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ANAS - transformer les freins en leviers Version imprimable Suggérer par mail


« Être professionnel aujourd’hui :
de la contrainte à la créativité, transformons les freins en leviers »

Journées nationales d’étude de l’ANAS  -  4 & 5 novembre 2010  -  Marseille



1- Synthèse des journées d’étude

Ces journées 2010 auront été une occasion supplémentaire de dénoncer le néo-libéralisme qui, depuis le début du XXIème siècle, s’est attaqué à cet Etat providence qui a pourtant permis, au cours des trente glorieuses, de faire reculer la pauvreté. Les coups de boutoirs qu’ils se dénomment LOLF (2001) ou RGPP (2007) sont en train de démanteler, pierre après pierre, le dispositif de solidarité patiemment élaboré depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Mais, toutes ces réflexions ne se sont pas contentées d’enfermer les participants dans une plainte nostalgique, défaitiste et résignée. Elles ont été relayées par un véritable plan de campagne visant à organiser la résistance.


Des freins qui s’accumulent

C’est Françoise Léglise, Présidente de l’ANAS qui a engagé la première salve, en dénonçant la volonté de responsabiliser des usagers très vite accusés de ne pas réussir leur insertion. Placés face à l’injonction d’avoir à s’autonomiser, en intégrant le marché du travail, ils sont soupçonnés de ne pas vouloir le faire, quand ils n’y arrivent pas. L’assistante sociale se sent de plus en plus comme un simple agent de guichet distributeur des subsides, en lieu et place du savoir-faire élaboré pendant des décennies et qui consiste à co-construire avec la personne en difficulté un projet d’action.

Ce diagnostic a été confirmé par deux sociologues.

Michel Chauvière nous a proposé d’explorer le paysage du social, en insistant plus particulièrement sur trois axes : le déficit abyssal de la doctrine sociale (en prenant comme exemple la réorganisation actuelle de la Direction de la cohésion sociale qui a remplacé la Direction de l’action sociale le 1er avril 2010), le désordre institutionnel lié à la décentralisation (qui remet en cause la dimension universelle de l’action sociale devenue dorénavant dépendante des politiques locales) et la contestation de la professionnalisation (happée par la réponse aux besoins immédiats).

Avec comme conséquences, pour les travailleurs sociaux le sentiment que l’outil vient se substituer au sens de leur action, la perte de confiance dans les administrations, le creusement de l’écart entre les cadres de plus en plus impliqués dans des stratégies managériales inspirées de l’entreprise privée et les professionnels de terrain, une évaluation tournée vers la seule recherche de résultats quantifiables, la pénétration du secteur privé dans ce qui relevait jusque là du service public, la montée des inégalités, la dégradation des condition d’accès au travail, la mutation d’un État qui réduit la voilure de son action sociale, la fragmentation des politiques sociales qui subsistent, l’émergence d’un racisme d’État, l’érosion permanente des valeurs … Tableau qui, pour n’être pas encore apocalyptique n’en est pas moins des plus inquiétant.

Nicolas Duvoux, lui aussi sociologue, a dénoncé les mythes qui accompagnent la gestion nouvelle de la pauvreté.

Le premier d’entre eux est bien cette croyance en la possibilité de remettre sur le marché du travail tous les assistés sociaux, le travail étant considéré comme la seule et unique forme de socialisation digne de ce nom. Ce mythe se heurte à l’impossibilité d’offrir du travail à tous ceux qui pourraient en profiter.

Second mythe, une action sociale qui, dans notre pays, aurait pour ambition de répondre systématiquement aux situations de grande pauvreté. Dans les faits, elle n’a rien d’égalitaire. Si l’exclusion de toute forme de ressources a présidé à la création du RMI, cette même situation appliquée aux jeunes de moins de 25 ans a provoqué le réflexe totalement inverse : surtout ne leur proposer aucune prestation.

Troisième mythe dénoncé par le sociologue : la prétendue fuite du travail par des usagers en état d’exclusion qui calculeraient l’intérêt qu’ils auraient à reprendre un travail mal payé ne leur apportant guère plus que leurs aides sociales. Ce que démentent toutes les études qui montrent au contraire que l’intérêt d’une reprise d’activité salariée ne saurait se limiter à la dimension financière, intégrant les notions de dignité et de revalorisation de l’image de soi.

Nicolas Duvoux nous a proposé une analyse critique du RSA, nous faisant percevoir avec finesse plusieurs paradoxes. Ce dispositif, en voulant promouvoir le retour sur le marché du travail, vient marginaliser les populations les moins employables. Les deux tiers des personnes qui pourraient en bénéficier parallèlement à leur activité ne le font pas, en grande partie pour ne pas être stigmatisées par une allocation destinée aux exclus.

