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Sciences humaines de 2001 à 2003 Version imprimable Suggérer par mail

 

Les mouvements sociaux

Vers la fin du collège unique ?

La réforme de l’Etat

Le mythe de la panique

Le monde des jeunes

D’où vient le crime ?

La psychologie de l’enfant

Les hommes en question

 

 

 


 

Les mouvements sociaux

 

La chute du mur de Berlin intervenue en 1989 a pu faire croire, un moment, à la fin du conflit social et de l’action collective. Si, effectivement, notre société a connu une baisse  tendancielle des conflits du travail (plus de 5 millions de journées de grève dans le privé en 1976 contre moins de 400.000 en 2002), la contestation ne s’en est pas moins maintenue sous d’autres formes. A compter du milieu des années 1990, se sont mis à croître les mouvements de chômeurs, de sans logis, de travailleurs précaires, des sans papiers ou encore les groupes de lutte contre le sida. Ces nouveaux mouvements sociaux se sont développés en réaction de la crise du mouvement ouvrier et des grandes idéologies, à la suite du féminisme, de l’écologie politique, du régionalisme et du consumérisme. Ils privilégient les formes d’organisation souples, la démocratie directe, la multi-appartenance et la forte implication personnelle. L’action suivie s’inspire tant des stratégies d’influence (pétition, manifestations, actions juridiques) que de l’action directe (occupation ou voyage sans tickets, remplissage de caddies sans paiement, sit-in, grève de la faim...). Le mouvement social (« forme d’action collective concertée en faveur d’une cause ») a donc su renouveler largement ses formes, en manifestant au-delà de la défense d’intérêts particuliers et catégoriels,  la volonté de prendre part au processus de décision dont leurs participants se considèrent comme exclus. Il confirme au passage l’hypothèse des psychosociologues affirmant dès les années 1960 que ce n’était pas tant la paupérisation qui poussait à la révolte mais le décalage entre les conditions réelles de vie et le niveau qu’on estime être en droit d’attendre à un moment donné. Qui plus est, le mécontentement politique est fréquemment observé chez les personnes qui tout en restant satisfaites personnellement s’identifient à ceux que la société traite injustement.

(Sciences Humaines n°144, Décembre 2003)

 

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Vers la fin du collège unique ?

 

A lire dans le numéro de mars de Sciences humaines, l’excellent article sur le collège unique. Après 40 ans de débat et 15 ans de réforme, celui-ci naît le 11 juillet 1975. Jusqu’alors, Chaque élève était orienté soit en premier cycle de lycée, soit en collège d’enseignement général, soit dans les filières courtes et classes de fin d’étude menant directement au marché du travail ou à l’apprentissage. Dorénavant, l’orientation définitive de tous les enfants est reportée de 11 à 16 ans. Triomphe de la démocratisation de l’enseignement ? Près de 30 ans après cette importante réforme, le constat est catastrophique : maintien des disparités dans le parcours scolaire et lassitude (sinon découragement) des enseignants. Que s’est-il passé ? Trois mesures devaient accompagner l’instauration du nouveau collège : création d’un corps spécifique de professeurs accessible aux instituteurs (plus proches des préoccupations des classes populaires, car eux-mêmes souvent issus de ces milieux), réduction de la durée des cours à 45 minutes (le temps ainsi libéré étant consacré à des actions de soutien), enfin, élaboration d’une éducation de base (le niveau minimum que chaque collégien devait acquérir). Les syndicats enseignants du secondaire s’y opposèrent avec succès, au nom de la lutte contre un enseignement au rabais. Le modèle dominant qui s’est alors imposé fut celui du lycée : la hiérarchisation des savoirs restera fondée sur l’abstraction et une approche académique, les qualités de bon savant apparaissant suffisantes, pour être un bon prof de collège. On a appliqué à toute une classe d’âge ce qui était proposé au préalable à 20% d’entre elle. La culture générale littéraire et scientifique, propre aux couches les plus favorisées, s’est imposée au détriment des savoirs appliqués et techniques, plus proche des enfants des couches populaires. Le collège unique est un échec, son réaménagement, en cours.

