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Les « working poor » en Europe Version imprimable Suggérer par mail


« Travail et précarité. Les « working poor » en Europe »
LESTRADE Brigitte (sous la direction), Ed. L’harmattan, 2011, 267 p.

Il fut un temps où l’ambition de pouvoir compter sur le salaire perçu pour être à l’abri durablement, voire définitivement, des besoins vitaux était réaliste. Surtout, quand l’assurance chômage permettait de relayer des ressources défaillantes, dans l’attente d’un nouvel emploi. Ce n’est plus le cas. Le constat fait ici par la vingtaine de chercheurs universitaires européens ayant contribué à l’ouvrage est récurrent : à travers le vieux continent, est réapparue la catégorie des salariés pauvres, correspondant à ceux qui n’arrivent plus à vivre du fruit de leur labeur. Plusieurs causes expliquent cette situation. La dérégulation du marché du travail qui prive de la protection d’une législation régulant jusque là les conditions d’emploi. Sa tertiarisation qui accroît le nombre d’emplois déqualifiés. Sa précarisation qui se traduit par la multiplication des contrats à durée déterminée, à temps partiel et du travail intérimaire. Sa flexibilisation provoqué tant par la mondialisation, que par le ralentissement de la croissance économique. La situation de chaque pays européen est bien différente, selon que le salaire minimal y est de 123 ou de 1.642 euros. Si la pauvreté est définie dans les pays en voie de développement d’une manière absolue (réussir ou non à faire survivre sa famille), elle l’est d’une manière relative dans les pays développés (vivre avec moins de 50 % du revenu moyen), ce qui explique que son seuil varie en Europe entre 200 et 900 euros, le pourcentage des enfants concernés étant de 5 % à 15 %. Les réponses apportées dépendent de l’archétype de l’État providence présent : allocations généreuses et universelles, dans sa version social-démocrate ; allocations versées aux seuls cotisants, dans le modèle corporatiste ; allocations minimales versée aux plus démunis, dans le type libéral. C’est cette profonde diversité qui explique que les vingt sept pays composant l’Union européenne, qui pourtant cumulent vingt trois millions de chômeurs (soit 9,6 % de leur population active), n’aient pas réussi à se mettre d’accord. Bruxelles, renonçant à entraîner ses États membres dans une même politique sociale volontariste, préfère les accompagner dans le soutien à l’emploi, plutôt qu’aux chômeurs. Pourtant, ce sont les mêmes qui caractéristiques pour tous ces travailleurs pauvres se retrouvant dans une situation sociale flottante : précarité parfois juridiquement encadrée, mais rarement sécurisée, populations fragilisées particulièrement exposées (dont les mères seules avec enfant(s)), sacrifices sur tout ce qui n’est pas fonctions de base (alimentation, habillement, logement). Et ce sont les capacités à se soigner ou les espaces de convivialité ou de loisirs qui en souffrent les premières.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1116 ■ 05/09/2013

 

 
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