Et de conclure sur un traitement de la pauvreté qui renonce de plus en plus aux dispositifs d’assurance sociale qui ont été mis en place, lors des « trente glorieuses » (sécurité sociale, assurance vieillesse, allocation chômage), au profit de l’assistance.

Ce regard des sociologues insiste sur les conditions sociétales qui sont faites à la pauvreté et à l’exclusion dans notre société. La réponse qui est apportée à un moment donné peut s’opposer à celle qui est fournie à un autre. Le constat que l’on peut faire aujourd’hui est donc bien d’une individualisation des situations personnelles, chacun étant considéré comme comptable de ce qui lui arrive.

Un autre regard est venu proposer un angle de perception bien distinct : celui de Jean Maisondieu. Ce psychiatre a rappelé son immersion, vingt années durant, auprès de travaillerus sociaux dans une consultation de psychiatrie sociale.

Non, il n’y a pas survalorisation de l’individu, a-t-il affirmé avec force. Il y a, au contraire, « autruicide ». Ce concept que beaucoup d’entre nous ont, sans doute, découvert désigne sinon le meurtre d’autrui, au moins le manque de considération à son égard.

Cette absence de reconnaissance intervient dès lors où on perçoit l’autre dans une quelconque différence qualitative avec soi-même. Ce psychiatre a fait rire la salle, en évoquant l’étude qu’il avait voulu mener sur l’existence d’un même parcours traumatisant, au cours de l’enfance, chez deux populations en apparence opposées : celle des exclus et celle des élus. Ce rapprochement a pu sembler cocasse. Ce que Jean Maisondieu a souligné. Alors que ce qu’il proclame avec force, c’est bien cette même humanité que l’on partage avec tout être humain aussi honoré ou dégradé soit-il.

Et de déplorer la clinique de la honte qui imprègne le travail social : l’usager vient vendre sa souffrance, pour obtenir l’aide à laquelle il aspire. Certes, il a reconnu qu’il n’est pas facile de se mettre à la place de l’autre quand celui-ci n’a justement pas de place et n’a rien ni de narcissisant, ni de valorisant pour l’intervenant. Mais, quand on ne peut faire envie, il ne reste plus qu’à faire pitié. Et d’inviter les assistantes sociales qui, selon son expression, « font le baiser aux lépreux toute la journée », à considérer les personnes qui viennent les rencontrer comme des sujets à part entière.

Le respect du aux usagers passe par la renonciation à vouloir les rendre transparent. Jean Maisondieu ira jusqu’à parler de ces réunions de professionnels centrées sur la situation d’un usager, comme autant de « viols en réunion », viols de l’intimité et de l’opacité qui sont pourtant les principaux garants la dignité de chacun. Farouche défenseur du secret professionnel, il en a appelé à une stricte observance des places de chacun. Ainsi du rôle des soignants qui est d’être dans le soin et celui des travailleurs sociaux, dans le prendre soin, sans qu’il puisse il y avoir partage d’information.

Irritant et dérangeant, Jean Maisondieu a cette immense qualité de stimuler la réflexion et de contraindre son auditoire à sortir de ses certitudes.

Nos sociologues ont présenté le processus d’hyper-responsabilisation de la personne tellement considérée comme actrice de son destin qu’elle en devient la principale source de tous ses maux, exonérant au passage la société de son propre rôle.

Voilà que notre psychiatre affirme de son côté que le problème principal tiendrait dans le fait de refuser à cette même personne une place de sujet ?

Deux éclairages d’une même réalité sous des angles différents qui ne sont pas si contradictoires que cela.

C’est une phrase de Jean-Paul Sartre qui va no us permettre de le comprendre : « ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on a fait de toi, c’est ce que tu vas faire de ce qu’on a fait de toi ». Un certain nombre de déterminismes pèsent sur chacun d’entre nous et on ne peut nous en rendre directement responsables (ce que nous ont démontré les sociologues). Face à cette réalité, nous ne pouvons nous contenter de nous résigner. Nous pouvons agir en tant que sujet et acteur pour changer le cours des choses : « ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on a fait de toi, c’est ce que tu vas faire de ce qu’on a fait de toi ».


Transformer les freins en leviers

C’est la philosophie qui nous aura donné la possibilité de procéder à une synthèse de ces deux approches.

Sylvie Queval, reprenant Ehrenberg, a rappelé le sort de cet individu contemporain fatigué d’être soi. A force d’être épuisé d’avoir à toujours se faire et s’assumer, c’est sa capacité à être sujet qui est directement blessée.

