Le recul du rigorisme moral, la progression de l’hédonisme, la
généralisation de l’utilisation des méthodes contraceptives, la libération de
la sexualité dans les média ont marqué les trente dernières années, modifiant
largement les représentations, les normes et les pratiques sexuelles. Il était
intéressant de connaître le vécu des adolescents d’aujourd’hui face à cette
évolution. C’est ce que nous propose l’auteur, qui a passé plus de deux ans à
effectuer un patient travail d’ethnologie auprès d’un public de jeunes
collégiens et lycéens de deux banlieues qui pour être voisines n’en sont pas
moins socialement très éloignées : Montreuil et Vincennes. Il en ressort
d’abord une constante qui n’a guère changé: les identités de genre (masculin ou
féminin) sont avant tout des constructions sociales façonnées à partir des
valeurs et des modèles de notre culture. « Tout individu doit porter
les signes du genre auquel il est réputé appartenir, qui imposent une
normativité et se traduisent par des marques corporelles, des attitudes, des
comportements » (p.125) Les garçons sont éduqués à cultiver leur
virilité, là où les filles sont formées pour se préoccuper de leurs qualités
esthétiques. L’homme est considéré comme initiateur du désir, la femme comme
devant le contrôler. Conséquence : l’agressivité est stimulée ici, inhibée
là. A cette habitude de genre, s’ajoutent les circonstances socioculturelles.
Le sentiment de valorisation de soi passe par le pouvoir socio-économique.
Quand celui-ci fait défaut, il est alors remplacé par le rapport de force et
l’influence au sein du groupe de pairs. La violence constitue une forme de
pouvoir qu’on exerce sur l’autre pour se sentir exister ou renvoyer en miroir
l’oppression subie. Séduire est d’autant plus difficile quand on est confronté
à des conditions de vie si dures et si hostiles qu’on n’a pas appris comment
exprimer la tendresse. Le reste du tableau dressé par l’auteur s’inscrit dans
une vision des plus classique. Avant 17 ans, la masturbation, le flirt et les
changements fréquents de partenaires sont considérés comme légitimes. Au-delà
de cet âge interviennent les premières relations sexuelles et les relations
durables. La virginité féminine reste synonyme de pureté, d’innocence et de
naïveté, celle du garçon étant connotée comme marque de faiblesse et manque
tant de maturité que de virilité. A l’âge où l’on est en quête d’amour, les
mise en garde contre l’amour ne passent pas toujours très bien : il n’est
pas rare que les rapports sexuels se fassent sans protection. Les sentiments et
les qualités morales mises en avant comme fondement des relations de couple y
sont pour beaucoup. C’est l’affection, le don de soi et l’engagement réciproque
que l’on recherche dans la relation à l’autre. Face à ces tendres intentions,
l’utilisation du préservatif est parfois assimilée à un doute sur le sérieux du
partenaire ou à la légèreté de son engagement.
Jacques Trémintin –
LIEN
SOCIAL ■ n°745 ■ 17/03/2005