Le prix d’un enfant - 4 ans dans l’enfer de la prostitution à Bangkok
« Le prix d’un enfant - 4 ans dans l’enfer de la
prostitution à Bangkok »
Marie-France BOTTE avec Jean-Paul MARI, Robert Laffont,
1993, 254 p.
La médiatisation de certains sujets, la façon dont souvent télévision
et presse s'emparent de thèmes sensibles font parfois réagir avec méfiance
devant ce qui apparaît comme faisandé ou racoleur.
La prostitution enfantine n’a pas échappée à cette
malheureuse tendance. Certains reportages -notamment sur TF1- se nourrissent du
sensationnel et jouent grassement de l’émotion et de la sensibilité du
spectateur, lassant un sentiment de malaise et de dégoût pouvant aller jusqu’à
porter atteinte à la crédibilité du sujet traité. Rien de tel dans ce
document-témoignage de Marie-France Botte qui respire au contraire
l’authenticité et la sincérité.
Dans un alerte et agréable, on y suit l’itinéraire d’une
assistante qui quitte l'Europe pour fuir des fantômes personnels et qui va se
transformer en une militante acharnée et combative de l'enfance martyrisée.
Nous suivons Marie-France dans sa découverte de la
prostitution enfantine en Thaïlande : plongée dans l’enfer avec ces enfants
enlevés, séquestrés, battus, violentés. Nous rencontrons aussi ces européens
qui débarquent par charters entiers et qui, bardés d'une fausse bonne
conscience (le « nouvel amour ») et de pseudo-convictions sur la
différence culturelle (l'initiation sexuelle des enfants thaïlandais serait
faite par leurs parents vers 7-8 ans !) sont directement responsables du
traitement monstrueux réservés à des gosses de Î à 13-14 ans.
Mais Marie-France ne se contente pas d’être un témoin
révolté. Elle nous décri son combat pour arracher ces enfants à leur sort. La
confrontation arec la mafia chinoise qui organise le trafic lui vaudra
d'ailleurs agressions et menaces de mort.
A aucun moment, le récit ne verse dans une quelconque
croisière moralisatrice type « ligue de vertu ». Ce dont il s'agit
ici, c'est d'êtres humains atteints dans leur chair et dans leur dignité.
Mais, et là on retrouve le réflexe profféessionne1 qui
réapparaît sous la légitime indignation, les pédophiles sont appréhendés, dans
leur propre dynamique de souffrance. Nombre de crocodiles, nom donnés par les
enfants aux abuseurs européens reproduisent dans leurs actes présents les
agressions sexuelles dont ils ont été eux-mêmes victimes dans leur enfance.
Alors que l'actualité cinématographique rend hommage aux "justes" qui
à travers l'Europe ont sauvé, il y a 50 ans. des êtres humains qui avaient pour
seul tort d'être juifs, on peut saluer cette poignée d'hommes et de femmes qui
osent s'affronter aux trafiquants, et policiers corrompus pour tenter de sauver
de l'horreur, d'autres êtres humains dont le seul crime consiste à représenter
les proies de vampires avides de viande fraîche.
Quand on referme le livre, le premier mot qui vient à la
bouche est: "chapeau" !
Jacques Trémintin– LIEN SOCIAL ■ n°249 ■
24/02/1994