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Statut et mobilité du travailleur social Version imprimable Suggérer par mail

 

Statut et mobilité du travailleur social en Europe

 

 

Il peut désormais louer ses services partout en CEE.

Les études, les statuts, les salaires diffèrent d'un pays a l'autre, mais qu'importe : si on veut, on peut faire valoir ses capacités partout dans l'Europe des douze. Reste à assimiler les coutumes culturelles, les fonctionnements institutionnels et... surtout les subtilités argotiques et jargonnesques de la langue.

Mais avant de rêver de paysages lointains, une découverte des différentes conceptions des métiers du social dans la Communauté Européenne s'impose.

 

 

Tour d'horizon

 

Les élections européennes qui se profilent à l'horizon viennent nous rappeler l'existence de la dynamique communautaire dans la problématique du social et singulièrement dans le champ de la formation aux professions sociales. En effet, une directive européenne en date du 21 décembre 1988, entrée en application le 4 janvier 1991, précise dans le cadre de l'acte unique, les modalités de mise en place du marché intérieur de l'emploi. Tout migrant originaire de la CEE peut ainsi déposer auprès de n'importe quel état d'accueil, une demande visant à lui reconnaître les mêmes droits que les travailleurs nationaux, à partir de ses diplômes : autorisation d'exercer, port du titre professionnel... Le pays d'accueil a 4 mois à dater du dépôt de la demande, pour donner réponse.

 

Le groupe de travail du CSTS (1)

C'est dans ce contexte que le Conseil Supérieur du Travail Social reçut comme mandat, en 1988, de dresser l'inventaire des formations sociales et éducatives des 12 pays de la CEE, et de repérer les convergences possibles. Ceci afin de permettre la formulation de propositions en vue de l'harmonisation quant aux diplômes et aux adaptations nécessaires concernant les travailleurs sociaux étrangers candidats à des postes en France.

Le CSTS a présenté son rapport final en juin 1992. Le document répond bien à la commande en présentant à la fois un inventaire détaillé et une synthèse des différences et recoupements des processus de formation en Europe. Ce sont la autant d'éléments d'information et de contribution qui entrent en résonance avec le colloque des 13 et 14 octobre. Aussi l'éclairage qu'il apporte mérite-t-il d'être présenté.

 

 

Entre spécificité et communauté de problèmes

 

Présenter les différentes structurations nationales des professions sociales et des formations qui les préparent se heurte à deux aspects contradictoires.

Premier aspect : chaque pays possède une histoire, un régime politique, des particularités socioculturelles, des pratiques administratives qui lui sont propres. Ces facteurs ont imprégné les réalités nationales et donnent un aspect unique et complexe à l'action sociale, aux systèmes sociaux, aux formations et aux attributions et statuts des travailleurs sociaux. Ainsi, on peut noter la prépondérance du bénévolat au Danemark et en Grande-Bretagne. En France, c'est le service public qui est prédominant, au contraire de l'Allemagne et des Pays-Bas où c'est plutôt l'initiative privée qui est favorisée. Quant aux compétences de pouvoir dans l'action sociale, elles sont du ressort de l'Etat en Grande-Bretagne, des Régions en Belgique et en Espagne, des Départements en France et des Communes aux Pays-Bas ! Dans ces conditions, une comparaison pied à pied des différents dispositifs est délicate : la prudence est alors de rigueur. Second aspect : chaque pays d'Europe est confronté aux mêmes difficultés quelles que soient les particularités hétérogènes en matière de culture ou de tradition. Ainsi, de la Grèce à l'Irlande, de l'Italie au Benelux et de l'Allemagne au Portugal, se recoupent les mêmes phénomènes d'inadaptation sociale : problème d'accueil et d'intégration, d'insertion professionnelle et sociale, de prévention sanitaire, de prise en compte des populations marginalisées, d'urbanisation galopante avec son lot d'appauvrissement et d'exclusion, etc. Aussi, les différences entre nations dans les réponses apportées, doivent être perçues non comme des divergences à essayer de gommer, mais au contraire, comme des enrichissements réciproques et des expérimentations dont chacun peut tirer les enseignements.

 

Statuts et fonctions dans le social

La liste des professions étudiées par le CSTS est la suivante : Assistant de Service Social, Educateur Spécialisé, Conseiller en Economie Sociale et Familiale, Educateur de Jeunes Enfants, Animateur, Moniteur Educateur, Aide Médico-Psychologique, Aide à domicile. Mis à part les deux premiers métiers (AS et ES), on ne trouve que difficilement des équivalences exactes dans les autres pays européens.

