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Sciences humaines de 1999 à 2000 Version imprimable Suggérer par mail

 

L’école en mutation

De l’hérédité à la mobilité sociale

Le changement dans tous ses états

L’altruisme

Cent fois en dix ans

Normes, interdits, déviances

Conscience et inconscience

Le groupe dans tous ses états

Divorce & lien social

Les clés de la motivation

 

 

 


 

L’école en mutation

 

On le sait, le système scolaire a connu, depuis une trentaine d’années, toute une série de profondes mutations : scolarisation considérablement allongée, population le fréquentant subissant une croissance substantielle, enseignants semblant devoir agir autant comme travailleur social, surveillant, confident ou psychologue que comme pédagogue, apparition de nombreux autres acteurs (conseillers d’orientation, documentalistes, administrateurs, psychologues). Autre circonstance concomitante venant fragiliser la culture scolaire : les élèves apprennent et savent aujourd’hui autre chose que ce que leur enseigne l’école. Face à ces transformations le corps professoral apparaît plutôt comme au puissant espace de résistance aux nécessaires modifications des pratiques pédagogiques quotidiennes, s’accrochant au dispositif de base qui n’a pas changé depuis quatre siècles : la classe refermée sur elle-même dans laquelle ils travaillent séparément les uns des autres. Outre la remise en cause de ces modalités d’enseignement, les réformes préconisées dans la plupart des pays font référence à la pédagogie du projet, au choix du cycle d’apprentissage en lieu et place de l’année-degré, une formation des maîtres plus professionnelles ...

(Sciences Humaines, n° 111, décembre 2000)

 

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De l’hérédité à la mobilité sociale

 

Les théories héréditaristes ont eu de funestes zélateurs en la personne des criminels nazis. Ceux qui défendaient l’idée de la transmission génétique de certains comportements s’en sont trouvés complètement discrédités. Les recherches sur le rôle de cette génétique ont repris depuis une vingtaine d’année avec la découverte des mécanismes biochimiques du cerveau qui ont démontré que les maladies mentales n’ont pas une origine exclusivement psychique mais comportent une indéniable composante organique. Dans la foulée, les études portant sur certains traits de personnalité démontrent que l’inhibition, l’optimisme, le conformisme, la résistance au stress… ont aussi une composante génétique. Pour autant, l’importance n’est pas tant cette donnée de départ, que la marge de liberté qui permet à chacun de ne pas se résumer à une marionnette actionnée par les gènes. De la psychologie à la sociologie, il n’y a souvent que quelques pas. Ici, il y a quelques pages. Pendant longtemps, on a cru que ce qui dominait était bien la tendance à la transmission intergénérationnelle  des statuts socioprofessionnels (l’enfant restant dans la même classe sociale que ses parents). Or, dans les années 90, deux hommes sur trois et trois femmes sur quatre ont quitté leur milieu d’origine. Cette statistique qui pourrait démontrer un fort taux de mobilité sociale reste à relativiser. D’abord, 40% de cette mobilité est due aux modifications de structure des emplois (effondrement des métiers de l’agriculture et dans une moindre mesure de ceux du monde ouvrier au profit des employés et professions intermédiaires). Le système scolaire, de son côté, agent de cet ascenseur scolaire, n’a pas fait disparaître les filières, qui, pour être officieuses, n’en sont pas moins très bien utilisées par les familles possédant le meilleur capital culturel. Quant aux diplômes, s’ils sont largement obtenus (70% d’une classe d’âge accèdent à la classe de terminale), ils sont aussi massivement dévalorisés.

(Sciences Humaines n° 106, juin 2000)

 

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Le changement dans tous ses états

 

Le changement peut tout d’abord s’opérer au niveau individuel. C’est le domaine des psychothérapies. La transformation de soi est proposée par trois grands courants. Le modèle psychodynamique qui va chercher dans les mécanismes psychiques les sources des troubles et donc leurs solutions. Le modèle cognitivo-comportemental qui cherche à modifier certains comportements ou modes de pensée inadaptés qui constituent une source de souffrance. Enfin, le modèle interactionnel qui privilégie quant à lui la communication et les relations interpersonnelles. Les  résultats visés relèvent respectivement de la suppression des symptômes ou de l’instauration d’un état d’épanouissement et de créativité.

