bannire_jack_drte.jpg
Parus depuis 2010 Version imprimable Suggérer par mail

 

 

De la légitimité du pouvoir

Les paradoxes de la violence

Ce qu’est l’empathie

Vivre le handicap

Manières de voir, manière de dire

Rebondir en pleine de crise

Les nouvelles règles du jeu de l’autorité

Nouveau regard sur l’enfance

L’autonomie : nouvelle utopie ?

Trois ans après

Les défis du handicap

Où va l’argent ?

 

 

De la légitimité du pouvoir

Pourquoi les relations de liberté et d’égalité qui ont prévalu, pendant des millénaires, ont-elles basculé dans une organisation basée sur la hiérarchie ? De nombreux philosophes, archéologues, anthropologues, historiens ont tenté chacun d’apporter leurs réponses. Pour protéger la propriété ou mettre fin à la guerre, pour les uns. Comme conséquence de la révolution néolithique qui a permis une spécialisation des tâches, la division entre gouvernants et gouvernés n’en étant que le prolongement, pour les autres. D’autres encore invoqueront la nécessité planificatrice liée à l’irrigation de l’agriculture, le confinement territorial ou encore l’expansion démographique. Sans oublier l’évocation du prestige social retiré de la maîtrise des rituels magiques et/ou religieux. Mais aucun de ces déterminismes, qu’ils soient environnementaux, techniques, économiques ou démographiques ne se suffisent à eux-mêmes, tant on trouve d’illustrations les confirmant et d’autres les infirmant. La réponse ne peut pas non plus être trouvée dans la nature, les recherches montrant, par exemple, que les notions de dominance et de hiérarchie tant chez les loups que chez les singes sont de pures spéculations, ne se vérifiant nullement par l’observation. Une piste est toutefois possible : si, en période de ressources rares et précaires, l’espèce humaine n’a d’autres choix, pour survivre, que d’établir des relations de partage, l’émergence d’une situation de plus grande abondance ouvre la possibilité d’utiliser les excédents dans une perspective autre qu’égalitaire. Ce serait donc l’apparition des surplus alimentaires qui aurait fait le lit d’arrivistes voulant s’approprier les richesses, en établissant une hiérarchie sociale. Si quarante huit exemples de petites ou grandes sociétés ont été trouvés qui ont élaboré des mécanismes pour contrer toute tentative de prise de pouvoir, cette résistance a fini par s’émousser et céder.

(Sciences Humaines n°250, juillet 2013, 5,50 € - Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1112 ■ 04/07/2013)

haut de page


Les paradoxes de la violence

Comment ne pas s’inquiéter de la montée de la violence, que nos média rapportent, chaque jour ? Le XXème siècle a été ensanglanté par les génocides arménien, juifs et rwandais. Depuis 1980, les meurtres de tueurs en série sont passés, dans le monde, de deux à sept par an. Au Mexique, les gangs ont tué soixante mille personnes, rien que ces six dernières années. Dans notre propre pays, on ne compte plus les voitures brûlées. En 2012, Marseille a été le théâtre de vingt quatre règlements de compte mortels. Et pourtant, comme le démontre le numéro d’avril de « Sciences Humaines », ce n’est pas tant la violence qui augmente, que notre sensibilité à son égard. Le processus de civilisation des mœurs, décrit par Norbert Elias, n’a cessé de s’approfondir au cours des siècles : non seulement, on se tue aujourd’hui cinquante fois moins qu’au Moyen Âge, mais le nombre annuel d’homicides a diminué par deux, au cours des vingt dernières années. Trois mécanismes trouble la perception de cette réalité. Bien des comportements, qui furent longtemps tolérés, ne le sont plus, à l’image du viol qui n’a été explicitement criminalisé qu’à partir de 1980. Ensuite, conséquence de l’abaissement de ce seuil de tolérance, la frénésie sécuritaire s’est emballé, pas moins de cinquante réformes intervenues depuis 2000 venant criminaliser toujours plus de comportements. Et puis, il y a la judiciarisation des conflits, des litiges et des différends jusque là gérés à l’amiable. La violence scolaire qui fait si peur n’est en fait constituée que de micro évènements -essentiellement des agressions verbales- se concentrant sur 10 % des établissements scolaires. La violence des bandes relève de processus de virilisation qui se retrouvent à chaque génération. Quant à la délinquance, elle vise surtout les biens, les homicides commis restant majoritairement intrafamiliaux. Le monde, dans lequel nous vivons, ne cesse donc de se pacifier.