En fait, la France semble être le pays qui possède le plus de professions intervenant dans le social et qui ait officialisé le processus de formation en légiférant et en prévoyant des diplômes d'État et une reconnaissance de statut. Pour autant, loin des cocoricos ou de tout ethnocentrisme, il convient de rappeler que cette structuration est issue de notre histoire et de notre tradition. Elle ne conviendrait pas forcement à un autre pays, comme celle d'une autre nation serait en porte-à-faux avec notre propre logique.

 

 

Inventaire comparatif des formations

 

Assistant de service social

L'émergence de la profession date à peu près partout de la même époque. L'Association Internationale des Ecoles de Service Social, fondée en 1929, va grandement contribuer à favoriser la perméabilité réciproque des formations naissantes. On retrouve aussi les mêmes mouvements au sein des méthodologies d'intervention repérées et formalisées par la profession : influence américaine au sortir de la guerre, puis ouverture à partir des années 70 à d'autres courants et encore prise de conscience de l'ambiguïté face au rôle de contrôle social.

Les églises ont joué un peu partout un rôle prépondérant (et plus encore en Allemagne au Portugal et en Espagne). De même pour le mouvement qui va de l'importance, au départ, de l'initiative privée, au relais progressivement pris par l'État. La durée des études, leur organisation en alternance et le contenu des programmes sont assez similaires quel que soit le pays. Tout cela fait que la profession a acquis une identité forte dépassant les frontières.

Educateur Spécialisé

La définition commune à l' "Educatori Professionali", au "Care Worker",au "Sozialpädagogen", à l' "Inrichtingswerker" ou au "Tecnico de Eucaçao Social" confrères de notre Educateur Spécialisé, c'est bien la prise en charge de jeunes en difficulté sociale ou souffrant d'un handicap mental ou physique.

Le lieu d'intervention reste majoritairement l'internat même si le milieu ouvert prend de plus en plus sa place. Le statut professionnel est reconnu au Danemark, mais est inexistant en Espagne ou en Italie (quant à la Grèce, c'est le seul pays de la communauté à ne pas connaître la profession). La formation est ouverte aux titulaires du diplôme de fin d'études secondaires 1 même si existent souvent des voies promotionnelles valorisant l'expérience professionnelle). Le principe de l'alternance stage/théorie est général. Le cursus dure 3 voire 4 ans. L'Irlande et les Pays-Bas prévoient une troisième année entièrement en situation professionnelle suivie d'une quatrième et dernière année de théorie.

Conseiller en Économie Sociale et Familiale

Il n'y v a aucune équivalence de métier dans aucun pays  v de la CEE.

Educateur de Jeunes Enfants

Fonction un peu spécifique à la France, ce métier se trouve autant dans le secteur éducatif que dans le secteur du travail social. La plupart des pays européens font remplir cette fonction soit par des éducateurs, soit par des enseignants, soit par des personnels moins formés et moins qualifiés qu'en France. Certains pays organisent, toutefois, des formations de 2 à 4 ans, avec soit un certificat d'école comme en Grèce ou au Portugal, soit un diplôme d'Etat (Allemagne, Danemark).

Animateur

La notion d'animation est large et composite : elle ne recouvre pas les mêmes réalités selon les pays. La qualification française du Diplôme d'Etat relatif aux Fonctions d'Animateur est la seule à prendre en compte les dimensions de l'action sociale et de l'action culturelle. Dans la plupart des pays, la fonction d'animateur est remplie par des professionnels non-animateurs (au sens français du terme) : éducateurs, assistants de service social, professeurs.

L'Espagne, l'Italie et le Portugal sont les seuls pays où est assurée une formation d'animateur sans que pour autant celle-ci n'ait de reconnaissance officielle ni ne soit sanctionnée par un Diplôme d'Etat.

Moniteur-Educateur

Cette qualification a acquis en France une triple reconnaissance en tant qu'elle est : sanctionnée par un Diplôme d'Etat reconnu tant pas les conventions collectives que dans la fonction publique, acquise après une formation structurée à partir d'objectifs professionnels et réglementée par l'État, l'occasion de promotion tant dans ses conditions d'accès (baccalauréat non pré-requis) que dans ses possibilités d'accès à des formations supérieures (Educateur Spécialisé).

La seule équivalence que l'on puisse trouver qui respecte ces conditions, se situe, en Allemagne et en Belgique. Les autres pays présentent une carence soit dans la formation (Italie et Grèce), soit dans la reconnaissance de statut (Espagne et Pays-Bas). D'autres encore ont des grilles de qualification complexes qui ne prêtent pas à la comparaison (Royaume-Uni ou Irlande) ou ne possèdent pas de fonction s'en rapprochant (Portugal et Danemark).

