Lempert Bernard - Accusation 2

« Tout, dans ce que je fais, est transparent »

Donner la parole à la victime d’une rumeur n’a jamais été suffisant pour y mettre un terme. Demander à Bernard Lempert de répondre à nos questions nous a semblé néanmoins nécessaire.

Comment vivez-vous les accusations qui pèsent sur vous ?

Bernard Lempert : Comme vous pouvez vous en douter, difficilement. Le travail que je fais, tant en cabinet que dans la formation s’appuie sur la confiance. Dès lors qu’un doute s’installe, cela devient compliqué à gérer. Pas tant auprès des patients, car étant dans une relation interindividuelle, les personnes sont plus à même de juger sur pièce, mais surtout face aux institutions, bien plus sensibles à la rumeur. Pour vous donner un exemple, j’avais un contrat avec les éditions Stock pour un ouvrage intitulé « La maison de l’ogre ». J’avais même présenté mon ouvrage devant les représentants chargés de sa promotion. Le Directeur littéraire était ravi de notre collaboration. Et puis, survient l’article du Nouvel Observateur. Mon contrat a été cassé : depuis, mon manuscrit reste dans un tiroir. Je suis régulièrement invité dans des colloques. Certains résistent aux pressions : l’ANPASE qui m’a invité à ses journées 2002 de Rouen et qui avait prévu de me faire venir en 2003 à Hyères (je vais sans doute me désister pour éviter qu’ils aient des problèmes), les délégations régionales du droit des femmes qui me font intervenir chaque année en régions parisienne, Enfant Majuscule encore tout récemment à l’UNESCO. D’autres, non. On est là, je crois, dans le domaine de la peur archaïque de la contamination. S’approcher de moi, c’est risquer d’être touché par le même type de soupçon. Alors, on préfère s’écarter de moi, comme si j’étais un pestiféré.

 

Un certain nombre d’organismes continue à porter des accusations contre vous : la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu...

Bernard Lempert : les rumeurs qui couraient sur le compte de « l’arbre au milieu » peuvent expliquer que cette association se soit trouvée inscrite dans la liste des sectes du rapport parlementaire de 1996. Encore que les Renseignements généraux, à l’origine de cette liste, aurait pu faire une enquête un peu plus sérieuse, avant de l’y inscrire. Mais, ce qui est inexplicable, c’est qu’on ne puisse revenir sur cette inscription. Il est inadmissible, si une erreur a été commise en la matière, qu’on ne puisse la corriger. Or, Jacques Guyard, le rapporteur de cette commission, a reconnu publiquement lors de l’émission de Frédéric Le Noir, passée sur Arte le 14 novembre 1998, le caractère non fondé de cette mise en cause de « l’arbre au milieu ». La presse à l’époque s’en était fait l’écho (1). Il n’a jamais renouvelé sa déclaration. Mon hypothèse en la matière, c’est que reconnaître qu’une méprise a pu être commise, c’est porter le doute sur le sérieux avec lequel cette liste a été établie et ouvrir la porte à la remise en cause de l’ensemble. La stratégie adoptée consiste donc à en sacrifier un pour sauver le reste. Quant à l’UNADFI, elle est engagée, je pense, dans la défense systématique de la famille, quelle qu’elle soit, considérée comme bonne par essence. Cette position idéologique l’amène à se buter, même lorsque des familles apparaissent comme un lieu où se déroulent des agressions. Les personnes qui mettent le doigt sur les crimes familiaux ne peuvent qu’encourir ses foudres. Tous ceux qui apparaissent contre la famille ne peuvent qu'être sectaires, puisque l’une des caractéristiques qu’elle dénonce chez les sectes, c’est d’essayer d’isoler l’adepte de son milieu d’origine. Raccourci un peu abusif, mais c’est comme cela.

 

Quelle est pour vous la raison de tout cela ? Pensez-vous être l’objet d’un complot ?

Bernard Lempert : En fait, tant que « l’arbre au milieu » est resté sur le terrain de l’interprétation des rêves et du symbolique, nous ne gênions vraiment personne... Dès que nous avons été dépositaire de secrets de famille, nous sommes devenus dangereux. Et quand ces secrets de famille ont concerné des gens ayant un certain pouvoir, ceux-ci se sont mis à instrumentaliser leur réseau pour faire pression et faire taire les témoins. Franck Joannès, journaliste à Libération, auteur d’une solide enquête sur cette affaire (Libération du 30 mars 1998) m’expliquait qu’au départ, il ne croyait pas à la cabale. Après avoir remonté jusqu’à l’Hermine, cette association regroupant beaucoup de parents ayant eu affaire à la justice pour des agressions sexuelles sur leurs enfants, il m'a dit en avoir finalement été convaincu. La personne qui a informé la presse lors du dernier colloque où j’ai été censuré, a été décrit par l’Hermine comme un « chevalier blanc ». Rien ne l’arrêtera, sauf peut-être une condamnation par la justice. Je me réserve le droit d’intenter une nouvelle procédure. Il n’y a que comme cela, je pense, que l’on pourra mettre un terme au harcèlement. Le seul message que j’ai envie de passer, c’est que dans cette affaire, je suis transparent. Mais on ne me demande jamais rien, préférant s’en tenir à la l’inscription de « l’arbre au milieu » sur la fameuse liste parlementaire, qui semble se suffire à elle-même. J’ai quand même le sentiment, qu’à travers moi, c’est la protection de l’enfance que l’on cherche à atteindre.

 

1 « L’Arbre au milieu fait partie des mouvements qu’on n’aurait pas du mettre dans la liste, parce que manifestement, ce n’est pas une secte » cité dans Libération du 25 octobre 1998 et dans Télérama du 11 novembre 1998.

Propos recueillis par Jacques Trémintin

Non paru ■ déc 1998