Mais le changement peut aussi s’effectuer au niveau des organisations. La sociologie a étudié de près les mécanismes opérants et les résistances qui s’y opposent. La reconnaissance de la valeur de chacun, l’écoute et l’investissement individuels, la négociation et le cheminement pas à pas qui fassent la place au compromis entre les intérêts divergents sont des facteurs en l’absence desquels toute volonté de faire évoluer les structures se heurte à une opposition et à des réticences importantes.

Le changement c’est encore, celui qui se manifeste au niveau social. Les conflits de travail se sont effondrés, passant de 6.734.600 journées individuelles perdues pour fait de grève entre 1947 et 1958 à … 35.176 en 1998 ! Le terrain de la contestation a glissé dans le domaine de la citoyenneté : lutte des femmes, droit au logement, mouvement des sans-papiers… Les règles publiques de gestion de la société sont directement interpellées non dans une logique de mobilisation massive ni de changement global, mais bien plus dans une perspective de régulation du lien social.

Si le changement est au cœur de nos sociétés, il n’a pas les mêmes causes, ni adoptent les mêmes modalités selon les sphères où il s’applique.

(Sciences Humaines hors-série n° 28, mars-avril-mai 2000)

 

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L’altruisme

 

L’altruisme est ce comportement volontaire et intentionnel qui bénéficie à autrui sans que l’on en attende ni récompense, ni compensation. Le monde animal regorge de ce type d’attitudes : aides envers un congénère en difficulté, alarme donnée en cas de danger, partage de nourriture, adoption d’orphelins … Cette assistance se fait sans intérêt évident, tout simplement parce que l’autre souffre et a besoin de soutien. Notre société qui place l’intérêt de l’individu avant tout, l’authenticité de l’altruisme est remise en doute : combien d’attitudes désintéressées, de dons spontanés ou de manifestations de sympathie sont reçus avec suspicion, comme une forme déguisées d’égoïsme (« il veut se mettre en avant », « il fait cela parce qu’il y trouve son compte »). Les grecs distinguaient entre l’eros (désir sexuel),  la philia (l’amitié), la storgé (l’affection), l’agapê (amour de son prochain) et la philantrôpia (amour de l’humanité en général). Notre monde moderne s’abreuve quant à lui à d’autres sources d’inspiration. Trois réseaux culturels inspirent les attitudes altruistes : le christianisme avec son concept d’aider son prochain, l’humanisme des lumières avec sa notion de droits et de libertés individuelles et le socialisme avec ses idéaux d’une société juste et égalitaire. La psycho-sociologie distingue trois formes d’altruisme. Altruisme participatif d’abord, quand celui-ci bénéficie à la collectivité dans son ensemble : sacrifier tout son temps, toute son énergie et même sa vie pour sa religion, son entreprise, sa patrie. Altruisme fiduciaire ensuite, quand il est destiné à soutenir une interaction entre personnes et à réduire la distance entre elles : c’est le cas pour les l’action humanitaire. Altruisme normatif enfin quand il s’applique en fonction des normes que la société fixe pour préciser qui doit être aidé et comment (aider celles et ceux qui méritent de l’être).

(Sciences Humaines, n° 103, mars 2000)

 

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Cent fois en dix ans

 

