La maltraitance a fait l’objet depuis quelques années d’une large
médiatisation. La parole a été donnée aux victimes ainsi qu’aux acteurs de
terrain qui y font face (juges, psychologues, travailleurs sociaux, …).
Comme tous les professionnels en contact avec le monde de l’enfance,
l’animateur peut à son tour être confronté à une telle situation. Comment
doit-il réagir ? Que peut-il faire ? Quelle attitude doit-il
adopter ?
Sur l’ensemble de ces questions, on ne peut répondre par des recettes ou
des solutions toutes prêtes d’avance. Chaque cas est unique et nécessite un
traitement particulier. Pour autant, pour faciliter la décision, on peut
élargir la question au-delà de la simple réaction émotive. Face à l’inacceptable
que constitue la violence exercée contre l’enfant, il faut agir avec sang
froid, précision et en ayant conscience un minimum des tenants et aboutissants
du problème.
Ce que propose ce dossier, c’est justement d’apporter un certain nombre
d’éléments de compréhension permettant d’expliquer ce qu’on sait sur cette
question et de favoriser une réponse qui soit la plus adéquate possible.
Une question d’époque ?
Pendant une très longue
période historique, le sort de l’enfant, tant au niveau de sa vie que de sa
parole, a été suspendu au bon vouloir de ses parents.
Dans l'antiquité, la toute‑puissance paternelle donnait au « Pater
Familia » droit de vie et de mort sur ses enfants, et ce tant qu’il
vivait.
Ce n’est qu’à partir du Vème siècle, que le droit de « correction
paternelle » est limité à la possibilité de faire enfermer ses enfants
et ce jusqu'à leur 30‑35 ans.
La révolution de 1789 contribue à limiter la tyrannie paternelle en
introduisant la notion de minorité et de majorité (fixée d’abord à 25 ans, puis
ramenée à 21 ans en 1806 et à 18 ans en 1974). Mais, très vite, une fois la
fièvre révolutionnaire tombée, la correction paternelle est réactivée.
Les médecins commencent à s’intéresser à la maltraitance. Il faudra une
bonne dizaine d’années de débat parlementaire, pour que la troisième République
vote un texte de loi, le 24 juillet 1889, sur « la protection des
enfants maltraités ou moralement abandonnés », permettant aux juges de
prononcer la déchéance paternelle pour les parents indignes.
Mais la balance va pencher encore pendant longtemps du côté des adultes
qui accusent les enfants d’être des vicieux et des menteurs. Ce qui domine
alors c’est la « pédagogie noire » : éducation à la dure
pour rendre fort, répression des sentiments, châtiments corporels, opposition
aux besoins de l’enfant, impératif de la soumission et de l’obéissance …
l’enfant doit impérativement être redressé. Il naît mauvais et ne doit de s’en
sortir qu’à la sévérité avec laquelle on l’élève. « Qui aime, bien
châtie bien » affirme le proverbe populaire. Ne pas battre ses enfants
sera longtemps considéré comme une preuve de laxisme, voire de manque d’amour.
Les convictions afférentes à une éducation non-violente sont donc très
récentes. C’est une des raisons qui expliquent en partie les réticences et
résistances que l’on rencontre fréquemment, dès que l’on parle de maltraitance.
Les
résistances aux changements
Ce qui permet de dénier la maltraitance, c’est la banalisation qui est
faite de l’utilisation de la violence dans l’éducation.
On entend souvent : « il(elle) l’a bien mérité »,
« il(elle) l’a bien cherché », « une claque n’a jamais
fait de mal à personne » ou encore « j’ai reçu des raclées de
mon père, maintenant je l’en remercie, il m’a mis sur le droit chemin. »
etc … Les adultes ont trop tendance à penser que l’enfant réagit, éprouve
et ressent comme lui. Ils utilisent à son égard les mêmes critères qu’ils
s’appliquent entre eux pour décoder les rapports humains, ne tenant nullement
compte de son manque de maturité. Par contre, ils n’emploient pas les mêmes
règles qui servent à gérer leurs propres conflits. Si, celles et ceux qui
n’hésitent pas à claquer leurs gamins, faisaient la même chose, dès qu’ils sont
en difficulté avec leur employeur, leur collègue de travail ou leur conjoint,
ils ne tarderaient pas à avoir des problèmes avec la justice (à l’image de ces
parents qui agressent des enseignants). L’éducation amène à la confrontation
obligeant l’adulte à évoluer, à se remettre en cause et à réfléchir à des
compromis dans ses rapports avec l’enfant.