(Sciences Humaines n°247, avril 2013, 6,50 € - Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1100 ■ 04/04/2013)

haut de page


Ce qu’est l’empathie

Souvent utilisé, mais pas toujours à bon escient, le magazine Non violence actualité éclaire avec pertinence le concept d’empathie. Il le définit comme la capacité à identifier les émotions de l’autre, sans pour autant les ressentir soi-même, à le comprendre de l’intérieur et à réussir à reformuler ce qu’il ressent, sans se confondre avec lui. L’empathie est décentrée de soi et pleinement centrée sur autrui. Elle constitue un sens de l’être humain, comme l’audition ou la vision : c’est un mécanisme primitif et inné, sauf pour les personnes avec autisme, qui en sont privées. Elle ne saurait se confondre ni avec la sympathie (éprouver les mêmes sentiments que l’autre), ni avec la compassion (souffrir avec l’autre), ni avec l’identification (contagion émotionnelle avec les ressentis de l’autre), ni encore moins avec la fusion émotionnelle (projection dans les sentiments de l’autre). En aucun cas, elle ne se substitue au conflit qui permet de trouver une solution ensemble, par la médiation. Elle peut être amplifiée et développée aussi bien que réduite et effacée, en fonction de l’éducation reçue, des problèmes de santé ou des traumatismes subis. Son renforcement passe, dès le plus jeune âge, par un apprentissage permettant aux enfants de nommer leurs ressentis et de reconnaître ceux des autres. Son affaiblissement se concrétise par l’augmentation des comportements violents ou des relations fondées sur le cynisme ou la manipulation. Mais, elle peut, tout autant, servir aux bourreaux à faire le plus mal possible, quand ils torturent un prisonnier. Il existe un mécanisme de contrôle de l’empathie. Car, la vie deviendrait vite insupportable, si nous étions en permanence centrés sur ce que ressent l’autre. Il nous faut aussi penser pour nous, en mettant à distance la représentation de ce que pense l’autre. L’équilibre se fait donc, au fond de chacun d’entre nous, entre l’empathie et la néguempathie.

(« Non-violence actualité » n°327, Mars-Avril 2013, 6 €)

haut de page


Vivre le handicap

La question du handicap ne saurait se limiter aux appels publics à la générosité, pas plus d’ailleurs qu’au cercle étroit des spécialistes ou des personnes concernées. L’enjeu va bien au-delà. La capacité d’une société à se montrer ouverte, solidaire et respectueuse de ses chacun(e) de ses membres se mesure à l’aune de l’accueil qu’elle réserve à l’étrangeté et l’a-normalité. Le dossier du dernier numéro d’« Hommes et libertés » (trimestriel de la Ligue des droits de l’homme) donne justement la parole à des usagers, à des responsables associatifs, à des élus et à des experts de différentes disciplines, sur cette question. La revendication des droits universels ne peut être réduite par la spécificité d’une problématique particulière, tant la citoyenneté ne peut être appréhendée que dans son sens le plus commun pour tous et pour chacun. Tout le monde doit se voir garantir d’être bénéficiaire de la loi commune en matière de scolarisation, de logement, de travail, de culture et de santé. Pourtant, notre pays, qui a consacré 42 milliards d’euros, en 2012, aux personnes porteuses de handicap, est aussi celui qui leur demande (quand elles sont enfants) de faire l’effort de suivre et de s’adapter à l’école, qui les confronte aux problèmes d’accessibilité, qui leur fait subir un taux de chômage double de celui des valides et qui ne leur permet pas d’accéder à l’offre culturelle relevant des services publics. Cela s’explique, sans doute, par les modèles de gestion des inégalités qui se sont succédés au cours de l’histoire : à l’égalité formelle prétendant donner à chacun les mêmes chances, a succédé la recherche d’équité, sous la forme d’une discrimination positive sensée profiter aux plus défavorisés. Aujourd’hui, se déploit une autre logique, celle du droit opposable qui tarde à s’imposer en tant que nouvelle culture propre à garantir l’accès au droit commun.

« Hommes & libertés » n°163, LDH, septembre 2013, 7 € (à commander sur http://boutique.ldh-france.org) Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1125 ■ 07/11/2013

haut de page


« Manières de voir, manière de dire. Des vies, des moments et leurs hommes » Contrepoints n°3, 2013, 300 p.