Sciences Humaines fête ses dix ans et son centième numéro. L’occasion d’une rétrospective des différentes disciplines qui sont traitées tout au long de ses colonnes. Cette décennie aura été celle du renouveau avec l’émergence du refus de s’enfermer dans un modèle de référence, du déclin des maîtres à penser et du recul de l’esprit de chapelle. C’est un autre rapport au savoir qui s’est imposé moins arrogant, moins ambitieux qui croise les regards, respecte la spécificité de chaque approche, articule les échelles d’observation. Le pluralisme est de rigueur dans une volonté de dépassement des clivages traditionnels et tutélaires (inné/acquis, micro/macro, culturel/biologique, conscient/inconscient, individu/société). A noter tout particulièrement, dans ce numéro, l’excellent article de Vincent Troger portant sur « l’école en débat ». L’auteur analyse avec pertinence et bonheur la floraison d’ouvrages parus à la rentrée septembre sur le thème de la décadence scolaire. Les uns en attribuent la cause au déclin de l’orthographe, les autres en étalent les conséquences (souffrances du métier d’enseignant), d’autres encore généralisent la problématique en parlant de crise globale de l’école. Vincent Toger décompose les mécanismes de Education Nationale. Déplacement des critères d’excellence au profit des mathématiques, persistance d’un noyau dur et précoce d’échec scolaire, diversité des méthodes pédagogiques dont certaines restent largement inadaptées. Et d’en déduire un certain nombre de solutions possibles tels la diversification des critères d’excellence, le développement du travail en équipe des enseignants. Ce à quoi s’opposent à la fois les familles pour beaucoup obnubilées par la préparation à la compétition sociale, les enseignants eux-mêmes accrochés à un individualisme protecteur et l’institution ministérielle édifiée autour d’une ossature bureaucratique frileuse et rétive à toute évolution.

(Sciences Humaines, n° 100, décembre 1999)

 

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Normes, interdits, déviances

 

Pour qu’il y ait déviance, il faut d’abord qu’il y ait une norme. Or, celle-ci n’est pas immuable, loin de là. Hier, avortement, mendicité, homosexualité, désobéissance des enfants … étaient sévèrement réprimés, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Au contraire, certains comportements hier largement banalisés sont devenus des infractions pénales : propos racistes, actes de fumer en certains lieux, harcèlement sexuel, atteintes à l’environnement. Les attitudes déviantes ont été longtemps considérées comme une anormalité biologique. On a même tenté de trouver les gènes de l’alcoolisme ou du crime ! La sociologie a beaucoup contribué à évacuer ces préjugés. Pour les uns, la désorganisation sociale, le conflit de culture ou une éducation déviante fournissent des grilles d’analyse adéquates. Pour d’autres, ce sont les occasions et les opportunités qui prévalent. Pour d’autres encore, il faut chercher l’origine de la déviance dans les inégalités sociales.  Toutes ces explications apportent leur pierre à la compréhension du phénomène. Pour autant, aucune d’entre elles ne permet en fait de donner une interprétation globale et générale, ni à comprendre pourquoi deux individus bénéficiant du même contexte s’orientent pour l’un vers une intégration et l’autre vers une carrière délinquante. D’où les recherches sur des problématiques d’ordre psychopathologique. Mais, là aussi, les traits que l’on peut repérer comme constitutifs de la personnalité criminelle (égocentrisme, besoin de domination, agressivité, indifférence aux victimes …) peuvent tout autant se retrouver dans les professions commerciales ou dans le domaine sportif. Restent les études sur les criminel sexuels qui repèrent deux types essentiels de comportement à l’origine de ces actes : le pervers qui se réfugie dans la satisfaction narcissique et le psychopathe qui décharge ses tensions psychiques internes dans des passages à l’acte violent.

(Sciences Humaines, n° 99, novembre 1999)

 

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Conscience et inconscience

 

L’inconscience n’est pas un concept dont la psychanalyse serait la seule propriétaire. D’ailleurs, en 1932, Freud lui préfère la tropique du Ca-Moi-Surmoi. Les sciences cognitives ont démontré l’existence d’un infraconscient se manifestant tant dans les perceptions subliminales (réagir à un son ou à une image sans en avoir conscience) que dans l’amorçage (une première information laissant une trace implicite favorisant l’identification d’une seconde confrontation) ou encore dans l’apprentissage implicite (le cerveau continuant à réfléchir à un thème, alors que le sujet pense à autre chose). Quant à la conscience de soi, c’est à force d’expérience et de pratique que l’être humain apprend à l’acquérir. Il commence par distinguer entre le changement opéré de son fait et celui dû au fait d’autrui. Puis, vient la capacité de se représenter le monde indépendamment de sa position présente. Enfin, il arrive à s’attribuer à soi-même ses propres états internes. L’ensemble de ce processus nécessite l’intégration de nombreuses informations différentes en provenance de l’esprit, du corps et de l’environnement. Il apparaît, en fait, que la conscience et l’inconscience alternent en permanence et se substituent l’un l’autre sans que l’on puisse déterminer dans quel état exact est l’individu à un moment donné.