Autre réticence, celle qui consiste à crier à l’enfant-roi ou à
l’enfant-tyran au prétexte qu’on ne pourrait plus rien lui dire. Ainsi, ce juge
des enfants qui rapporte dans l’un de ses livres une ânerie concernant la
soit-disante intervention de la brigade des mineurs sur la plainte téléphonique
d’un enfant qui était très mécontent que sa mère lui refuse le droit de changer
de chaîne de télévision ! Dire non à un enfant ou le confronter à une
frustration sont des attitudes structurantes. Le sanctionner d’une manière
juste et équilibrée quand il a enfreint un interdit, aussi. Il faut sortir de
la fausse alternative qui tente d’opposer laxisme et violence, laisser faire et
châtiments corporels. Il est nécessaire et possible de reprendre un enfant sans
pour autant avoir à le frapper.
Une question
de culture ?
Un obstacle majeur s’oppose à l’établissement d’une définition
universelle de la violence à enfant : c’est celui des différences de
culture. On parle souvent des difficultés de certains pères africains, présents
sur le sol français, qui ont beaucoup de mal à comprendre l’interdiction qui
leur est faite par la loi d’avoir recours aux châtiments corporels. Attitude
traditionnelle transmise de génération en génération et qui pour eux tombe
subitement sous le coup de la loi. Alors, ils baissent les bras et ne font plus
rien pour cadrer leur progéniture. Ces situations ne font que répondre en écho
au poids d’une tradition très présente aussi en Europe. Ainsi, cela fait
moins de 10 ans que les châtiments corporels ont été proscrits dans les écoles
publiques de Grande Bretagne. Cette mesure a été généralisée aux écoles privées
seulement en 1999 ! La classe européenne n’a pas que des cancres. Dans un
pays comme la Suède, la claque est légalement interdite. Cela ne veut pas
dire, comme ironisent certains, que des parents qui gifleraient leur
progéniture iraient en prison. Cela signifie que ce pays s’est donné les moyens
de développer une culture non violente dans l’éducation de ses enfants, ce qui
est tout à son honneur. En France, une circulaire du ministère de l’Instruction
a interdit les châtiments corporels à l’école et ce, dès 1887 ! Pourtant, il y
a de cela quelques années, un groupe de parents a porté plainte contre un
instituteur qui tirait les cheveux et les oreilles de ses élèves et leur
donnait des claques. La Cour d’Appel de Caen a fini par leur donner tort en
affirmant que les pratiques de l’enseignant relevaient d’une pédagogie normale
puisque les jeunes victimes ne souffraient pas d’une incapacité de travail de
plus de 8 jours. On mesure le poids et l’importance de la culture qui joue un
rôle non négligeable dans la résistance au changement face aux pratiques
violentes en éducation.
Au risque
d’une définition
Toutes ces précautions prises, il est possible à présent d’essayer de
définir la maltraitance.
Peuvent être considérés comme violence à enfant tout acte ou toute
ambiance qui entravent non seulement son évolution psycho-affective et son
développement, mais aussi qui le font souffrir inutilement.
Une telle définition recouvre les atteintes spectaculaires et voyantes,
mais aussi celles plus courantes et plus banales qui peuvent tout autant miner
et déstructurer la personnalité de l’enfant. Ainsi ne parle-t-on ici uniquement
des mauvais traitements physiques. Il s’agit aussi des négligences graves, des
carences de soin, des carences affectives, des sévices psychologiques et moraux
...
Le psychologue A. Maslow a élaboré une pyramide des besoins. A la base
il a placé le besoin de sécurité. Juste à l’étage au-dessus, il y a les besoins
d’appartenance et d’amour. Puis vient l’estime. Au quatrième étage, on trouve
le besoin de réalisation de soi. C’est ensuite la nécessité de savoir, de
comprendre et de découvrir. Enfin chapotant le tout, le besoin esthétique. A.
