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Handicap et vacances! Version imprimable Suggérer par mail

 

Des vacances, quand même !

 

 

Comme n’importe quel citoyen, une personne souffrant d’une déficience doit pouvoir bénéficier de séjours de vacances. Ce truisme se heurte pourtant à des obstacles tant techniques que normatifs qu’il faut dépasser quand on veut offrir ce type de service. Explications.

 

Pendant des millénaires, nul n’était à l’abri de la famine et chacun était surtout préoccupé de trouver sa subsistance. La société du loisir qui a succédé à la société de la nécessité (du moins dans les pays développés) est la conséquence de plusieurs facteurs cumulés : un développement économique sans précédent, la diminution du temps de travail, l’allongement de la vie, mais aussi de la démocratisation de l’accès à l’éducation, à la culture et au sport. Si, au cours de l’été 2008, 58 % des français sont partis en vacances, l’afflux des visiteurs étrangers n’a pas été moindre, notre se pays situant au premier rang mondial du tourisme mondial. C’est en 2000 que le record aura été atteint : 75,5 millions de visiteurs étrangers et une balance des paiements dégageant, en la matière, un excédent d'environ 15,24 milliards d'Euros. On mesure l’importance des équipements nécessaires à l’accueil d’un tel public.  Pour ce qui est des personnes souffrant de handicap, qu’elles soient enfants ou adultes, l’aspiration aux vacances n’a aucune raison d’être moindre. La pratique du transfert est, depuis des années, une tradition dans les établissements. Pourtant, pendant longtemps, il fallait les justifier par des alibis éducatifs. Aujourd’hui, on peut un peu plus légitimement évoquer les mêmes motivations que pour les valides : changer d’air, découvrir des lieux nouveaux, visiter des sites remarquables, rencontrer d’autres modes de vie. La seule différence, c’est que cette demande de vacances nécessite un minimum d’adaptation des lieux d’accueil. Mais, au regard de l’imposante infrastructure touristique existante, ces aménagements restent encore, pour l’essentiel, confidentiels.

 

 

Rattraper le retard

 

Pour combler ce retard, de nombreuses initiatives ont vu le jour ces dernières années. L’une d’entre elles, s’est consacré à l’élaboration d’un label de certification proposée par Tourisme et handicap. Simple cellule de coordination entre professionnels du tourisme et associations d’usagers porteurs de handicap, à sa création en 1994, puis véritable association à partir de 2001, cet organisme informe, conseille et promeut des lieux de séjours pour les rendre compatibles avec les quatre formes de déficiences (mentale, physique, auditive et visuelle). Il est vrai que pour le candide, la bonne volonté n’est pas suffisante pour recevoir des personnes déficientes. Toute une série d’agencements techniques apparaît nécessaire. Tout commence par le stationnement qui doit prévoir des emplacements suffisamment larges pour permettre aux passagers en fauteuils de sortir de leur véhicule. Un plan incliné doit faciliter le franchissement du seuil. La réalisation des cheminements et des accès en couleurs contrastées et la neutralisation de tout obstacle favoriseront l’autonomie les déficients visuels. Une signalétique associant l’image et le texte prendra en compte les difficultés spécifiques des personnes porteuses de handicap mental qui n’ont pas forcément accès à la lecture. Les annonces auditives seront doublées par des annonces visuelles, pour les personnes atteintes de problèmes de surdité. Les portes d’une largeur de 0,80 m sont d’autant plus franchissables en fauteuil qu’elles bénéficient d’une zone d’approche de 1,20 m. Afin d’éviter tout danger les baies vitrées doivent être équipées de bandes adhésives de couleur contrastée à 70 cm et 1,70 m etc…

 

 

Une question de mentalité

 