Aide Médico-Psychologique

Toute assistance individualisée aux personnes dépendantes en institution implique une fonction équivalente aux AMP. Pour autant, cela ne signifie pas que de tels personnels bénéficient ni de reconnaissance de statut ni d'un diplôme d'Etat. De fait, tous les pays où ce métier s'exerce proposent des formations le plus souvent locales et sans conséquences statutaires.

En outre, des pays comme la Grèce et le Danemark ont opté pour le maintien en famille des enfants et adultes handicapés et des personnes âgées, ce qui limite le nombre d'établissements spécialisés où pourraient travailler des AMP.

Aide à Domicile

L'intervention à domicile auprès des personnes plus ou moins dépendantes est assurée soit par des bénévoles, soit pas des professionnels (selon les pays). Lorsqu'une qualification existe, les formations proposées s'échelonnent entre 250 et 1 150 heures.

 

 

Formation Européenne ou Europe des Formations ?

 

Les diversités nationales rendent impossible la mise en place d'une formation commune au travail social en Europe. Quant aux adaptations nécessaires à l'exercice de ces métiers hors de son pays d'origine, elles doivent tenir avant tout compte de la prégnance locale.

En effet, la compétence professionnelle ne se limite pas à un savoir-faire et à des techniques ; elle implique la capacité à s'intégrer dans l'organisation propre du pays en assimilant ses coutumes culturelles et ses fonctionnements institutionnels, législatifs et réglementaires. Cela passe notamment en tout premier, par une connaissance précise des finesses de la langue locale, car le verbe est l'instrument premier du travail social dans les relations avec la population.

La commission du CSTS formule deux propositions à cet effet. La première concerne la formation initiale en France. Celle-ci devrait intégrer dans son programme un enseignement obligatoire de deux langues étrangères pour tous les étudiants, et un renforcement des enseignements de l'interculturel afin d'affiner la connaissance des autres nations.

La seconde proposition s'adresse aux travailleurs sociaux ressortissants de la CEE, candidats à un poste en France. Il s'agirait de privilégier à un simple examen d'aptitude, un stage d'adaptation permettant d'assurer une évaluation réelle, des connaissances en matière d'institution et de droit, mais aussi et surtout une vérification des capacités d'adaptation au contexte français.    

 

 

 

Deux options dans la formation

C'est bien deux orientations différentes qui prédominent en Europe dans la formation aux professions du social.

Soit comme en France, ce sont des professions distinctes qui sont préparées tout au long du cursus, avec possibilité ultérieure d'avoir accès à des qualifications contiguës, grâce à des passerelles, des validations d'acquis et des allégements.

Soit, comme en Allemagne, avec le So­zialwiesen, on assiste à une volonté délibérée d'intégrer les éléments du travail social et ceux de la pédagogie sociale dans un cursus commun afin d'aboutir seulement à la fin des études à une spécialité plus affinée orientant soit vers l'intervention sociale, soit vers le travail socio-éducatif.

 

 

           

Le travail social en Europe

L’Europe des citoyens et l'Europe sociale sont aujourd'hui l'enjeu de nombreuses polémiques. Si l'on parle de l'Europe sociale, il n'y a qu'un pas à franchir pour s'interroger sur le travail social dans l'Europe de demain. C'est ce que vient de faire la revue du CEDIAS, Vie Sociale, dans son numéro du 2e trimestre 94 (1). Ce travail n'a pas la prétention d'être exhaustif, puisqu'il doit se prolonger par deux autres numéros, mais il parvient à préciser au travers de contributions d'auteurs différents, comment se concrétise la notion de travail social dans les sept pays que sont la Grande-Bretagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, La Finlande, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse, et aussi en quoi consiste le travail social : qui sont les travailleurs sociaux ? que font-ils ? quels problèmes particuliers rencontrent-ils ? comment évoluent-ils... ?

(1). N° 2-3/94 - CEDIAS - 5 rue Las Cases - 75007 Paris. Tél. : 45.51.66.10

 

 

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°264 ■ 9/06/1994

 

Source : (sous réserve d'évolution possible et probable des dispositifs de formation depuis la date de la recherche) « Les formations au Travail Social dans la perspective de l'Europe de 1993 », Rapport du Conseil Supérieur du Travail Social, juin 1992, Ministère des Affaires Sociales de la Santé et de la Ville, Imprimerie Nationale, novembre 1993, Diffusion : la Documentation Française, 29-31 Quai Voltaire - 75344 Paris cedex 07.

 

 

 

 

 
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