Maslow a été beaucoup critiqué quand il a prétendu que l’assouvissement d’un
besoin dépendait de la satisfaction préalable des besoins placés dans sa
pyramide juste en dessous (d’autres psychologues affirmant que chacun de ces
besoins pouvait être comblé indépendamment les uns des autres). Pour autant,
l’étude des éléments qui constituent la base du bien-être de l’être humain, est
ici fort intéressante pour nous aider à repérer les attitudes maltraitantes.
Ainsi, par exemple, ne pas surveiller un enfant qui est placé dans un contexte
de danger, l’exclure systématiquement de son groupe en faisant peser sur lui
une hostilité permanente, l’humilier et ne pas lui permettre de s’accomplir,
l’empêcher d’accéder à la connaissance ou à l’apprentissage ou encore lui
dénier le droit d’acquérir une image corporelle, vestimentaire positive :
l’ensemble de ces comportements rentrent dans la maltraitance aussi bien que
les coups.
Parents en
souffrance
Essayer de comprendre la maltraitance, c’est peut-être commencer par
remonter au désir d’enfant. Etre parent, c’est retrouver l’enfant qu’on a
été ou qu’on aurait aimé être, s’identifier à ses propres parents. L’enfant a
une fonction gratifiante et réparatrice. Il devient le ciment de la vie du
couple et la réussite compensatrice de ses souffrances passées.
Quand des parents sont trop pris dans leur enfance malheureuse pour
devenir disponibles à leur enfant ou que ce dernier loin de les gratifier
ravive en eux les manques et réveille les conflits latents, se crée alors une
relation de type toxique : c’est le désamour. A la naissance, loin d’être enveloppé
par un regard aimant, le nourrisson est accueilli avec distance et méfiance.
L’enfant est nourri, vêtu, soigné sans ce supplément de tendresse qui
transforme le besoin en plaisir. L’attitude dominatrice de ses parents écrase
en lui toute velléité d’autonomie. L’enfant est là pour colmater les brèches
béantes de la psyché familiale, sans jamais y parvenir. On se situe ici dans la
dysparentalité.
On prétend souvent qu’un enfant maltraité deviendra un parent
maltraitant. C’est à la fois vrai et faux.
Vrai en ce qu’on peut estimer qu’une bonne partie des parents
maltraitants ont subi dans leur propre enfance des traitements eux-mêmes
dégradants. Ils reproduisent alors un mécanisme transgénérationnel. Ce vécu ne
constitue pas une excuse. Elle permet d’expliquer leurs comportements et
surtout d’inciter à les traiter pour ce qu’ils sont : non pas des
monstres, mais des personnes elles même en souffrance. Si la priorité doit être
donnée à la sécurité de l’enfant maltraité, ses agresseurs doivent être perçus
certes comme responsables de violence inadmissibles, mais aussi comme
victimes.
Faux en ce qu’il n’y a aucune fatalité dans la reproduction à
l’identique d’un comportement maltraitant. Il est toujours possible d’agir pour
tenter d’enrayer le processus d’identification à l’agresseur.
Du côté de
l’enfant victime
L’enfant voue un amour inconditionnel à ses parents. L’une de ses plus
grande craintes réside dans l’abandon ou le délaissement. C’est pourquoi il
subit la maltraitance sans le plus souvent se révolter. Un adulte opprimé peut
haïr ses tourmenteurs. Un enfant maltraité par ses parents ne leur reste pas
moins attaché. II peut aller jusqu’à nier ce qu’il subit pour les protéger. Par
amour pour eux, il va refouler ses affects (colère, vengeance, ...) et
justifier les cruautés dont il est victime en se culpabilisant. C’est lui le
fautif. Il identifie l’injustice qu’il subit comme des mesures salutaires
prises pour son propre bien. Le risque est grand dès lors de le voir transformer
la colère contre ses parents qu’il refoule et s’interdit en colère contre
d’autres êtres (violence, cruauté, délinquance, ...) voire même contre soi-même
(toxicomanie, suicide, ...). Mais, le plus grave, c’est quand il intériorise
cette violence au point parfois de relayer ses bourreaux. A l’âge adulte, il
peut reproduire contre ses propres enfants les humiliations et souffrances dont
il a été lui-même victime, ultime preuve qu’il se donne de la justesse de
l’attitude de ses propres parents. Pour autant, ce scénario, maintes fois
vérifié, n’est ni inéluctable, ni incontournable. Il est important que l’enfant
rencontre sur son chemin une parole adulte qui l’aide à prendre de la distance
d’avec ce qu’il a vécu en le déculpabilisant et en situant les responsabilités
au niveau de l’attitude à la fois néfaste et nuisible de ses parents. Cela doit
se faire sans jugement de valeur et en se rappelant le caractère impensable de
cette violence qui vient de celle et de ceux dont la première tâche consiste à
protéger l’enfant. Ce que la victime vit est doublement un drame : non
seulement elle subi une agression déstructurante, mais en plus, cela provient
de ceux qui sont pour elle ce qu’elle a de plus cher au monde.