(Sciences Humaines n°136, Mars 2003)

 

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La réforme de l’Etat

 

On nous a abreuvé depuis des années des discours récurrents sur le trop d’Etat et les difficultés que l’on pouvait rencontrer à le réformer. Progressivement, le propos évolue vers « mieux » d’Etat. Et c’est vrai que cette machine complexe et multiforme qui représentait au début du siècle 500.000 agents civils et 10% du PIB, compte aujourd’hui 5,5 millions de fonctionnaires et pompe 46% de prélèvements obligatoires. Pour autant, les français qui sont attirés par la perspective de payer moins d’impôts ne sont pas prêts à accepter moins d’un service public dont ils se déclarent satisfaits. De fait, de profondes mutations ont eu lieu depuis un quart de siècle, insensiblement et à bas bruit. Il y a d’abord eu son retrait de la sphère économique (les fonctions de régulation monétaire ou d’entrepreneur industriel ont été progressivement abandonnées). Puis, les mécanismes centralisés de la décision publique hérités de l’ancien régime et de la Révolution ont été démantelés et écartelés entre des pans entiers de compétence transférés tant aux collectivités locales (Régions, départements, Communes) qu’à la communauté Européenne. Autres mutations essentielles : l’introduction de dispositifs d’évaluation et la place nouvelle tenue par l’usager (qu’on nommait jusqu’alors l’administré) au centre du dispositif. Si, en l’espace de cinq ans l’effectif du ministère des armées a été diminué de près de 150.000 personnels, deux grands domaines ont fait l’objet d’une large expansion budgétaire : l’aide sociale et l’éducation. Finalement, aucune méthode ne s’est avérée efficace pour adapter cette grosse machine aux exigences nouvelles : on ne peut privilégier ni l’implication des personnels, ni la recherche de décisions conflictuelles, ni les initiatives locales, ni l’instauration d’une autorité forte, chacun de ces procédés pouvant, selon les circonstances, permettre ou freiner la réforme voulue.

(Sciences Humaines n°133, Décembre 2002)

 

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Le mythe de la panique

 

Les scènes d’affolement collectif sont l’un des pires ennemis de l’espèce humaine, pense-t-on couramment. Elles peuvent faire bien plus de dégâts que l’incendie ou l’accident qui les déclenche. L’actualité tout comme les films catastrophes nous ont habitués à ces comportements de survie qui s’emparent de tout un chacun dans les moments de panique, avec comme corollaire l’absence de considération pour ses voisins. On voit alors des gens piétiner indistinctement amis et inconnus dans leur tentative de fuite. Et pourtant, les sciences humaines viennent démentir une telle représentation qui n’est en fait qu’une idée reçue. Les 700 cas étudiés depuis une cinquantaine d’années, par le « Centre de recherche sur les désastres » de l’université du Delaware, démontrent le contraire. Il apparaît, qu’en réalité, les personnes concernées ne se comportent pas comme on le pense. Même si le sol tremble, même si les habitations s’effondrent, même si le feu fait rage, elles perdent rarement leur sang-froid. Placées devant un grand péril, elles peuvent certes être envahies par la terreur, mais elles aident bien plus souvent qu’on ne l’imagine les autres, même si ceux-ci leur sont étrangers. L’altruisme n’est donc pas une exception, ce qui contredit la vision d’un être humain fondamentalement égoïste. Si le mythe de la panique perdure, c’est parce qu’il fournit une explication simple exonérant à peu de frais d’autres responsabilités (défaillances architecturales, imprudences, erreurs dans les règles de sécurité...). Plutôt que de ne pas donner les bonnes informations, au prétexte d’éviter les risques de désordres, les autorités seraient bien mieux inspirées de faire confiance aux gens en les considérant non comme des contingences supplémentaires à gérer, mais comme partenaires à part entière, quand surviennent des crises ou des situations difficiles.