Comment le travailleur social peut-il réussir à redonner à l’autre le goût de reprendre sa vie en main, alors qu’il n’en peut plus de ne jamais être à la hauteur. La contrainte nouvelle à laquelle il est confronté n’est pas tant d’agir en pédagogue, qu’en thérapeute, tâche à laquelle il n’a jamais été formé. Son métier change, parce que le mal-être change. Doit-il continuer à mettre à distance la souffrance de l’autre afin que celle-ci ne vienne pas entrer en écho avec sa propre souffrance ?

S’appuyant sur Paul Ricoeur, Sylvie Queval nous a invité à opter pour la sollicitude, cette posture qui consiste à se laisser affecter et bousculer par l’autre, se laisser pénétrer par autrui et sa différence, sa fragilité et sa faiblesse. C’est parce qu’il se sentira accepté dans son altérité que l’usager s’identifiera comme sujet dans sa relation à nous. C’est donc une éthique de l’accompagnement à laquelle nous invite Sylvie Queval, démarche qui privilégie à la fois le partage et la présence aux côtés de l’autre et à la fois la projection sur des objectifs que l’on atteindra dans une dynamique de cheminement.

Mais, rien de nouveau sous le soleil, pourrait-on oser dire, après avoir entendu Henri Pascal qui, au travers de l’historique du parcours de l’ANAS, a montré la constance d’un certain nombre de valeurs.

D’abord la prégnance de la place du travail social même dans les périodes les plus sombres tant au niveau social, qu’économique. Prégnance qui vient invalider les discours actuels qui prétextent un manque de moyens, pour s’attaquer à l’action sociale. Pourquoi tout ce qui a été possible à compter de 1945, alors que le pays était sous les ruines de la seconde guerre mondiale serait devenu impossible alors que, depuis, le PIB a été multiplié par cinq ?

Ensuite, la revendication du caractère libéral d’une profession qui place l’usager au centre de l’action de l’assistante sociale : le respect de la personne de l’usager conditionne l’acte professionnel qui ne peut intervenir que sur demande préalable de l’usager et son accord pour toute visite à domicile.

Enfin, ce qui a été proclamé, il y a de cela 60 ans, est encore d’une brûlante actualité : l’action de l’assistante sociale n’est pas là pour préserver un ordre social quel qu’il soit, ni prévenir tout désordre qu’il pourrait subir.

Que ces axes déontologiques puissent encore longtemps guider notre profession !

Ce que nous ont proposé Stéphanie Delbrel et Elsa Melon nous a démontré que nous n’avions guère de souci à nous faire pour la relève.

Face à une responsabilisation de plus en plus menaçante des actes professionnels, nos deux collègues ont listé les stratégies élaborées par les assistantes sociales qui vont du recentrage sur le sens de l’action axée sur les droits fondamentaux jusqu’à l’accroissement des marges de manœuvre, en passant par le glissement (ne pas s’opposer mais s’abstenir), la confrontation ou la recherche d’alliance avec l’institution par la reconnaissance de l’action engagée.

Et de proposer des pistes aux professionnels pour mieux réagir et ne pas subir passivement: bien connaître son cadre d’intervention, pour mieux réussir à en faire évoluer les protocoles et procédures ; développer ses compétences, pour mieux transformer les prises de risque infructueuses en prises de risque fructueuses ; s’appuyer sur la solidarité et privilégier la pluridisciplinarité, afin de résister aux tentations de se dérésponsabiliser.

Evelyne Simondi, assistante sociale et docteur en science de l’éducation, aurait pu trouver dans ce travail l’illustration de sa définition de l’expertise des professionnels qu’on ne peut enfermer ni dans des procédures, ni dans des protocoles. Les assistantes sociales placent leurs valeurs au cœur de leur expertise et participent directement à la situation qu’elles analysent.

Et c’est bien cette implication qui les bouscule et les confronte au risque de l’épuisement. Ce que nous a détaillé Bertrand Ravon, sociologue, en évoquant les différents sources potentielles de souffrance au travail. L’épreuve de la relation d’aide, tout d’abord, qui induit des affects tant positifs que négatifs. L’épreuve de l’impuissance à agir qui se concrétise par cette pratique se réduisant plus à une aide à tenir qu’à une aide pour changer. L’épreuve d’une écoute insupportable de la souffrance de l’autre, encore. Enfin, l’épreuve de la mal-reconnaissance de l’institution, comme marque de mépris et sentiment d’abandon affectif. Bertrand Ravon nous proposera comme démarche principale pour faire face à ces multiples épreuves, de nous saisir de notre travail et d’en faire le sujet de notre réflexion collective.