Maltraitance
physique et maltraitance psychologique
La maltraitance physique est celle qui laisse le plus de traces
identifiables : hématomes, marques de coups, traces de lanières de
ceinture, brûlure de cigarette ou de fer à repasser, corps ébouillanté par un
bain trop chaud, os cassés, œil au beurre noir, cheveux arrachés etc … l’énoncé
n’en finirait pas si on voulait fournir une liste complète des horreurs
infligées. La détection de ces traumatismes est entrée dans le savoir-faire
pédiatrique à partir de l’élaboration, en 1962, par le Docteur Henry Kempe du «
syndrome de l’enfant battu ». Le corps médical est donc tout à fait
à même de réaliser un diagnostic relativement fiable permettant de distinguer
le simple accident ménager de la violence délibérée. Il convient
toutefois de distinguer entre l’acte ponctuel du parent qui perd son contrôle
et inflige une claque ou une fessée à son rejeton et celui qui a intégré la
violence comme mode éducatif. Dans tous les cas, les coups ne constituent
jamais un axe structurant pour l’enfant. Ils ne peuvent qu’encourager à la loi
du plus fort et inciter à la soumission passive à l’autorité.
Toute autre est la maltraitance psychologique qui ne
laisse pas moins de traces que la violence physique, mais qui est moins
détectable objectivement. Cela peut prendre tout d’abord une forme
active : enfant déconsidéré, dénigré, humilié, insulté, rabaissé en
permanence. Mais aussi une forme passive : désintérêt, désaffectation,
absence de soins, d’affection, rejet, négligence etc …Ce qui se joue alors,
directement, ce sont la constitution et la mobilisation de ce sentiment
d’estime de soi et de confiance en soi qui déterminent le fondement de la
relation de l’être humain avec son entourage. Ces comportements perturbent
durablement la vie affective de l’enfant pouvant provoquer une inadaptation
sociale passive ou active à tous les degrés de la délinquance et de la
psychopathologie.
Maltraitance
sexuelle
Un certain nombre d’études anglosaxonnes évaluent à 25% les filles et
12,5% les garçons ayant subi avant leur quatorzième année des violences
d’ordre sexuel (dont la moitié d’origine intra-familiale). Au gré des adultes,
l’enfant est doté soit d’une absence de sexualité à l’image d’un ange (il
n’aurait ni désir, ni inclination d’ordre sexuel), soit d’une perversité
provocatrice (ce serait un vicieux à la recherche de jouissance). Les pulsions
sexuelles sont bien réelles chez l’enfant. Les tout petits se caressent et se
masturbent dès qu’ils découvrent les zones érogènes de leur corps. Les filles
et les garçons peuvent s’amuser à des jeux de découverte physique réciproque.