Ces quelques indications empruntées au guide de la fédération nationale des comités départementaux du tourisme « conseils pratiques pour réussir une structure adaptée » (septembre 2004) (1) donnent une idée des nombreuses préconisations techniques qui y sont présentées. Mais le coût des investissements qui s’avèrent ainsi nécessaires ne justifie pas à lui seul le sous-équipement chronique des installations touristiques. L’Italie a fait le choix d’intégrer 97 à 98 % des enfants porteurs de handicap dans un seul et même système scolaire pour tous. Certains länder allemands ne les autorisent à sortir du secteur spécialisé qu’à condition de justifier de compétences importantes. Le modèle intermédiaire choisi par notre pays a évolué ces dernières années dans le sens d’une plus grande perméabilité entre le dispositif médico-social et le secteur ordinaire. Les structures d’accueil spécialisé ont l’immense avantage de concentrer en un seul lieu l’intervention des meilleurs intervenants médicaux et socio-éducatifs. Elles présentent comme effet pervers le risque de  ghettoïsation. L’inscription d’un enfant atteint d’une trisomie dans une école primaire déclenche encore bien des méfiances tant de la part du corps enseignant (qui s’interroge légitimement sur son absence de formation spécifique) que de parents inquiets de voir le programme prendre du retard (dans le cas où le professeur prendrait trop de temps avec l’enfant différent).

 

 

Mêler valides et invalides ?

 

La présence d’un groupe d’adultes handicapés dans un concert déclenche encore quelques regards gênés. La cohabitation d’un groupe de personnes porteuses de handicap et d’un groupe de vacanciers non déficients n’est pas sans poser problème au gérant d’un lieu de vacances qui peut craindre de voir fuir sa clientèle ordinaire. Il n’est pas si éloigné le temps où une pétition circulait chez les commerçants d’une station balnéaire de l’ouest de la France, afin que la Maison d’accueil spécialisée qui y est pourtant installée depuis des décennies, ne laisse pas sortir ses pensionnaires l’été, de peur que cela nuise au tourisme !  Même si les mentalités progressent, la révolution culturelle de l’intégration des différences est loin, contrairement à d’autres pays, d’avoir conquis la France. C’est bien pourquoi, il est d’autant plus intéressant de donner un coup de projecteur au contre-exemple du gîte « Rand’eau pour tous ». Son promoteur, Jean-Yves Hercouët est l’un des principaux organisateurs du festival Handistar qui ne désemplit pas depuis sa création, en 2002. Mais ce n’est pas à ce titre qu’il apparaît ici aujourd’hui. C’est le projet qu’il a mené à bien pendant près de deux ans et demi qui va nous intéresser. Sensibilisé au monde du handicap, il a conçu avec sa femme, elle-même formatrice auprès d’infirmières et d’aides soignantes, le projet de construire un gîte accessible aux personnes porteuses de handicap. L’occasion de faire le point sur la genèse d’une telle démarche.

 

 

Recherche gîte désespérément

 

Du côté de la demande, il existe des dizaines d’associations ou d’agences spécialisées qui organisent des séjours de vacances adaptés. A l’exemple de l’« Association loisir handicap » située à Redon et qui propose des destinations comme « au pays magique de Merlin l’enchanteur » (plongée dans les histoires et légendes de la forêt de Brocéliande) ou encore « le nouvel an au cœur de l’Auvergne » (séjour à la neige). Ou encore l’association Epal qui offre la possibilité d’organiser des séjours en partenariat avec les établissements, dans une collaboration qui peut aller de la simple gestion de l’infrastructure jusqu’à l’encadrement complet clef en main. Ces quelques exemples pourraient être multipliés à l’envie, tant les initiatives de cette sorte se sont multipliées. La difficulté ne réside donc pas du côté des promoteurs de tels séjours, mais du côté de l’offre de lieux adaptés. Ainsi, le site « Gîtes de France » propose-t-il pour la Bretagne 4.528 locations possibles dont 34 seulement sont accessibles à certaines formes de handicap (soit 0,75 %). Et encore, faudrait-il connaître les aménagements existants. Il suffit parfois d’une simple cuvette de toilette surbaissée et d’une barre latérale pour prétendre à une forme d’accessibilité. On est alors bien loin du compte.