Mais, nous ne pouvons terminer cette synthèse sans évoquer l’intervention de Brigitte Bouquet qui nous a fait une brillante démonstration de tout ce dont est porteur le travail social.

Chaque professionnel est d’abord responsable au titre de son engagement professionnel personnel auprès de l’usager. C’est cet engagement qui seul peut l’amener à décider à agir ou à s’abstenir et ce, à partir d’une même préoccupation : faire advenir le sujet chez l’autre comme chez lui-même. Ce qui implique de la prudence (pour éviter de répondre à la place de l’autre) et de l’audace (ouvrir sur l’ensemble des possibles), entre le repli et l’immobilisme d’un côté et, de l’autre, la prétention et l’illusion de vouloir enrayer toute la misère du monde.

Mais chaque professionnel est aussi responsable face aux institutions, non en se soumettant passivement et servilement à ses ordres, mais en exigeant un cadre de travail adéquat et en posant les limites au-delà desquelles il ne s’engagera pas.

Enfin, chaque professionnel est responsable face à la société. Il se situe au carrefour de l’éthique de la conviction, de l’éthique de responsabilité et d’une utopie créatrice qui fonde son droit à rechercher une vie plus juste, digne d’être vécue, de promouvoir un orde possible et admissible. Il a le choix, dès lors, de peser ou non pour une justice et une politique sociale elles-mêmes responsables, en s’engageant contre des consignes et en allant juste et y compris jusqu’à transgresser des lois qui seraient contraires à la dignité et aux droits de l’homme.



2- Synthèse des ateliers

C’est là une tradition à laquelle l’ANAS est attachée : donner la possibilité aux professionnels d’échanger sur leurs pratiques. Systématiquement, une demi-journée est consacrée à ces temps, au cours de chacun des regroupements nationaux.

Chaque atelier fonctionne selon le même protocole : exposé conceptuel et présentation d’expériences de terrain tout d’abord, avant un échange entre les participants.

Chaque fois, c’est un peu la même chose : il manque toujours de temps, provoquant une frustration plus ou moins grande.

Mais l’ambition de ces ateliers est nullement l’exhaustivité mais juste l’esquisse d’un problématique. Il revient ensuite à chacune et à chacun d’approfondir la piste ainsi explorée, par une élaboration personnelle (lecture, réflexion plus approfondie, contribution, par exemple, à la revue de l’ANAS) ou collective (pourquoi ne pas imaginer que cela soit ensuite le départ d’échanges sur son lieu de travail avec ses collègues) …

Les cinq ateliers qui se sont déroulés tout au long du jeudi après-midi avaient respectivement pour thème un certain nombre de questionnements : l’outil du droit (atelier n°1) et de l’informatique (atelier n°5) peuvent-ils être mis au service du travail social ? Quel rôle pour la co-construction tant de la professionnalisation grâce à l’alternance (atelier n°3), que de l’action sociale au travers de la participation des usagers à leur propre prise en charge (atelier n°4) ? Enfin que signifie exactement l’autonomie tant de l’usager que du professionnel (atelier n°2).

Alors que de gros nuages sombres et menaçants s’accumulent au-dessus de l’action sociale, ces ateliers ont contribué identifier tant les freins que la créativité qui s’offrent aux professionnels.


Mauvaises nouvelles des étoiles

Il y a d’abord eu cet atelier sur le droit qui a rappelé comment un certain nombre de professionnels avaient pu être placés en garde à vue, par la police, en rapport avec leur action auprès d’étrangers en situation irrégulière. Autre dérive inquiétante du droit que l’on doit aux pouvoirs exécutif et législatif : la promotion de lois de plus en plus répressives, en réponse au moindre fait divers provoquant l’émotion dans l’opinion publique.

C’est ensuite l’atelier sur l’informatique l’a constaté : si les travailleurs sociaux savent gérer l’incertitude et la singularité, ils se méfient des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Non par technophobie, mais par défiance à l’égard d’un outil qui peut parfois être plaqué et conçu sans recherche de l’adhésion préalable des travailleurs sociaux. Les créateurs de logiciels se veulent maîtres de leurs logiciels, sans toujours chercher à l’adapter aux professionnels. Cette absence de maîtrise n’est pas sans risque, notamment en ce qui concerne la protection aléatoire des données ou l’interconnexion des fichiers dans le but de rechercher la traçabilité ou d’éventuelles fraudes des usagers. Dans une situation où la CNIL ne dispose que d’un temps plein et demi pour suivre toutes les institutions du social du territoire national, c’est donc bien aux professionnels à rester vigilant pour sauvegarder le sens du travail social.