Et si les professionnels se mettaient à écrire ? Un certain nombre de publications concrétisent avec bonheur cette ambition : la revue Empan ou encore le Sociographe. La petite dernière à relever le défi s’appelle Contrepoint. Lancée en 2010, par l’Abreass, une association située en Bretagne, elle poursuit son aventure, sans chercher à publier le plus vite possible, mais en réunissant patiemment les contributions des intervenants du champ sanitaire et socio-éducatif. Le numéro 3, édité en 2013, donne la parole à des psychologues comme à des travailleurs sociaux, à des formateurs comme à des universitaires, à des infirmiers comme à des médecins, à des directeurs comme à des professionnels de terrain. Si l’unité de ce numéro ne s’impose pas d’emblée, c’est par souci de démontrer qu’à travers les situations disparates présentées tout au long des pages, perce une même conviction : celle de la nécessité de privilégier les vies dans leur singularité, les moments dans leur unicité et les hommes dans leur spécificité. Poser ces orientations, c’est déjà proposer des axes de résistance à une action sociale bien trop tentée par l’efficience, la rentabilité et la rationalisation. C’est d’abord quelques grosses pointures qui ont été sollicitées: Serge Portelli qui se penche sur la démarche de jugement ; Saül Karsz qui démontre comment la philosophie traverse de part en part le travail social ; François Chobeaux qui explique la manière dont l’errance est venue bousculer les normes de l’accompagnement social ; Michel Parazelli qui resitue l’origine conceptuelle des notions de prévention précoce. Mais, bien d’autres planchent sur l’adolescence, la psychiatrie, la parentalité ou encore la formation en travail social. A ne pas manquer le récit à la Michel Audiard particulièrement hilarant d’une permanence d’un assistant social.

(LIEN SOCIAL ■ n°1124 ■ 31/10/2013)

haut de page


Comment rebondir en pleine crise ?

Les réactions des licenciés économiques, même s’ils ne représentent que 2,3 % des chômeurs, sont emblématiques des effets de la crise. Particulièrement déstabilisants pour les salariés impliqués de longue date dans l’entreprise qui sont confrontés à la rupture soudaine de leur univers, ces licenciements produisent plutôt un repli sur soi chez ceux qui étaient les moins bien intégrés, provoquant tout autant des réactions individualistes, qu’incitant à entrer dans des actions collectives. Mais, pour tous, se manifestent un brutal changement de vie et une restriction du mode de consommation, une rétractation des relations sociales et un fort sentiment de déclassement. La peur et l’angoisse face à un avenir incertain se combinent avec le ressentiment et la colère contre les responsables ou des boucs émissaires, favorisant une perte de l’estime de soi. Mais, la crise peut aussi avoir un autre effet. Car, si l’étymologie du mot vient du latin « crisis » (qui signifie maladie violente), l’origine vient tout autant de « Krisis » (prise de décision). Les bouleversements vécus provoquent de notables modifications dans les modes de vie, de nouvelles stratégies bousculant le fonctionnement social. Cela prend d’abord, la forme d’une moindre consommation : la nécessité de procéder à des arbitrages se fait au détriment des vacances, les loisirs et de la santé. Cela continue par une consommation plus économe, le consommateur se tournant vers les commerces à bas prix et privilégiant l’occasion (500.000 brocantes et vide greniers sont organisés chaque année) ou le troc. Troisième conséquence, c’est l’incitation à faire soi-même, plutôt que de s’adresser à des professionnels : cuisiner à la maison, bricoler, cultiver ses légumes… Enfin, dernier effet majeur : consommer ensemble. C’est l’émergence du covoiturage, de la colocation ou des achats groupés. Autant de façon de rebondir et de réenchanter le monde.

(Sciences humaines n°245, février 2013, 5,50 €)

haut de page


Les nouvelles règles du jeu de l’autorité

Jamais crise d’autorité n’a été aussi débattue, qu’aujourd’hui. Pour comprendre le sort que lui réserve notre post-modernité, il faut commencer par distinguer entre autorité et pouvoir : il peut il y avoir du pouvoir sans autorité (autoritarisme du petit chef) et de l’autorité dans pouvoir (sagesse du vieux sage). Mais, il faut tout autant différencier l’autorité et la contrainte par la force qu’elle n’a pas vocation à employer (et qui signe sa faillite) et avec l’argumentation rationnelle, à laquelle elle ne peut se limiter (et qui montre son inefficacité). Elle ne peut non plus se confondre avec cette séduction qui s’appuie sur le chantage affectif ou le marchandage (et qui signe l’échec de l’adhésion). Qu’est-elle alors ? De nombreuses origines ont pu être identifiées : un passé fondateur qui justifie son exercice, un ordre du monde qui a toujours existé, le divin qui s’impose, la connaissance scientifique qui a tenté de le remplacer, le contrat social qui fonde les relations humaines, l’influence du charismatique, et plus récemment le poids de la position victimaire. Mais la remise en cause des traditions, la contestation de l’ordre établi, la perte d’influence des religions, l’émergence de l’individualisme, la crise de la science, le rejet de la tyrannie, la défiance à l’égard du compassionnel ont tour à tour contribué à condamner un principe culturel qui a varié dans l’histoire, prenant de plein fouet la révolte des jeunes, l’émancipation des femmes et le désaveu d’un certain nombre d’institutions (État, armée, églises, école, familles …). L’autorité n’est jamais réductible au seul statut ou à l’unique personnalité charismatique. Elle se construit, s’élabore et se structure, en s’appuyant sur une légitimation faite de respect, de continuité et de résistance aux pulsions (les siennes et celles de l’autre), loin des couples réducteurs pouvoir/soumission et autorité/obéissance.

