Inès
Angélino a trouvé à la fois le ton et les mots justes pour aborder un sujet à
propos duquel les publications se multiplient sans toujours arriver à préserver
une qualité dans le propos.
Au
départ est parfois la faille narcissique provoquée par l’enfant qui n’arrive
pas à combler et compléter les manques et/ou blessures des parents. Ce peut
aussi être l’enfant du deuil rendu imaginairement responsable de la mort de
certains être chers. Mais encore celui tenu à distance par une mère ne
supportant pas l’animalité de leur bébé. A ce stade, la prévention est
essentielle pour permettre au parent d’exprimer ses sentiments négatifs :
exaspération, rejet, désinvestissement. Mais, le pire n’est pas toujours évité.
Quand il se manifeste, ce n’est pas uniquement sous la forme traditionnellement
présentée de l’abus père/fille. L’auteur aborde aussi l’inceste mère/fille,
mère/fils et père/fils. L’agresseur peut tout aussi bien être un beau-père
qu’un oncle, un frère qu’un grand-père. C’est, explique Inès Angélino, qu’être
père n’est pas un donné, mais un construit : “ peut-on apprendre à
devenir papa ? Certains hommes trouvent spontanément la chaleur et la
distance nécessaires. D’autres se trouvent gênés et démunis ”(p.166) Quand
ils souffrent d’une profonde immaturité affective, la côte d’alerte peut très
vite être atteinte. Quant à l’enfant-victime, il peut parfois réagir sainement
en protestant, ce qui peut suffire à écarter le danger. Mais, il peut aussi se
retrouver paralysé et annihilé. Quand il s’identifie à l’agresseur en intégrant
son mode de fonctionnement psychique, c’est certes une manière de se défendre,
mais cela présage mal d’un avenir fait de reproduction ou d’aveuglement à l’âge
adulte . Pourtant, cette perspective n’est nullement une obligation tant
les exemples fourmillent montrant qu’“ une rencontre précoce des
personnalités différentes de celle de leur parent, leur offrant d’autres
modèles de développement, a permis une greffe humaniste d’une présence
vitalisante ”(p.212) Pour d’autres, ce sera la découverte à l’âge adulte d’un
partenaire compréhensif et réparateur. Sans oublier la possible thérapie. Mais,
l’auteur met aussi en garde contre l’agrégation entre loi symbolique et loi
sociale qui prétend faire du procès de l’agresseur une solution obligatoirement
libératrice. Il y a là l’effet d’un adultomorphisme qui vient plaquer sur
l’enfant les sentiments et soucis des adultes. La revendication légitimement
répressive de la société ne tient guère compte du conflit de loyauté dans
lequel on plonge la petite victime au nom d’une volonté bienveillante de
restauration.
Jacques Trémintin -
LIEN
SOCIAL ■ n°440 ■ 30/04/1998