Les adolescent(e)s savent utiliser leur attrait physique pour mesurer auprès
des adultes leur pouvoir de séduction. Mais cette sexualité infantile, n’a de
près ou de loin strictement rien à voir avec la sexualité génitale qui est le
propre du monde adulte. Il revient toujours à ce dernier, la
responsabilité de préserver la distance générationnelle et surtout d’identifier
l’éventuelle attitude séductrice de l’enfant, à ce qu’elle est : un besoin
d’identification, d’affection et de protection. Que ce soit sous terreur ou par
envoûtement, l’atteinte sexuelle dont se rend coupable l’adulte à l’égard de
l’enfant présente pour celui-ci un grand risque de désorganisation de la
personnalité qu’il est en train de construire. Il y a télescopage et
élimination de certaines étapes de son développement psycho-sexuel. L’adulte
-et encore plus le parent quand c’est lui l’abuseur- perd son rôle protecteur
pour endosser une fonction persécutrice. L’image positive et symbolique de celui-ci
est détruite. En outre, l’attouchement des zones érogènes étant aussi source de
plaisir, ce sentiment s’accompagne alors d’une honte indicible qui peut peser
lourdement sur la sexualité à-venir. Là comme ailleurs, l’enfant peut être
amené à reproduire ce qu’il a subi, passant du statut de victime à celui
d’agresseur.
L’état des
lieux de l’ODAS
Dans notre pays, les mauvais traitements constituent la deuxième cause
de mortalité infantile. L’Observatoire Décentralisée de l’Action Sociale fait
paraître chaque année une évaluation établie à partir d’enquêtes réalisées
auprès des services départementaux sur les signalements effectués. Le 14
septembre dernier, l’ODAS rendait publics les chiffres pour 1998 : 83.000
enfants ont été signalés l’an dernier. Cela représente +1000 par rapport à
1997, soit un accroissement de 1,27% contre + 10% en 1997 par rapport à 1996.
Ce chiffre global recouvre un accroissement des enfants à risque
( connaissant des conditions d’existence les mettant en danger) qui
passent de 61.000 à 64.000 et une diminution des enfants maltraités (victimes
de diverses formes de violence) qui passent de 21.000 à 19.000. Les différents
types de maltraitance se répartissent entre les violences physiques (7.000),
les négligences graves (5.300), les violences psychologiques (1.700) et les
abus sexuels (5.000).
Il convient tout d’abord de
rappeler que ces chiffres précisent le nombre de signalements. Or signalement
ne signifie pas confirmation de la réalité de la maltraitance. En outre, l’évolution
de ces résultats prêtent à de multiples interprétations qui peuvent être
contradictoires : l’augmentation décelée correspond-elle, par exemple, à un
accroissement réel des cas de maltraitance ou à l’amélioration de leur
repérage ? La faiblesse des cas de violences psychologique est-elle liée à
leur moindre importance ou au fait qu’ils soient plus difficilement
décelables ? La diminution du nombre de signalements liés à des violences
sexuelles (- 1.800 entre 1997 et 1998) est-elle liée à une meilleure prévention
ou au contraire à la fin d’un mouvement d’affolement qui a suivi l’affaire
Dutroux et a provoqué de multiples signalements de précaution ?
Utilisés avec précaution,
ces chiffres sont néanmoins intéressants pour avoir une représentation de la maltraitance
dans notre pays.
Maltraitance
institutionnelle
Les violences vécues au sein des Institutions sont beaucoup plus
difficilement dénoncées que celles dont se rendent coupables certaines
familles. Là comme ailleurs, elles vont bien au-delà de la simple claque qui
part comme conséquence d’un énervement. C’est aussi le langage disqualifiant,
le contrôle minutieux au point d’en être humiliant, l’arbitraire et l’excès
d’interdits, les sanctions ne respectant pas la dignité de l’enfant, le non-respect
de l’intimité ...
Les institutions concernées peuvent être des internats éducatifs
regroupant des jeunes délinquants (structures propices à la violence physique
et psychologique) ou des jeunes handicapés mentaux ( moins capables de se
défendre face à des agressions de type sexuel). Mais, c’est aussi le cas au
sein des établissements scolaires : la toute-puissance de l’adulte peut
être sujette à toute sorte de dérapage. On parle aisément de la violence subie
par les enseignants. Celle subie par les élèves est moins souvent dénoncée.
Nous n’oublierons ce qui se passe au sein des centres de vacances et de loisirs
qui ne sont nullement à l’abri de certaines dérives
On peut toutefois, repérer le profil-type des structures à risque :
personnel peu qualifié, à l’emploi précaire, directeur tout-puissant,
institution refermée sur elle-même, projet inexistant, ou flou, résistance et
inertie à tout changement, discours dévalorisant à l’égard des enfants,
arbitraire des adultes, pédagogie noire considérant l’enfant comme un être
avant tout à contraindre et à dresser ...
