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En mal d’un chez soi Version imprimable Suggérer par mail


« En mal d’un chez soi. A l’écoute de la parole des jeunes de l’ASE »
ABILLAMA-MASSON Nada, érès, 2012, 154 p.

Le travail patient et méticuleux accompli par Nada Abillama-Masson, éducatrice devenue formatrice, s’appuie sur l’écoute de la parole d’enfants et d’adolescents ayant vécu un placement et vivant un quotidien à distance de leurs parents. Cette séparation peut être perçue comme une libération d’avec un milieu dangereux, comme il peut être vécu comme un arrachement, quand le déni contribue à refuser d’entendre ses motivations profondes. Car, même si la pauvreté reste une caractéristique récurrente de l’éloignement, elle n’en est jamais la raison première. Les quatorze familles, ayant fait l’objet de l’étude réalisée par l’auteur, sont marquées par la violence et l’alcoolisme, se démarquant nettement de ce qui est socialement acceptable. Les mères se sont montrées défaillantes et dans l’incapacité de répondre de façon adaptée aux besoins de leur enfant, leur instabilité ne permettant pas de leur donner ce sentiment de sécurité nécessaire qui contribue normalement à les faire grandir dans de bonnes conditions. Quant aux pères, ils sont souvent physiquement absents : fréquemment manquant et parfois empêchés d’exercer leur rôle, par la mère. Les enfants ont expérimenté, très tôt, des abandons et des ruptures, devenant ainsi porteurs de la symptomatologie et de la souffrance de leur famille : problèmes de comportement et d’adaptation aux autres, agressivité, passages à l’acte à la moindre tension psychique, ils sont mal dans leur peau et en mal de vivre. L’appauvrissement et l’affaiblissement de leurs capacités d’élaboration, le repli et la mésestime de soi, la mésadaptation au lien humain en font des enfants à la fois difficiles et en difficulté, intolérants à la frustration, refusant toute contrainte et particulièrement réactifs à tout déplaisir. En mal d’accrochage, ces jeunes peinent à faire confiance aux adultes, leurs blessures psychiques précoces les conduisant à l’insociabilité, à l’impulsivité et aux actions transgressives. Ils retournent leur extrême souffrance contre eux-mêmes ou contre les autres, leur faisant vivre ce qu’ils ont subi. Le placement vise non seulement à les soustraire au danger physique et psychique, mais aussi à leur permettre d’éprouver un mode relationnel distinct de ce qu’ils ont vécu jusque là. Ainsi, malgré la souffrance de la séparation, Juliette reconnaît qu’« ils ont toujours tout fait pour nous aider à nous en sortir » et « ça m’a permis d’arrêter certaines bêtises, de faire plus attention à moi » complète François. Le placement a servi à Damien « pour que ça aille mieux » et pour Nadine, « pour que tout se passe bien chez moi ». L’internat, par la suppléance et la contenance qu’il propose, contribue à redonner un cadre structurant à la construction de l’identité des enfants et adolescents qui lui sont confiés.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1070 ■ 12/07/2012

 

 
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