(Sciences Humaines n°243, décembre 2012, 5,50 €)

haut de page


L’autonomie : nouvelle utopie ?

Il y a à peine quarante ans, l’autonomie était une utopie, un idéal à conquérir face aux pesanteurs institutionnelles aliénantes et aux hiérarchies écrasantes. Elle est devenue aujourd’hui une norme, se généralisant à de nombreux domaines de la vie. Le salarié est invité à trouver par lui-même les moyens les plus efficaces pour organiser son travail. L’élève est incité à adopter un rapport actif face au savoir, en devenant acteur de ses apprentissages. Le malade mental est encouragé à gérer sa maladie, en s’investissant dans la relation thérapeutique. Il est sorti d’un asile stigmatisant et enfermant et poussé à s’ouvrir au monde. Progrès considérable que cette valorisation de l’autonomie qui a d’incontestables effets émancipateurs. Pourtant, l’autonomisation a trouvé ses détracteurs, la critique allant jusqu’à l’accuser d’être à l’origine de bien des maux de notre société contemporaine. La promotion de l’individualisme viendrait d’abord affaiblir le lien social. La responsabilisation à outrance conduirait ensuite à les abandonner à leur sort. L’organisation de plus en plus libre de l’espace de travail provoquerait un surcroît de stress dès lors que les objectifs de résultats sont considérablement accrus dans le même temps donné. La norme d’autonomie se montrerait particulièrement exigeante quand elle s’exerce sur des individus fragilisés, ne possédant pas les ressources leur permettant de s’affranchir de leurs dépendances. Et puis, il y a la dimension éthique. On revendique, de plus en plus, le droit de choisir son traitement et ses pratiques sexuelles, voire la liberté de se prostituer ou de mourir. Pour rebelle aux principes moraux et au paternalisme qu’elle soit, cette conviction s’appuie sur une vision d’un sujet parfaitement rationnel et coupé de son environnement. Comme si l’inconscient, les émotions, les mécanismes de déni ne venaient pas relativiser l’idée de consentement éclairé.

(Sciences Humaines n° 220, novembre 2010, 5,50 €)

haut de page


Trois ans après

Où en est-on trois ans après la loi de 2007 réformant la protection de l’enfance? Le Journal du droit des jeunes a posé la question à cinq acteurs de ce champ professionnel. On sait que l’un des axes principaux de cette loi visait à une plus grande implication des familles. A cela, Michel Créoff, Directrice du Pôle enfance famille dans le Val de Marne répond que ses services ont deux types d’usagers en face d’eux : les parents et les enfants. Quand leurs intérêts concordent c’est tant mieux : la co-éducation peut se réaliser. Mais, quand il y a conflit entre eux, l’alliance avec les parents est déjà plus complexe à mettre en œuvre. Richard Josefsberg, Directeur d’une maison d’enfants à Taverny le confirme : les mineurs accueillis dans son établissement ont pour 30% d’entre eux des parents toxicomanes, 20% sont malades mentaux psychiatrisés et 20% sont incarcérés. Si cela ne préjuge pas de leurs compétences, ils ne sont pas de fait en mesure d’élever leurs enfants. Autre orientation de la loi de 2007 : privilégier l’action administrative sur les mesures judiciaires. Avant de se poser la question du mode d’intervention, ce qui compte, affirme Laurent Ott, enseignant et animateur d’Intermèdes, ce serait avant tout d’apporter une réponse aux nombreuses familles qui demandent de l’aide, sans en recevoir. Guy Hardy, superviseur d’équipes, dénonce quant à lui, la mystification terrible que constitue la prétendue libre adhésion des familles face à une contrainte induite de fait par le dispositif. D’où la dénonciation par Pierre Verdier, devenu avocat depuis quelques années, de la perversion que constitue la double mission attribuée à l’ASE d’être à la fois dans l’aide et le contrôle. Dernier coup de patte, celui de Jean-Luc Rongié, rédacteur en cher du JDJ : quelle est la formation reçue par les professionnels, leur permettant de distinguer entre le danger, le risque et les simples difficultés parentales ?