Le contre-poison serait alors: le respect du principe de transparence
(existence d’un règlement avec des droits clairement énoncés et une
identification des sanctions en cas de transgression), une large ouverture sur
l’extérieur avec échange avec l’environnement proche, qualité des relations
entre adultes et entre adultes et enfants (libre circulation de la parole et
régulation des conflits) style de direction ouvert et démocratique laissant peu
de place à l’arbitraire et à l’autoritarisme ...
La société
face à la maltraitance
La famille joue un rôle d’humanisation pour le petit d’homme en
l’inscrivant dans une généalogie et en lui apportant la confirmation affective
qu’il compte pour l’autre à l’interface de l’individuel et du collectif. En cas
de défaillance partielle ou totale, les adultes ressources qui l’entourent
peuvent servir de relais (famille élargie, réseau d’amis ...). Mais cela ne
suffit pas toujours. La société française s’est dotée de deux dispositifs
distincts de protection de l’enfance:
-au
niveau administratif, c’est l’Aide Sociale à l’Enfance (ancienne DASS). A ce
niveau, il s’agit bien de prévention. Les familles peuvent être aidées
financièrement ou éducativement par l’intervention de travailleurs sociaux ou
le placement de leur enfant (avec leur accord) en famille d’accueil ou en
établissement
-au
niveau judiciaire, par l’intervention du juge des enfants. Ici, il est question
de danger. La justice supplante les parents pour ordonner des mesures de
protection autoritaire.
Mais pour
que ces dispositifs interviennent, encore faut-il qu’ils soient saisis. En
1989, a été votée à l’unanimité une loi rendant obligatoire le signalement de
tout mauvais traitement de mineurs de moins de 15 ans sous peine de 3 années
d’emprisonnement et de 300.000 F d’amende (article 434-3 du code pénal). La
législation ne laisse donc pas le choix : elle place tout citoyen face à
un devoir de protection de l’enfant. Témoin d’un éventuel danger ou d’une
situation de maltraitance, il a l’obligation de signaler. Cela s’impose
d’autant plus aux professionnels amenés à fréquenter des enfants (professeurs,
médecins, animateurs, …). Trois circuits peuvent dès lors être utilisés :
s’adresser au Procureur de la république (soit directement soit à ses services
que sont la gendarmerie ou la Police Nationale), s’adresser aux services du
Conseil Général (assistantes sociales de secteur) ou encore contacter par
téléphone le Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance Maltraitée
(119).
Fiche pratique n° 1 : l’animateur et
la maltraitance
Un enfant maltraité
Un enfant porte des traces de coups, apparaît manifestement négligé
(vêtements, hygiène …), se comporte de façon agressive, utilise un vocabulaire
inadapté pour son âge dans ses échanges avec les autres enfants ou dans une
relation de provocation par rapport aux adultes. Il a tendance à se replier sur
lui, à rester silencieux, à ne pas vouloir jouer avec les autres. Il a peur la nuit,
fait des cauchemars ou encore refuse de se dévêtir.
Toutes ces indications ne sont pas toujours suffisantes en elles-mêmes.
Ce sont néanmoins des signaux d’alerte qui doivent rendre vigilants.
Comment réagir ?
Une révélation de mauvais traitement envers un enfant est une situation
douloureuse.
▪Face à
soi-même
Vous risquez :
-de vous sentir
déstabilisé, démuni, impuissant, paralysé, très seul,
-d’être inquiet,
perturbé, choqué,
-ou même de revivre
des souvenirs douloureux
N’ayez pas honte de vos
émotions : on s’identifie facilement soit à l’enfant, soit aux parents.
Sachez prendre du recul.
▪Face à
l’enfant
Ce qu’il ne faut pas faire :
-Mettre
en doute la parole de l’enfant : quelle que soit la situation, cette
attitude est révélatrice d’un malaise.
-Banaliser, voire minimiser son récit.
-Penser
qu’on n’y peut rien ou qu’il n’y a rien à faire.
Ce qu’il faut faire :
-L’écouter,
le laisser parler,
-Respecter
son silence s’il ne veut pas parler,
-Le
rassurer, le déculpabiliser, le valoriser,
Dans le cas de suites, lui expliquer ce qui va se passer.