(Sciences Humaines n°132, Novembre 2002)

 

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Le monde des jeunes

 

La question de la jeunesse est l’une de celles qui sont le plus traitées par les revues et publicistes. Aussi, n’est-il pas toujours facile d’apporter une contribution qui soit nouvelle. La dernière livraison de Sciences Humaines y arrive avec bonheur en relatant l’effort qu’a toujours mise en œuvre la société pour placer sous contrôle cet âge de la vie plein de fougue. Pendant longtemps, la sortie de l’enfance fut soigneusement encadrée par une proximité permanente des adultes qui permettait de canaliser le tumulte et l’impatience qui émergeait alors. A partir du XIXème siècle, la société prend le relais des familles et du milieu professionnel jusqu’alors seuls facteurs de socialisation l’autonomisation : en amont, par une scolarisation dès l’école primaire, et en aval par la conscription. La marginalisation qui en résulte ainsi que l’autonomisation, se concrétiser dans le dernier quart du XXème siècle, par la massification de la présence d’une même classe d’âge dans les collèges jusqu’à 16 ans. On assiste alors à la création d’une véritable culture commune et d’un sentiment d’appartenance à un groupe dont l’une des illustrations est cette télévision et ses séries (sitcom du type « Hélène et les garçons » ou émission comme Love Story) qui constituent autant de terrains privilégiés pour s’initier aux règles du jeu social : y sont présentés toute une série de situations et de caractères dont il est possible de tirer des correspondances avec la vie dans la société des pairs. La pression de la jeunesse est d’autant plus forte qu’elle incite le monde des adultes au jeunisme : rester jeune constitue l’une des injonctions de nos sociétés modernes. Mais est-ce vraiment nouveau ? « Les vieillards s’abaissent aux façons des jeunes gens et se montrent plein d’enjouement et de bel esprit, imitant la jeunesse de peur de passer pour ennuyeux et despotiques » remarquait déjà Platon dans La République !

(Sciences Humaines, n° 127 Mai 2002)

 

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D’où vient le crime ?

 

Alors que le débat sur l’insécurité devient un argument premier des joutes électorales, il est bienvenue de profiter d’un éclairage scientifique. Avec tout d’abord le rappel qu’il n’y a crime ou délit que pour autant qu’une société définit un acte comme transgressif. Ainsi,  du vagabondage, de la mendicité, des chèques sans provision et autres actes adultères qui ont tout simplement disparu du nouveau code pénal de 1994. A l’inverse d’autres comportements ont été incriminés : fumer dans un lieu public, conduire en état d’ivresse, dépasser de 40 km/h la limitation de vitesse sont devenus des délits. Seconde précision : l’arbitraire de la tentative de mesurer l’insécurité. Les seules statistiques existantes font état de l’activité de la police et donc de son efficacité. Ces chiffres peuvent tout autant démontrer l’abaissement du seuil d’intolérance de la société, à un moment donné, sur un comportement particulier. Si on assiste, depuis des années, à une stabilisation du nombre des homicides et tentatives d’homicides, l’importance des viols s’est nettement accrue. Cette dernière évolution est-elle la preuve d’un accroissement de ce crime ou de la transformation du comportement des victimes qui portent plainte de plus en plus souvent ?  Autre  thème éclairant : la multiplicité des conceptions qui cherchent à comprendre le comportement criminel. Y a-t-il un gène du crime comme le croyait Lombroso qui tenta, au siècle dernier, d’en démontrer les origines anthropologique, biologique et héréditaire ? Ou doit-on établir un lien avec la frustration et l’insatisfaction ?  Les conditions psychosociale de la vie ne jouent-elles pas un rôle essentiel : lutte de classe, inégalités sociales, conflits culturels ? Mais n’est-ce pas parfois plutôt la convoitise ou la jalousie qui en constitue la motivation principale ? Et puis, il y a l’inévitable psychopathe : passages à l’actes répétés, impulsivité, incapacité à supporter les satisfactions différées ? De quoi placer en perspective une question bien plus complexe qu’il n’y paraît.

