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L’assistance éducative en milieu ouvert, un art ? Version imprimable Suggérer par mail


« L’assistance éducative en milieu ouvert, un art ? Le fil tendu »
BOURASSEAU Christian, Jets d’encre, 2011, 140 p.

S’il y a bien un reproche que l’on peut faire à Christian Bourasseau, c’est d’avoir attendu tant d’années pour écrire ce livre. Ultime coup de chapeau d’un professionnel parti en retraite après 36 années d’exercice au sein d’un service d’AEMO judiciaire, il nous livre ici de précieuses réflexions. Il prévient d’emblée qu’il ne se veut pas consensuel et que si ses idées peuvent gêner, personne n’est tenu de les partager. Et pourtant, sa longue expérience fonde des analyses d’une particulière pertinence. Ainsi, du facteur temps nécessaire pour tisser un lien de confiance avec des familles, qu’un certain nombre de décideurs ou de gestionnaires de service voudrait bien voir réduit, préférant que l’on règle les problèmes de façon pratique, pragmatique et surtout rapide, plutôt que d’accompagner les familles dans leur cheminement, en respectant leur rythme. Ainsi, de la pluridisciplinarité qui s’est, au fil du temps, réduite à la seule présence de psychologues, prenant une place plus en plus hégémonique. Pourquoi ne pas donner la parole, lors des révisions de situation, à un pédiatre, un philosophe, un sociologue ou un juriste qui apporteraient un regard tout aussi intéressant ? Ainsi, de cet inconscient collectif induisant que la fonction de supérieur hiérarchique ou de détenteur de savoir octroierait un privilège : celui d’avoir une meilleure appréciation d’une situation, amenant ainsi nombre de travailleurs sociaux à se positionner, instinctivement ou inconsciemment, en état de subordination et d’infériorité. Ils sont pourtant diplômés et connaissent bien leur travail. Mais, leur analyse passe souvent après celle des spécialistes ou cadres qui leur expliquent ce qu’il faut qu’ils fassent. Ainsi, de la légende voulant que les professionnels ne sachent pas écrire, alors même qu’ils passent entre un tiers et un quart de leur temps à le faire ! Ils font même preuve de cette aptitude fine à la structuration de la pensée, à la synthèse, à la peinture des situations spécifiques et des climats, à la description des personnalités qui fait la qualité de leurs rapports. Ainsi, des encadrants hiérarchiques qui se répartissent entre ce que l’auteur nomme d’un côté les équichefs (qui mettent leur compétence au service de leurs valeurs et de la mise en œuvre du travail d’équipe) et de l’autre les narcichefs (qui après une pratique limitée du métier, cherchent surtout à privilégier leur carrière). Christian Bourasseau nous livre, au final, le portrait d'un professionnel qui, même si l’AEMO se pratique en équipe et en réseau, reste la plupart du temps seul face à lui-même, devant s’ouvrir à tous les spectres de la vie et déployer toute sa créativité, s’il veut éviter d’être l’exécutant formaté d’une pensée dominante.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1046 ■ 19/01/2012

 

 
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