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Professionnels en souffrance Version imprimable Suggérer par mail


« Enfants en danger, professionnels en souffrance »
LAMOUR Martine, GABEL Marceline & all, érès, 2011 293 p.

Martine Lamour et Marceline Gabel ont réuni, autour d’elles, plus d’une quinzaine de professionnels qui ont accepté de témoigner de leur souffrance au travail, en tant qu’intervenants en protection de l’enfance. Burn out, lassitude, dépression, dépréciation, démission, essoufflement, inhibition, passages à l’acte, mises en danger, conflits … les symptômes sont multiples et diversifiés. Mais, ils sont tous le résultat d’une désillusion et/ou d’un épuisement faisant souvent suite à une forte implication. La culture dominante, dans le milieu, veut que l’on identifie la compétence et le professionnalisme à la capacité à ne pas souffrir et encore plus à avoir la décence de garder cette souffrance pour soi, quand elle se manifeste, malgré tout. Pourtant, « nous exerçons des professions à risque pour notre propre équilibre psychique » reconnaît une psychothérapeute (p.143). La confrontation aux difficultés des familles et au vécu douloureux des enfants ne peut laisser insensible, la relation d’aide activant de puissants processus émotionnels. L’empathie présente toujours des risques de contagion : plus la pathologie familiale est grave, plus elle peut envahir l’intervenant. Il lui faut alors gérer ses éprouvés négatifs faits de colère, d’inquiétude, d’angoisses, d’impuissance, de confusion ou de vide qui viennent parasiter tant les capacités d’attention que d’élaboration. Le professionnel peut tout autant se trouver empêtré dans sa propre histoire, en s’identifiant à l’enfant souffrant ou au parent empêché : en chacun subsiste « l’enfant que l’on a été, ou celui que l’on pense avoir été, mais aussi celui que l’on craint d’avoir été » (Bernard Golse). Bien sûr, la lourdeur des prises en charge, la parcellisation des tâches, l’absence de valorisation, la diminution des moyens inversement proportionnels à l’aggravation des situations, les décisions que l’on prend sans temps réel de réflexion ou de concertation sont autant de facteurs venant accroître le sentiment d’impuissance, de culpabilité ou d’échec qui se traduit par la conviction de ne pas être à la hauteur. Mais l’essentiel n’est pas là. La question est bien de savoir qui prend soin de ceux qui prennent soin des enfants. Chacun apprend d’autant mieux à maîtriser les conséquences de ses éprouvés, que ceux-ci sont reconnus et non pas minimisés. L’instance la plus à même de permettre cette élaboration reste l’équipe. Bien sûr, elle peut être le lieu où se rejouent les dysfonctionnements intra familiaux. Effectivement, elle ne sait pas toujours s’appliquer à elle-même les techniques de gestion de conflit qu’elle sait si bien utiliser pour les usagers. Mais, elle est l’espace le plus approprié pour mettre en lumière les mécanismes pathologiques à l’œuvre, pour protéger de la confusion identitaire et pour dégager un espace de liberté de pensée.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1080 ■ 25/10/2012

 

 
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