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Mixité filles-garçons Version imprimable Suggérer par mail


« Mixité filles-garçons : réussir le pari de l’éducation »
P. FRANÇOIS Jean, éd. érès/CEMEA, 2011, 215 p.

Longtemps objet de polémiques, la mixité s’est généralisée dans les années 1960/1970, bénéficiant alors d’un large consensus. Et puis, ces dernières années, la tendance s’est inversée de façon assez spectaculaire. L’idée en a été critiquée par nombre de sociologues, de pédagogues et de moralistes notamment religieux. Loin d’être une réussite, elle aboutirait au contraire à nuire à l’apprentissage des relations entre hommes et femmes. Jean P. François affiche d’emblée sa profonde conviction : la société est socialement, culturellement et sexuellement mixte, l’éducation ne peut pas, ne pas l’être. Cette mixité n’est pas une notion abstraite, une hypothèse naïve ou un rêve illusoire, c’est un impératif au développement politique, économique et humain du vivre ensemble. Et si des difficultés existent bel et bien, ce n’est pas tant dans le principe, que dans son application qui ne va pas de soi. La rencontre avec l’autre, qu’il soit de genre, d’ethnie ou de culture distincte présente, par essence, un risque de rigidité, d’enfermement et de repli sur soi. La crainte de l’affrontement aux différences provoque potentiellement résistance et réticences. Et c’est là le rôle de l’éducation que d’aider à gérer ces tensions naturelles entre ce qui distingue et ce qui est commun entre filles et garçons qui sont à la fois identiques et uniques, dissemblables et similaires. L’auteur se refuse de s’inscrire dans l’opposition binaire entre d’un côté la vision essentialiste qui naturalise les spécificités sexuelles et de l’autre la conception culturaliste qui les réduit à un simple formatage. Certes, les progrès de la neurobiologie ont permis d’invalider la conviction, longtemps dominante, voulant que la compétitivité et l’agressivité masculine aient pour origine la testostérone, tandis que l’émotivité et la sociabilité féminines seraient produites par les œstrogènes. De fait, il est bien compliqué de démêler la part des gènes de celle de l’environnement, le rôle joué par les hormones et celui de l’entourage. Trop souvent, filles et garçons vivent côte à côte et se perçoivent au travers d’idées reçues. Ce sont justement les séquences vécues en commun qui peuvent leur permettre d’éprouver la richesse de leurs différences qu’il ne s’agit ni de nier, ni de camoufler. Ce sont les aprioris simplistes, les stigmatisations hâtives et les catégorisations aliénantes qu’il faut combattre. L’auteur le proclame : nous sommes comptables des dérives constatées, si nous ne luttons pas contre elles. C’est aux adultes en général et aux éducateurs en particulier d’engager ce travail modeste et résolu, quotidien et sans relâche permettant aux unes et aux autres d’apprendre à se reconnaître mutuellement, se considérer réciproquement et se respecter individuellement.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1066 ■ 14/06/2012

 

 
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