« Traité d’athéologie. Physique de la
métaphysique »
Michel ONFRAY, Grasset, 2005, 282 p.
A une époque où l’on parle du retour du religieux, l’ouvrage de Michel
Onfray constitue un vrai exercice d’hygiène mental remettant sur le devant de
la scène les voix de ceux qui ont toujours voulu parler librement, produire des
explications rationnelles, récuser les fictions fabriquées, penser tout
simplement, en dehors de l’hypothèse de l’intervention d’un au-delà : les
mécréants, les impies, les incroyants, les incrédules qu’on a pourchassés et
massacrés pendant des milliers d’années. Enseigner le fait athée suppose une
archéologie du sentiment religieux : l’incapacité à regarder la mort en
face, l’impossible conscience de l’incomplétude et de la finitude, le refus
d’accepter le rôle majeur et moteur de l’angoisse existentielle. C’est à tort,
explique l’auteur, qu’on a pu prétendre que Dieu était mort. Tant que les
hommes seront condamnés à mourir, une partie d’entre eux ne pourra soutenir
cette idée et inventera des subterfuges. Le dernier Dieu disparaîtra avec le
dernier homme et avec lui la crainte, la peur et l’angoisse, ces machines à
créer des divinités. « Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve
ni ridicules, ni pitoyables, mais je désespère qu’ils préfèrent les fictions
apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. Plutôt la foi qui
apaise que la raison qui soucie. » (p.27) Passer outre le diktat de Dieu,
c’est préférer le savoir à l’obéissance et vouloir essayer de connaître plutôt
que de se soumettre. Tant que la religion reste une affaire entre soi et soi,
il s’agit après tout d’une affaire privée. Mais lorsque la croyance devient une
affaire publique visant à organiser le monde pour autrui, cela devient
insupportable. Car les hommes, en voulant se doter d’un Dieu unique, lui ont
donné la même image qu’eux-mêmes : cette divinité jalouse, violente,
querelleuse, intolérante, belliqueuse a généré plus de haine, de sang, de mort,
de brutalité que de paix, de sérénité, d’amour du prochain et de tolérance.
Bien sûr, ce n’est pas là un message repris par tous. Et effectivement, si Dieu
ne dit pas grand chose, ses prêtres parlent en abondance. Les Livres sacrés des
trois religions monothéistes couvrent 5.000 pages qui ont été abondamment
recopiés, complétés, travestis, réécrits, corrigés, amendés, volontairement ou
non, par trop de gens pour obtenir un enseignement cohérent, homogène et
univoque. Résultat, on y trouve tout et son contraire : le bellicisme et
le pacifisme, l’ordre de tuer ou de ne pas tuer, l’amour de l’autre ou l’appel
à le massacrer, le pardon ou la colère divine, la tolérance face aux autres
croyances ou l’ordre de les exterminer etc … Il y a bien toutefois une valeur
transversale partagée par les religions du Livre, c’est la commune exécration
de la femme qui n’a comme seule solution que de devenir épouse puis
mère : elle ne peut être sauvée de sa négativité consubstantielle, qu’en
épousant un homme et en lui donnant des enfants. Charge féroce et implacable
d’un Michel Onfray en pleine forme qui ne fait place dans son propos ni à la
concession, ni au compromis.
Jacques Trémintin –
LIEN
SOCIAL ■ n°795 ■ 27/04/2006