(Sciences Humaines n°95, juin 1999)

 

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Le groupe dans tous ses états

 

Le groupe constitue pour l’individu un incontournable support de socialisation. Que ce soit autour de désirs et de rêves communs ou encore de savoir-faire partagés, toute personne se rattache à un moment ou à un autre à un collectif : de travail, de famille, de loisir, d’amis … Tout groupe fait référence à des normes, des buts, des valeurs, des modalités de communication et de commandement, des statuts et des rôles pour chacun de ses participants. Cela justifie et favorise sa cohérence et sa cohésion. Mais, cela implique aussi un certain conformisme. Que ce soit pour ne pas se faire remarquer ou pour s’identifier ou encore par intériorisation, l’individu en vient à se conformer au point de vue  majoritaire. Le risque est alors de perdre son esprit critique et d’uniformiser les conduites. Les mécanismes de ce processus sont connus. C’est d’abord l’argument persuasif : les participants développent surtout les arguments renforçant la position adoptée au départ par le groupe.  Puis vient la comparaison sociale : les participants avides de reconnaissance confirment  leur avis dès que celui-ci trouve un écho. Enfin, l’auto-catégorisation : les participants réagissent non plus de manière individuelle mais en tant que membre du groupe. D’où l’agressivité potentielle développée par un groupe à l’encontre de tout autre groupe.

(Sciences Humaines n°94, mai 1999)

 

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Divorce & lien social

 

Au sommaire de Sciences Humaines du mois d’avril, deux articles intéressants.

Le premier porte sur les enfants du divorce. Le sens commun a toujours pathologisé la séparation des parents en lui attribuant l’origine des dysfonctionnements tant psychologiques que comportementaux des enfants. Des études réalisées dans les années 70 et 80 apporteront en la matière un bouleversement radical. Plus que la rupture conjugale, c’est la manière dont celle-ci a lieu et la qualité de la relation qui l’a précédée qui entrent en jeu dans la souffrance ressentie par les enfants. C’est donc bien le conflit familial qui est en cause : « les enfants issus de famille séparée mais sans conflit ouvert ont moins de problèmes que les enfants issus de familles intactes conflictuelles. »

Second thème qui occupe le dossier central, celui consacré aux rapports entre échange et lien social. Echange-don, échange-troc et échange-marchand constituent les trois formes de relation sociale au sein de la société humaine. Chacune d’entre elles implique des modalités particulières dans l’établissement du lien. A lire notamment l’article portant sur les Système d’Echange Locaux forme originale de relation cherchant à se développer hors de la logique marchande. Les SEL sont présentés comme lieu d’articulation entre une réciprocité organique (obligation de rendre au groupe tout entier) et réciprocité bilatérale (sentiment de dette mutuelle positive).

(Sciences Humaines n°93, avril 1999)

 

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Les clés de la motivation

 

Toute performance est le produit des aptitudes par la motivation. Mais, en quoi consiste donc cette motivation ? Pour répondre à cette question essentielle, de nombreuses recherches ont été menées tant en physiologie qu’en psychologie comportementale, humaniste, sociale, cognitive ou psychanalytique. Aucun modèle ne peut prétendre synthétiser à lui tout seul toutes les dimensions motivationnelles, même si chacun l’éclaire en partie. La motivation n’est pas un état permanent qui serait statique. Elle dépend à la fois de la personnalité et du contexte qui fournit ou bon les stimulants indispensables. Elle s’applique à un nombre limité d’activités et est étroitement liée à l’image de soi que possède le sujet. En outre, entre en ligne de compte les résultats des efforts fournis. Favoriser la motivation passe par une stratégie de récompense mais aussi de changement des tâches pour les rendre attirantes. L’intervention d’un leader charismatique peut être à certains moments un facteur déterminant. La complexité des ressorts de la motivation doit inciter à la prudence quand on veut la stimuler : ne pas chercher une clé ultime, tenir compte de la réussite potentielle, montrer des exemples positifs, privilégier le soutien et l’encouragement du groupe social … tels semblent les éléments essentiels à respecter.

(Sciences Humaines, n°92 mars 1999)

 

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