La co-construction dans la professionnalisation, quant à elle, se heurte à différents problèmes : les gratifications devenues obligatoires qui freinent les institutions dans leur offre de terrains de stage qui représentent à présent un certain coût non pris en charge par les financeurs ; la raréfaction des sites qualifiants ; des lieux qui, du fait de cette pénurie, s’imposent aux stagiaires tant d’un point de vue de la localisation géographique que du secteur d’activité ; l’engagement des institutions qui tend à se substituer à l’engagement des professionnels … il n’est pas facile aujourd’hui d’être stagiaire dans le secteur social.

L’atelier portant sur la co-construction des plans d’action avec usagers a, lui aussi, été l’occasion de montrer les fragilités. Il a été question de la complexité de mise en œuvre liée à des pratiques qui n’appartiennent pas à notre culture dominante : croyons-nous vraiment nos publics capables de se prendre en charge, ainsi ? Sans parler de la charge de travail de professionnels encore trop souvent englués dans leur quotidien, pour réussir à se rendre disponibles pour des actions collectives. Du côté des institutions, la volonté de porter et valider les actions envisagées n’est pas non plus toujours présente. Se pose enfin la question basique de la non maîtrise des outils techniques qui existent pourtant comme l’ont montré tant l’ouvrage coordonnée par Cristina de Robertis que le rapport du CSTS lui aussi coordonné par un membre éminent de l’ANAS : Didier Dubasque.

Enfin, dernier atelier proposé : celui consacré à l’autonomie. Le passage d’un fonctionnement basé sur l’hétéronomie qui domina longtemps l’organisation de nos sociétés à une autonomie où ce qui est privilégié c’est la recherche de l’épanouissement individuel ne peut être perçu qu’en tant que progrès apporté à la modernité. Pour autant, cette autonomisation imposée à l’usager comme objectif à atteindre devient un piège, dès lors où les moyens ne lui étant apportés pour y parvenir, il est accusé d’être responsable de son propre échec. Du côté des professionnels, cette même autonomisation se heurte paradoxalement à une tentative d’instrumentalisation à coup de protocoles, de règles de fonctionnement, d’objectifs imposés, d’évaluation qui réduisent sa marge de manœuvre et tendent à l’éloigner de la relation avec le bénéficiaire.


Des étoiles qui brillent au firmament


Tous ces freins peuvent être transformés en leviers, pour autant, qu’on en prenne les moyens.
Ainsi, du droit qui n’est pas un outil figé. C’est même au cœur de ses contradictions qu’on peut l’utiliser au mieux, en l’articulant systématiquement aux principes de base relevant des droits de l’homme. Si une loi bafoue un principe d’humanité, il est légitime d’y résister, au nom de la désobéissance civile.

Mais aussi de l’outil informatique qui, une fois contrôlé, devient un formidable moyen tant de communication, qu’un support incomparable d’information et de documentation.

La France est l’un des rares pays à maintenir l’articulation entre théorie et pratique dans la professionnalisation. Ailleurs, les formations des travailleurs sociaux sont plus souvent du domaine de l’université, les stages étant plutôt confidentiels, quand ils existent… C’est là une particularité d’une richesse considérable à préserver et à défendre qu’il ne faudrait pas sacrifier sur l’autel d’une reconnaissance de notre diplôme au niveau Bachelor. A vouloir trop s’identifier à la formation universitaire, on risque d’y perdre beaucoup.

L’injonction à l’autonomisation peut aussi se transformer en pouvoir d’agir, équivalent donné par les québécois au concept anglo-saxon d’ « empowerment ». Cela est vrai pour les usagers qui ne demandent qu’à pouvoir prendre le contrôle de leur existence, pour autant qu’on leur en donne les moyens. Mais c’est aussi vrai pour les professionnels qui ne peuvent fonctionner avec efficacité qu’en bénéficiant d’une marge de manœuvre leur permettant d’assumer leur action, à partir de ce qu’ils estiment devoir et pouvoir faire.


Conclusion
Que ce soit dans l’utilisation du droit ou de l’informatique, l’alternance dans la formation initiale ou la co-construction avec les usagers ou encore l’autonomie, je retiendrais trois axes qui ressortent des réflexions des ateliers :
- Préserver le sens et les valeurs de l’action que l’on veut mener
- Être acteur dans l’élaboration et la conduite de son activité professionnelle
- Faire vivre aux usagers ce que l’on veut vivre soi-même.

 

Jacques Trémintin – 05/11/2010

 
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