Le 19 juillet 2008, ouvrait officiellement le gîte "Rand'eau Pour Tous". Son appellation mérite une explication.

 

 

Un aménagement dédié

 

Situé à Saint Congard dans un village de 600 habitants, il fait face au canal de Nantes à Brest. Un ponton permet d’accéder au chemin de halage qui est en cours d’aménagement pour la grande randonnée (sur 115 kilomètres). Le gîte est donc idéalement placé pour les randonneurs. Sans négliger ce public potentiel, il a surtout été aménagé pour accueillir un groupe de personnes en situation de handicap et leurs accompagnateurs (10 places). Le bâtiment construit en armature en bois est de plain pied. Sa pièce principale est très vaste (65 m²). Elle est meublée de façon sobre mais fonctionnelle, pour éviter un encombrement toujours gênant pour la circulation des fauteuils roulants. La table centrale a été fabriquée sur mesure avec deux pieds centraux et une hauteur de 70 cm permettant aux fauteuils de s’y attabler. Le plan de travail de la cuisine a été abaissé à 80 cm et la cuvette des toilettes à 50. Sur les deux salles de bain équipées pour recevoir des personnes à mobilité réduite, l’une a été conçue sur 10 m² pour accueillir un lit médicalisé et permettre ainsi que la toilette puisse être assurée dans ces conditions particulières. Les portes sont coulissantes, leurs poignées traditionnelles ayant été remplacées par des modèles moins saillants. Les volets de persiennes des chambres coulissent, eux aussi. La multitude de grandes baies vitrées n’a pas été imaginée uniquement pour faire entrer la lumière. Elle permet aussi aux personnes ne pouvant se verticaliser, d’avoir vue sur l’extérieur. Les interrupteurs sont équipés de voyants lumineux et les appareils ménagers sont étiquetés en braille …

 

 

Obtenir un label

 

Avant de pouvoir proposer un gîte à la location, il faut obtenir un label de qualité. Les propriétaires ont choisi « Clevacances ». Deux évaluateurs sont venus contrôler l’adéquation des installations avec une charte qui prend en compte la qualité de l'environnement, le niveau de confort et les prestations associées. Cinq clés peuvent être attribuées, allant d’une pour un accueil rustique à cinq pour une piscine ou un accès internet. Mais on est là encore dans un critère de tourisme ordinaire. Pour obtenir le label « Tourisme et Handicap », on reçoit d’abord la visite de deux techniciens conseils qui établissent un diagnostic et des recommandations d'accessibilité. A l’issue des travaux, une seconde visite est assurée par des évaluateurs distincts qui accorderont alors un agrément pour tout ou partie des quatre déficiences (handicap mental, physique, déficience auditive ou visuelle). L’attribution du label « clevacances » bénéficie d’une subvention de 8 000€ de la part du Conseil général qui en rajoute 1 000 € à l’obtention du label « Tourisme et handicap ». On est loin des 200.000 € d’investissement. L’équilibre financier est atteint à partir de six mois de location par an. Le choix des propriétaires s’est porté sur la fidélisation de deux organismes institutionnels organisateurs de séjours de petits groupes de personnes souffrant de handicap. Les prestataires facturent un séjour adapté d’une semaine à un prix moyen allant de 800 à 1000 € par personne. En fixant à 800 Euros la semaine d’été et 450 € hors saison, Jean-Yves Hercouët s’est aligné sur les 25 à 28% que ces organismes prévoient dans leur budget pour l’hébergement. Un tel projet est un pari pour un investisseur privé : gagner de l’argent, rentrer dans ses fonds ou perdre sa mise de départ. L’esprit même du capitalisme mis au service des vacances des plus fragiles.

 

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°920 ■ 12/03/2009

 

(1) http://www.tourisme-handicaps.org/

 

Contact : http://www.gite56.com   Tel. : 06-30-05-56-22

 

 
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