▪Au sein de l’équipe
-Ne pas
rester seul face à ses doutes
-En
parler à l’équipe d’animation lors des réunions
-Surtout
transmettre l’information au directeur
▪Face à la loi
-Se
taire tombe sous le coup de la loi sur l’obligation de dénoncer les mauvais
traitements à mineur de moins de 15 ans.
-Prévenir
l’assistante sociale du quartier où habite l’enfant.
-Contacter
Jeunesse et Sport.
Si personne ne veut réagir au sein de l’équipe, il est toujours possible
de contacter le numéro vert du Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance
Maltraitée (119).
L’animateur maltraitant ?
Mais la maltraitance ne se limite pas au milieu familial. On peut la
retrouver aussi dans les écoles, les clubs sportifs ainsi que dans l’attitude
de l’animateur. Cela peut se manifester sous forme d’actes physiques (donner
des coups de pied, des claques, tirer les cheveux, etc …) mais aussi
psychologique (négliger l’enfant, le persécuter, le brimer, l’humilier, le
dévaloriser, le terroriser, ne pas respecter ses rythmes, exercer à son égard
une autorité exagérée). C’est aussi parfois instaurer un climat ambigu :
tentes et douches mixtes, langage et comportements déplacés, attouchement
d’ordre sexuel, attentat à la pudeur …
Il est important de fixer dès le départ des règles claires et des
interdits en les expliquant et en les respectant soi-même. Les règles sont là
pour préciser les limites, mais aussi pour garantir les droits de chacun.
Il doit s’établir une juste articulation entre le dialogue
et la contrainte, entre l’appel à la raison et le conditionnement.
La sanction vient répondre à une transgression : ce n’est pas une
vengeance.
Fiche réalisée en collaboration avec
la commission maltraitance des Francas des Pays de Loire
Fiche pratique n° 2 : L’animateur
est-il maltraitant ou pas ?
Dans notre intervention auprès des enfants, nous avons des
habitudes de comportement, sans nous être jamais posés la question ni de leur
légitimité, ni de leurs conséquences.
En fait, nous reproduisons des attitudes qui ont émaillé notre propre
enfance au contact avec notre famille, en les appliquant telles quelles ou en
les modifiant.
Dans l’exercice suivant, il s’agit de confronter les conceptions des
différents membres de l’équipe d’animation, non pas dans une logique de
« bonne » réponse, mais bien plus dans l’identification des limites
des uns et des autres sur des actes pouvant poser problème. Les items proposés
sont volontairement larges pour permettre à chacune et chacun de venir y loger
ses propres convictions.
A : Vous trouvez cela inadmissible
B : Vous trouvez cela acceptable dans certains cas
C : Vous êtes d’accord et pourriez le pratiquer
Fiche réalisée en collaboration avec
la commission maltraitance des Francas des Pays de Loire
« El Bola » drame d’ Achero Mañas
Premier long métrage d’un jeune réalisateur espagnol, ayant obtenu 4
récompenses aux Goya 2001 (équivalents des Césars), ce film met en scène Pablo,
jeune garçon de 12 ans qui vit le plus clair de son temps dans la rue,
participant à des jeux innocents (fête foraine) et d’autres bien moins (bondir
au dernier moment devant un train en pleine vitesse en évitant de se faire
happer). Il se lie d’amitié avec Alfredo, un élève de son âge arrivé
tardivement dans la classe. La première moitié du film ressemble à une
chronique d’une adolescence doucereuse. Jusqu’à ce que trempée par un orage et
obligé de changer de vêtement, Pablo laisse apercevoir sur son corps des traces
de coups. Le film s’enfonce alors dans l’horreur et un déchaînement d’une
violence infinie, d’une crudité rarement portée à l’écran. Le propos, d’une
grande sobriété, évite tout voyeurisme, mais pose avec une force et une intense
émotion, la question de la maltraitance.
Jacques Trémintin – Journal De l’Animation ■
n°04 ■ déc 1999
Bibliographie
De nombreux ouvrages sont parus depuis une dizaine d’années sur la
question de la maltraitance. C’est un peu comme si notre pays voulait rattraper
tout le retard accumulé.
