Jean-Luc Einaudi est éducateur à la Protection Judiciaire de la
Jeunesse. Mais l’ouvrage qu’il nous propose ici est moins celui d’un
travailleur social nous livrant son expérience et ses réflexions d’acteur de
terrain, que celui d’un enquêteur proposant un véritable état des lieux. Le
style est très journalistique, le fond très bien documenté. Manque peut-être ce
ciment et ce fil d’Ariane dont l’absence donne un peu l’impression d’un
catalogue et d’une extériorité au sujet traité (alors même que l’auteur est
très proche de la réalité qu’il décrit. Mais après tout le titre n’est pas
« ma vie avec les adolescents hors-la-loi » mais bien « les
mineurs délinquants » ! Alors ...
Le livre se présente sous la forme de flashs donnant un éclairage sur
les multiples facettes du problème de la délinquance.
En tout premier lieu se trouve radiographiées la vie de banlieue et son
économie souterraine qui permet au petit dealer de H de se faire deux à trois
mille France ... par jour. Qu’il est difficile dans ces conditions de
travailler à l’insertion au travers de stages rémunérés quatre mille Francs ...
par mois ! Un tel trafic peu pourchassé par la justice et la police constitue
en même temps le seul moyen de survie pour des familles frappées de plein fouet
par l’exclusion et la misère. La banlieue, ce n’est pas que cela. Pourtant les
média n’en parle qu’à l’occasion des émeutes et des faits divers. Des
actions positives se mènent pourtant avec succès parfois, sur l’initiative
d’acteurs issus de ces quartiers ou y travaillant. A l’image de ce collège de
la cité des Francs Moisins qui a réussi à faire reculer quelque peu le règne du
non-droit. Jean-Luc Einaudi donne longuement la parole à son Principal qui
s’est battu six années durant pour préserver l’éminente mission de
socialisation de son établissement.
Deuxième coup de projecteur de l’ouvrage: celui consacré à la justice
des mineurs. Les différents intervenants et étapes de la procédure sont ainsi
visités: le dépôt, le parquet, les éducateurs, le Juge des Enfants dans ses
audiences de cabinet comme dans les séances du Tribunal des Enfants ...
Puis, c’est au tour de la prison d’être auscultée. Ces garçons
incarcérés pour homicide volontaire, pour attaque à main armée ou cambriolage
se retrouvent mêlés à des « clandestins» (jeunes immigrés sans papiers) ou
des adolescents incarcérés pour infraction à la législation des stupéfiants.
Jean-Luc Einaudi a choisi enfin, de présenter sept situations
individuelles qu’il place pour nous sous le microscope: histoire familiale,
destinée tragique, passages à l’acte, placements successifs. L’incarcération
devient alors l’aboutissement d’échecs répétés.
Face à de tels constats que reste-t-il à faire s’interroge l’auteur
? En tout cas, certainement pas réouvrir des centres fermés comme le
préconisent certains de nos gouvernants depuis quelques années. La prévention
reste plus jamais d’actualité. Si les financements se font de plus en plus
difficiles, il est évident que les fonds consacrés à la répression sont eux
faciles à réunir. Il est vrai que dans ce dernier cas le résultat est bien plus
palpable et mesurable dans l’immédiat. Alors que le temps, qui est lui, le
premier allié de l’action éducative n’est pas électoralement très vendeur.
Jacques Trémintin - LIEN SOCIAL■ n°330 ■
30/11/1995