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Inceste : le piège du soupçon Version imprimable Suggérer par mail

 

« Inceste : le piège du soupçon »

Paul BENSUSSAN, Belfond, 1999, 192 p., ISBN 2-7144-3693-5

 

« Comme beaucoup de mes confrères en France et à l’étranger, j’ai pu constater la multiplication des affaires d’abus sexuels ‘’fantasmés’’ mettant en cause des parents, plus généralement des pères » (p.19) Ainsi commence Paul Bensussan, psychiatre de son état et expert près de la cour d’appel de Versailles. Mais, ce thème, explique-t-il ensuite, reste largement tabou, comme si le simple fait de l’aborder pouvait risquer d’innocenter d’authentiques abuseurs. Or, c’est en ne traitant pas cette problématique qu’on peut au contraire semer le doute sur les révélations d’abus. L’auteur le rappelle d’emblée : 90% des abus sont d’origine intrafamiliale, les 10 autres % concernant des professionnels en contact avec les enfants. S’il y a un nombre non-gégligeable d’instituteurs, de professeurs ou d’éducateurs qui ont été innocentés après une procédure judiciaire longue et humiliante, à l’intérieur du cadre familial, les circonstances qui se prêtent le plus aux fausses allégations est bien celui de la séparation parentale et plus particulièrement celui qui s’accompagne de beaucoup de violence et de haine. L’enfant placé alors au cœur des disputes et cristallisant en lui tous les affrontements, fait l’objet d’une vigilance et d’une sollicitude anxieuses. Chacun des deux parents n’hésitent pas à dénier les qualités de l’autre en critiquant des comportements éducatifs qui étaient passés inaperçus à ses yeux au moment de l’union. Le moindre écart, le plus petit incident prend une proportion dramatique. Le terrain est dès lors prêt pour tous les dérapages. Ceux-ci peuvent prendre deux formes possibles. Celle d’abord de la fausse allégation, qui reste une croyance sincère quoiqu’ erronée. C’est le doute qui s’instille et qui s’enfle au travers d’un certain nombre de questions suggestives qui amènent l’enfant à dire ce qu’il croit que l’adulte a envie d’entendre.  La deuxième forme de dérive est bien plus pernicieuse, c’est l’accusation mensongère, la dénonciation calomnieuse qui relève du déni. Elle n’intervient jamais au hasard, souvent à la veille du rétablissement du droit de visite. La mauvaise foi est délibérée. Dans le premier cas, l’entourage est plutôt animé par le doute, hésitant, espérant presque avoir tort. Dans le second, il est le plus souvent déterminé et farouche, sa conviction étant absolue. Ce ne sont là que des indicateurs qui n’ont rien de systématiques mais qui entrent en ligne de compte, tant l’évaluation de la crédibilité d’un enfant ne peut faire l’économie du contexte dans lequel il évolue. Mais « s’interroger sur la validité du témoignage du très jeune enfant ne revient pas à considérer comme un affabulateur » (p.186) affirme l’auteur. On ne peut en effet prétendre qu’il mente dans la mesure où il ne distingue pas toujours entre la réalité et son imaginaire. Très égocentrique, il reste imperméable encore aux codes, tabous, conventions que l’éducation va progressivement lui inculquer. Rêves, fantasmes, constructions fabulatrices et jeu forment un amalgame complexe avec le réel. L’enfant reste alors surtout sensible aux adultes qui l’entourent et dont il est en quête d’affection. La contamination de son récit peut alors s’opérer très facilement surtout si les adultes qui s’adressent à lui le font d’une manière suggestive. Une telle démonstration ne vient pas invalider le témoignage de l’enfant, mais remettre en cause le comportement des adultes qui trop souvent projettent leurs propres fantasmes, craintes et doutes. Paul Bensussan rappelle les effets dévastateurs d’une procédure judiciaire appliquée à un parent qui s’avère innocent. Aussi propose-t-il des mesures qui pour apparaître de bon sens, n’en sont pas moins aujourd’hui rarement mise en pratique. Il s’agit de l’application dans les jours qui suivent la révélation, d’un bilan familial qui comporte l’examen psychologique et psychiatrique de tous les protagonistes par des professionnels formés et compétents. L’auteur propose tout au long de son ouvrage des illustrations tout à fait parlantes de ce qu’il essaie, par ailleurs, de conceptualiser. La lecture de ce livre apporte un éclairage tout à fait important à une question qui s’imposera dans les années à venir comme essentielle tant à la protection de l’enfance maltraitée qu’au respect du principe de présomption d’innocence.

 

Jacques Trémintin – Avril 2000

 

 

 
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