Deux livres paraissent essentiels :
►C’est
d’abord la « bible » de référence éditée par l’Association
Française d’Information et de Recherche sur l’Enfance Maltraitée : « Enfances
en danger » édition Fleurus, 773 pages, 1997. Depuis 1982, l’AFIREM
réécrit régulièrement et complètement cet ouvrage afin de réactualiser les
connaissances et d’enrichir le document de toutes les recherches et travaux
effectués entre temps. On y trouve traités tous les aspects de la
maltraitance dans l’état du savoir au moment de la parution. On peut le lire de
façon linéaire ou en consultant les chapitres qui intéressent sur le moment.
S’y trouve accumulée une somme passionnante de données d’analyses et d’élément
de compréhension.
►« Les enfants
maltraités »Pascal Vivet, Les essentiels de Milan (64 p.)
Il est bien difficile parfois de dire l’essentiel sans faire l’impasse
sur certains aspects importants, d’être simple sans être simpliste, d’apporter
un maximum d’outils tout en restant accessible au plus grand nombre. A cet
exercice d’équilibriste, Pascal Vivet excelle en proposant ici une synthèse
intelligente et bien conçue sur la maltraitance. Définitions, analyse portant
sur les auteurs de ces violences (en y incluant les institutions), rappel du
dispositif de protection de l’enfance en danger et présentation de la
prévention et du soin... La mise en page, les illustrations, les dessins, le
style (qui évite le jargon professionnel) font tout d’abord de ce livre un
document agréable à lire. Mais, c’est aussi un outil pratique pouvant être
facilement utilisé comme support très efficace à toute action d’information ou
de formation.
Les éditions Fleurus ont édité toute une série d’ouvrages regroupant les
actes de colloque abordant la maltraitance sous un angle à chaque fois
différent. On y trouve des contributions passionnantes qui approfondissent un
thème particulier :
►« Maltraitance :
répétition, évaluation »Marceline Gabel, Serge Lebovici,
Philippe Mazet et all, 1995, (360 p)
►« Maltraitance
psychologique »Marceline Gabel, Serge Lebovici, Philippe Mazet et all,
1997, (359 p)
►« Maltraitance
institutionnelles : accueillir et soigner les enfants sans les
maltraiter » Marceline Gabel, Frederic Jesu, Michel manciaux et all 1998,
(306 p)
Deux classiques constituent une référence essentielle pour la
compréhension de la problématique de la maltraitance :
►«Aimer
bien, châtier bien » Stanislas Tomkiewicz et Pascal Vivet,
Seuil, 1991, 303 p. Cet ouvrage est la première (et seule) étude réalisée sur
les violences institutionnelles. Il comporte de nombreuses illustrations ainsi
qu’une grille présentant les facteurs de risque pour les établissements.
►« C’est
pour ton bien. Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant », Alice Miller,
Aubier, 1993. Dénonciation de la pédagogie noire et des effets qu’elle
peut avoir.
Enfin, de nombreux témoignages ont été publiés.
Poignants, plein d’émotion, ces récits permettent de comprendre ce qui se passe
dans la tête des victimes.
►« J’étais
sa petite princesse »Nelly, Fixot, 1994, 207 p. Récit du combat
d’une jeune-femme victime de l’inceste commis par son père, et qui essaie
d’obtenir justice pendant 4 ans. De la difficulté parfois à faire face à
la rumeur, à l’opinion publique, au voisinage.
►« Des
sanglots secs »Victor Sageot, Fixot, 1997, 295 p. Le parcours
d’un homme qui a connu une maltraitance psychologique tout au long de son
enfance et qui s’est marié avec une femme qui reproduit les mêmes comportements
à l’égard de leur fils.
►« L’araignée
sur l’épaule »Carmen Richard, Robert Laffont, 1998, 263 p.
Une jeune-fille placée en famille d’accueil est victime d’abus sexuels au sein
des familles nourricières qui l’ont pris en charge.
►« Le
fils favori »Joël Arès, éditions du Rocher, 1998, 108 p. Les
garçons peuvent aussi être victimes d’abus sexuels. L’auteur, victime de la
perversion de son père, s’enfonce dans une dérive faite de prostitution et de
drogue.