(Sciences Humaines, n° 123, Janvier 2002)

 

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La psychologie de l’enfant

 

Il faut attendre le XVIIIème siècle pour voir apparaître la psychologie de l’enfant, les écrits concernant cette classe d’âge étant surtout limités jusqu’alors à la pédagogie. Très vite, cette nouvelle discipline va prendre les deux directions qu’on lui connaît encore aujourd’hui : une approche très descriptive centrée sur la connaissance de l’évolution du petit d’homme et de ses dysfonctionnements et la démarche qui s’intéresse à l’enfant pour autant que celui-ci permet de comprendre la nature humaine et de développement de la pensée. De nombreux penseurs vont apporter leurs contributions à cette discipline : Binet, Freud, Wallon, Vygotski...  mais c’est Jean Piaget qui pose la pierre angulaire autour de laquelle va bientôt tourner toute la réflexion : la thèse centrale de son oeuvre s’appuie sur la conviction que l’intelligence se construit au fur et à mesure des interactions entre le bébé et son environnement. Pour autant, les dernières recherches ont permis de dépasser certaines des limites des modèles classiques en démontrant que cette intelligence ne s’acquière pas par stade comme un escalier, que l’on monterait marche après marche, mais par chevauchement des différentes stratégies mises en oeuvre. L’enfant apparaît comme un inventeur perpétuel qui cherche de nouvelles approches même si rien ne l’y encourage, son esprit étant dominé par l’omniprésence de la variabilité et du choix. Autre orientation qui s’impose : celle qui favorise une vision globale de l’enfant, faisant entrer dans les facteurs à l’origine de ce qu’il devient les dimensions d’ordre psychologique, éducatif, pédagogique, mais aussi biologique ou génétique. Il n’est plus possible de limiter sa compréhension à un modèle qui exclurait tous les autres.

(Sciences Humaines, n° 120, Octobre 2001)

 

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Les hommes en question

 

La femme comme gardienne du foyer et l’homme comme pourvoyeur des besoins de la famille et garant de l’ordre social : cette image traditionnelle du modèle familial a été pendant longtemps perçue comme l’aboutissement naturel de l’évolution sociale. La théorie lacanienne est venue renforcer cette dualité des rôles parentaux en attribuant à la mère la source affective et au père la fonction autoritaire. L’évolution des mœurs et des nouvelles théories en sciences humaines ont remis en cause tous ces cadres antérieurs de la vie privée et ses différentes dimensions : sociabilité, sexualité, conjugalité, parentalité. Les relations au sein des familles n’ont pas échappé à ces mutations. C’est d’abord l’émancipation des femmes qui a bousculé les schémas préétablis. C’est ensuite la redéfinition de la virilité qui a permis que soit réinvesti le rôle paternel. Mais, il s’agit là plus d’un renouveau que d’une création ex-nihilo, tant il est vrai que l’histoire médiévale fourmille de ces traités d’éducation à destination des pères, qui les incitent à ne pas se limiter à la seule formation intellectuelle et morale, mais les encourageant à la tendresse en condamnant toute tentation de la violence. Reste l’inégalité homme/femme qui perdure, malgré toutes les tentatives de traitement à parité : si l’homme continue à assumer seulement le tiers du temps parental, la femme quant à elle n’occupe encore que 72 % des postes de cadre (au sein de l’Education nationale, administration féminisée depuis longtemps, on compte 4 rectrices pour 22 recteurs d’académie). Quant aux pris Nobel, sur les 650 décernés en 99 ans, 30 seulement l’ont été à des femmes.

(Sciences Humaines, n° 112, janvier 2001)

 

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