler sur la population des mineurs de six Tribunaux de Grande Instance,
ayant été jugés en 1984 et 1985 au titre d’une instruction criminelle. C’est
ainsi que 106 situations ont été étudiées: 100 sont des garçons, 39 cas
seulement ont déjà eu affaire à la justice et 80% sont âgés de 16 à 18 ans au
moment des faits. Un échantillon de 16 sujets a été soumis à des entretiens et
des tests de personnalité. Que ressort-il de cette recherche ?
Les adolescents concernés n’ont pas prémédité froidement leur acte.
Celui-ci est bien plutôt le résultat d’un débordement pulsionnel court et
incontrôlé. Ce comportement n’est pas dû au hasard. Il est le pur produit d’une
structure familiale qui n’est ni contenante, ni structurante. Les difficultés
commencent dès les toutes premières années de la petite enfance. Un père absent
ou incapable d’assurer sa fonction, une mère soit dépressive, soit fusionnelle
ne laissant pas d’espace propre pour l’enfant: il y a défaillance des rôles
parentaux de soutien et de protection. L’absence de triangulation conforte dès
lors l’individu dans son illusion de toute puissance, rendant difficile
l’acceptation des exigences de la réalité. L’organisation psychique saine
protège l’être humain à la fois de l’intérieur (contre ses pulsions) et de
l’extérieur (contre les frustrations et les échecs). Ici, rien de tel: le jeune
met alors en avant des modes de défense archaïques qui se manifestent notamment
par une mise à distance tant des émotions que des désirs et des sentiments
jugés dangereux car incontrôlables. L’acte criminel peut servir de moyen ultime
de prise de recul à l’égard d’une situation trop proche ou trop pénible. La
défaillance narcissique peut de son côté agir comme un puissant accélérateur du
besoin d’être craint comme compensation de l’impossibilité d’être aimé.
L’étude de Zeiller ne se contente pas de poser le constat du rôle
essentiel de l’histoire familiale dans la destinée des mineurs criminels.
Elle se projette dans la perspective de leur insertion, de leur
rééducation et de leur rachat. Aussi propose-t-elle l’accompagnement
thérapeutique de la détention, son ouverture vers l’extérieur et un relais pris
par des peines de substitution. A cet effet, un tuteur doit prendre en charge
le mineur et le suivre tout au long de son incarcération. Enfin, les droits
civils doivent être restitués à l’issue de la peine, afin d’en finir avec cette
mort civique contraire à toute réhabilitation.