(Journal du droit des Jeunes n°293, mars 2010, 9 €)

haut de page


Les défis du handicap

Le handicap deviendra-t-il un jour non plus un trouble à soigner ou un handicap à compenser, mais une différence issue de la biodiversité à respecter comme tel ? La création aux États Unis du de la journée de la fierté autistique, le 18 juin (« Autistic Pride Day ») semble aller dans ce sens. L’émergence dans un avenir pas si éloigné que cela de véritables cyborgs repoussant les limites de la nature ne relève plus de la science fiction, avec la mise au point de ces appareils permettant aux aveugles de voir avec la langue et aux paraplégiques de diriger leur fauteuil par la pensée ! Pour l’heure, on en est, dans notre pays à une quête bien moins ambitieuse. La loi de 2005 a apporté l’espoir d’une évolution rapide des mentalités et des pratiques : il s’agit dorénavant non plus tant d’intégrer que d’inclure, en compensant les effets liées à une société peu accueillante à ses membres les plus fragiles. Où en est-on, cinq après le vote de cette loi ? Pour ce qui concerne l’école, 20.000 enfants restent encore non scolarisés. Du côté de l’accessibilité, la moitié des salles de cinéma et 80% des lignes de bus ne sont toujours pas équipés. Quant à l’insertion professionnelles, elle se heurte à l’inadéquation structurelle entre l’offre (faible employabilité liée au peu de qualification des travailleurs handicapés : ¾ d’entre eux ont un niveau inférieur au CAP/BEP) et la demande (exigence de mobilité, de polyvalence, de qualification). Reste la discrimination positive. C’est d’abord le travail protégé (100.000 places d’ESAT et 20.000 en entreprises adaptées). C’est ensuite l’obligation faite aux employeurs d’avoir dans leur personnel 6% de salariés handicapés. Les entreprises en emploient 409.000 et les trois fonctions publiques 172.000, 33.000 autres ayant le statut de travailleur indépendants. Le taux d’emploi atteint péniblement les 4%. On est loin d’une compensation permettant de faire respecter ces droits.

(Sciences Humaines n° 212, février 2010, 5,50 €)

haut de page


Les défis du handicap

L’évolution, depuis 60 ans, de la répartition des fruits de la croissance entre capital et travail fait polémique. Cette question est importante pour déterminer la répartition de la richesse dans notre pays et donc du traitement des inégalités. Le numéro de janvier de Sciences Humaines y répond, sans aucune ambiguïté. Le Produit intérieur brut était dans notre pays, en 2008, de l’ordre de 1950 milliards (contre 980,5 en € constants, en 1989). On connaît les fortes critiques formulées contre cet indice qui a l’inconvénient majeure de réduire la richesse à ce qui a un prix, en excluant ce qui fait le bien-être d’une population, mais qui n’est pas comptabilisé, comme le temps passé dans la vie associative et citoyenne, le travail domestique ou encore le patrimoine écologique (qualité de l’air, de l’eau et des forêts, degré de pollution des océans). Mais, même en écartant ces remarques fort justes, on ne peut que constater le doublement en vingt ans de la richesse de notre nation qui s’inscrit au cinquième rang mondial. Et de s’étonner de l’augmentation parallèle de la misère … Mais, où vont donc toutes ces ressources ? Deux tiers vont aux salaires. Le troisième se répartit entre l’impôt, la rémunération du capital, le remboursement des emprunts et l’épargne permettant de financer de nouveaux investissements. La part des salaires français qui stagne depuis 20 ans à 67% (contre 58 % en Allemagne) avait atteint en 1980 plus de 75%. Le recul a été brutal : en moins d’une décennie, on est passé des trois quart, aux deux tiers. Et à l’intérieur de cette catégorie, les disparités sont énormes : 90% des salariés les moins aisés ont bénéficié d’une croissance de leurs revenus de 4 % en 8 ans, pendant que 1% des plus riches les ont vus augmenter de 14 % et ceux des 0,01 % encore plus aisés ont plus que doublé. Les riches sont de plus en plus riches. Rien d’étonnant à ce que les pauvres soient de plus en plus pauvres !

(Sciences Humaines n°211S, Janvier 2010, 5,80 € )

haut de page


 
Suivant >
© 2018 www.tremintin.com
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.