La vieillesse maltraitée constitue encore un tabou. Si 90% des
vieillards vivent une fin d’existence sereine et épanouie, 10% d’entre eux
subissent un traitement indigne et dégradant. Au nom du sacro-saint respect de
la vie privée, la population, mais aussi les professionnels sont réticents à
accepter cette réalité. Après les femmes battues, après les enfants maltraités,
la prise de conscience émerge progressivement concernant le sort réservé à
certains seniors. Même s’il n’existe pas encore de classification
internationale, on peut néanmoins repérer cinq types de maltraitance :
sévices physiques et sexuels, sévices psychologiques, sévices matériels (vols,
captation de biens …), négligences actives (absence de soins, de nourriture, de
relation …) et enfin négligence passive (sans volonté de nuire). La population
âgée est d’autant plus exposée qu’elle est atteinte d’une situation de
faiblesse : lenteur des réactions ou de la fuite, absence d’efficacité
dans la riposte. Les facteurs à risque comportent aussi l’isolement comme la
trop grande proximité, mais aussi la richesse qui provoque la convoitise. Il y
a tout d’abord, ces prédateurs qui partent à la chasse aux petits vieux
n’hésitant ni à arracher les sacs, ni à torturer pour soustraire les économies,
ni à violer. Mais, ces faits divers fortement médiatisés ne doivent pas
occulter ce qui est bien plus fréquent mais qui reste encore dissimulé et
secret : ce sont les violences intrafamiliales que les personnes âges
elles mêmes hésitent à dénoncer. Et puis, il y a les violences
institutionnelles. Il ya des établissement d’accueil qui sont d’admirables. Il
y en a d’autres qui dérapent. Ce n’est pas seulement ceux équipent la personne
dès son arrivée de couches (« au cas où »), ou qui l’abrutit de
médicaments accélérant ainsi sa mort par renoncement et dégoût d’une vie
devenue indigne. Il faut aussi parler de la mauvaise qualité des conditions
d’accueil et des menaces de mise à la porte si l’on se plaint, de la rigidité
et de la précocité des horaires, de l’éloignement des centres villes réduisant
l’autonomie, des animations abusives, des changements brutaux de chambre, des
règlements abusifs, sans oublier le non-respect de l’intimité, la familiarité
verbale imposée, le manque d’aide, la répression de la sexualité (qui s’entend
autant comme tendresse que comme génitalité) etc … Pour combattre ces abus, il
n’existe pas d’instance comme en Grande Bretagne ( Tribunal des plaintes contre
les maisons de retraite officielles ) ou en Flandres (Commission des
plaintes contre les maisons de repos). Un réseau nationale d’écoute
téléphonique a été créé en 1995 visant à répondre à la réalité de cette
maltraitance et à proposer des interlocuteurs aux familles ou aux personnes
âgées victimes : c’est le dispositif ALMA. Sept sites sont proposés qui
ont fait le point de leur activité. Les appelants sont pour 77% des femmes, ils
sont âgés de 79 ans et leur souffrance relève pour 32% d’atteintes
psychologiques, pour 32% d’atteinte matérielles et 14% seulement d’atteintes
physiques. Ce réseau a pour ambition de s’étendre à tout le territoire et de
devenir un outil d’aide et de saisine reconnu.
Jacques Trémintin– LIEN SOCIAL ■ n°506 ■ 04/11/1999